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De la Gaule et des glands

De la Gaule et des glands
(Carnets de voyage)
 



Je m’en revins un jour de ce pays de miel
Où verte est la campagne, où les routes sont grises
Et la côte bleutée, où les vagues se brisent
Au perron des maisons éclaboussant le ciel.
 
Je m’en revins un jour, périple radieux,
D’un bel Eldorado près de hautes montagnes
Qui jouent à souligner le séjour de cocagne
Renvoyant en écho des chants mélodieux.
 
Je m’en revins un jour, du dernier paradis
Où chaque arbre aux fruits lourds, (supplice de tantale),
Patiemment attend le garnement vandale
Qui voudra déguster sans donner un radis.
 
La joie est dans le cœur, le sublime en mes yeux
Lorsque le souvenir égaye ma mémoire,
Que cent jaillissements issus de la bouilloire
Cherchent à m’enivrer… Pourquoi ce sourcilleux ?
 
Bien sûr, à regarder, chaque chose au décor
A sa place première, unique et essentielle,
(Avatar ou natif), presque providentielle,
De si belle façon, pour un si bel accord…
 
Pourtant, l’étonnement... ici, quelques regards
Là, peut-être le port… un langage insolite…
Ou l’allure… d’ailleurs ? Sont-ce des carmélites ?
… Cet air suspicieux… exigeant des égards ?
 
J’efface question, de rêve est mon séjour,
Et je ne puis me perdre en vides conjectures
Juste pour satisfaire une caricature ;
Cet endroit est béni, même en ce contre-jour.
 
Pourtant lorsque l’on croise, (un fait en soi banal)
Une femme en jupette et corsage de voile
(Au sortir de l’école), on regarde une étoile,
Rare, étrange… étonnante image d’Épinal.
 
Voilà que je m’esclaffe, un papa, deux, trois… dix
Assument leur devoir, attendent jeune gosse,
Pour la cause, ils ont mis, (ce n’est pas du négoce)
Robe de bure gris, sandales de jadis.
 
Je m’imagine loin, au parvis de Karnak,
Entre le fleuve Mère et les dunes dorées…
Sans doute un carnaval, ces filles décorées :
Maman, la jouvencelle et l’austère cornac ?
 
Voilà que je blasphème, à propos oublions ;
Au début fut le ciel, enfin l’eau puis la terre,
Lorsque Dieu créa l’homme, humble célibataire,
Jamais il n’évoqua le teint du négrillon !
 
Perdu dans un penser ou presque divaguant,
Je me pris à songer au roi de cet empire,
Mosaïque complexe où le sort du lampyre
Nécessite la loi pour fuir l’extravagant.
 
J’échafaudai cent plans, et même des désirs,
Je le voyais si grand, charisme béatique,
D’une langue si sûre… Ai croisé cet antique,
Un vieillard courbatu, lassé des faux plaisirs.
 
Avec forte évidence, il m’apparut serein,
Il portait en ses yeux du monde la sagesse,
Je reconnus Mentor dispensant ses largesses ;
Il sut bien me saisir, le sage riverain.
 
Me fixant dans les yeux  il me tint ce discours :
« Vous êtes mon ami sur terre de magie
Où l’effort conjugué porte patriphagie,
L’officiel souhait: modeler basse-cour. »
 
Mon air dubitatif à l’étrange dessein
À mon corps défendant, interpella le sage,
Passé l’étonnement, il reprit : « Le message
Se veut clair, entendu, ne souffre aucun dessin. »
 
« La main du travailleur est inutile ici,
Depuis longtemps déjà, sous d’autres latitudes,
Esclaves à merci prouvent leurs aptitudes ;
L’impéritie est là, quel gâchis que voici ! »
 
« Pourquoi jeter la pierre à quelque chef en toc ?
Et le faire porteur du poids de notre tare ?
La bêtise nous berce au doux air de guitare,
Elle endort le benêt et ses gadgets plastoc. »
 
« Le crétin fait légion, de tout temps, en tous lieux,
Il ânonnait bêta sans jamais rien comprendre
Et souriait benoît quand il fallait apprendre,
Partout en nos pays et dans tous les milieux. »
 
Pourquoi cette invective… une allégation ?
Comment devenir ça : ce pâle misanthrope ?
Il comprit mon émoi, le fort trouble amétrope,
Il lui fallait céans, prouver l’assertion.
 
« Pour s’être épanoui près du poêle, apaisé,
Il avait bien gagné, venu bel âge d’homme,
Le droit fondamental de croquer dans la pomme
D’une vide coquille, un thon déniaisé. »
 
« Dame nature encor recycle ses déchets,
Sans ostentation, et le plaisir pollue ;
Pourquoi chercher remède à gène irrésolue,
Le temps fera son œuvre, un sot vit sans bréchet. »
 
Je m’étais sustenté de chacun de ses mots
J’avais bien entrevu le regard du rapace ;
J’étais dans une impasse, et pourquoi cet espace
Entre le mien constat et l’état de ces maux ?
 
Il poursuivait constant, je compris son motif,
C’est le tourment vécu, l’expérience vive
De l’obstacle affronté par l’étranger convive
Au désolant banquet des errements fautifs.
 
« Tout le siècle passant, vomissant leur fureur,
Trépidants belliqueux ont coupé bien des têtes
Sans trouver pour autant les justes épithètes :
Eradiquer le vice, œuvre de péroreur ».
 
 « C’est depuis fort longtemps que le ver est en l’œuf ;
Ce peuple paraît-il vit de ses différences
Usages bigarrés, authentiques errances
Le rêve de grenouille aussi grosse que bœuf. »
 
« Parce qu’ils ont tondu sans vergogne mouton,
Sans un quelconque effort, (acquis est l’avantage)
Le goût du toujours plus, l’avenir en otage
Ils se sont pris pour Dieu, n’étaient que des gloutons. »
 
« Leurs enfants paieront cash, les intérêts en sus ;
À la chaîne déjà, traversant l’azurée
De l’ancienne France, (ils l’ont désemmurée)
Des vaillants ont pris place achetant consensus. »
 
« Ainsi chacun veut croire et s’enivre déjà
De l’hypothèse belle, appétit prosaïque :
Les couleurs d’arc-en-ciel pour vaincre l’archaïque,
Une folle utopie, un mensonge goujat. »
 
« C’est vaincre l’indolence, obliger à l’effort,
Relever le défi d’un peuple de culture,
Arrêter la débâcle et la désinvolture,
Rien ne viendra d’autrui, n’attendre aucun renfort. »
  
À l’écouter ainsi, sans dire, sans broncher,
À voir dans son regard cette intense révolte,
Est-ce qu’après semis, jamais ne vient récolte,
Et que de désespoir l’avenir est jonché ?
 
À pénétrer ces airs habillés de vertu
Que le bel âge porte ; à décoder surprise,
La révélation ; à louer la franchise
D’un si grand sentiment qui n’est jamais tortu ;
 
Je me mis en devoir d’instruire jugement :
Ce danger qui partout nous menace et nous hante
Cette fatalité, la lésion béante
Où s’abîment nos vœux, un cri, le hurlement…
 
D’évidence il me faut rechercher le sursaut,
D’un peuple d’assistés relever droit la tête,
D’un peuple mendiant révéler un esthète,
De tous les fondements édifier l’arceau.
 
Le chemin sera long, certaine la douleur
Le blindé formatage a créé sa milice
Ton ami, ton parent, agira tel complice
De ce gouffre infernal sans droit et sans valeur.
 
 
 
Toujours apparaîtra vil faucon ou chacal
À celui-qui se presse et quémande l’obole. ;
Et tu te heurteras, chantre de parabole,
À ce fossé d’aisance exhalant le fécal.
 
Quel étonnant pays que ce pays de glands
Qu’il faudra violer pour sa progéniture
Tandis qu’il se pavane en sa déconfiture
Spectacle consternant d’un cynisme aveuglant.
 
24 mai 2015
« Vertiges »
Jo Cassen
De Charybde en Scylla »
Recueil « Horizons dans la brume »
ISBN 979 10 90120 22 8
 
 
 
 

 

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