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la mobylette

La mobylette
 
Le galopin toujours connait ruse propice,
Il joue à s’étonner ;
Il ne démontre rien,
Sa cour vit dans sa tête, ell’ meuble le néant.
 
Expansif ou fermé, le fieffé chenapan,
Au gré de ses rencontres,
Adapte sa posture,
Il ne veut pas flatter, ni surtout s’étourdir.
 
On est fou vers neuf ans, trop éteint ou rebelle,
Le cocon a soufflé
L’initiative folle,
(Ou parfois révélé le ferment de révolte.)
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête ;
Au sortir de confesse,
Aux portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
Pourtant en cet instant, l’attention s’évade,
La roulotte est bien là,
Sous l’arbre et contre mur,
Place de notre église, au sommet de la butte.
 
Depuis un an déjà, la fin de son voyage,
Dedans… une caverne,
Dessous la mobylette,
Elle sait l’aventure où maman fut la reine.
 
Que de soirs elle a pris, convoi bringuebalant
La route des villages,
Sentier des baladins,
Pour apporter le rire ou les pleurs au manant.
 
Pour que vive Arlequin, misère aussi se cache,
On ignore la faim,
On oublie une fièvre,
On se feint gai bouffon les yeux remplis de larmes…
 
Pour juste récompense, il la fera sortir,
Ell’ n’est pas condamnée,
Encore, ell’ peut servir ;
Le gosse téméraire ose le saugrenu.
 
Elle roule déjà, à sa main, à côté,
Ell’ partage la joie,
Elle a tant mérité…
Deux copains l’ont rejoint, l’attrait de l’interdit.
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête,
Au sortir de confesse,
Aux  portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
Qui donc a décidé de démarrer l’engin ?
Il ne s’en souvient pas,
Est-ce tant important ?
Il est monté dessus, et tous ont bien poussé…
 
La fidèle toujours honore rendez-vous ;
Il reconnait le son,
Le bruit pétaradant,
Déjà il fend la bise et nargue les étoiles.
 
L’enivrant sera bref, môme est sot à neuf ans,
Dans le mur d’une ferme,
L’épopée a pris fin ;
Il git inanimé, la tête ensanglantée.
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête,
Au sortir de confesse,
Aux portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
Le reste est un récit, celui que l’on en fit :
Les fermiers, les voisins,
Et les copains aussi,
Près de lui sont venus pour porter le secours.
 
Le pantelant gamin exige trop de soins,
On le porte à la mère,
Sur la table on le couche,
Voisine gère urgent, maman pleure d’émoi.
 
L’ancêtre médecin, venu de sa retraite,
Va coudre sur le vif
Une tête trouée
Et la bouche fêlée, ô sinistre moment.
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête,
Au sortir de confesse,
Aux portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
Dans le malheur parfois, un horizon s’éclaire,
Des visages s’animent,
Et quelques mains se tendent,
Tu étais l’étranger et tu deviens quelqu’un.
 
Jusqu’alors à l’école, un enfant du voyage
Qui change six fois l’an, 
Indigne d’intérêt,
Il ronge temps perdu à contempler le poêle...
 
Le maître a tant à faire, éduquer et  transmettre ;
Les vrais petits enfants
Sont l’unique mission,
Il rejette hautain, le p’tit romanichel.
 
L’enfant voit le mépris, souvent se croit coupable,
Il se tait et s’éteint,
Il est de l’autre monde,
Ici point n’est sa place, il pollue entourage.
 
Serait-ce cette issue, abominable sort,
Que noble mobylette
A voulu contredire ?
Et si cela était, si rien n’était hasard ?
 
Entré dans cette classe indemne d’un savoir
L’étonnante maitresse,
A redonné l’envie…
Il a saisi le sens et redoublé d’efforts.
 
Ce stupide accident pourrait anéantir
La chance d’une vie,
Trahir la confiance,
Et rejeter encore au fond de ce puits noir.
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête,
Au sortir de confesse,
Aux  portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
Trois semaines durant, convalescence oblige
Chaque soir après classe,
Deux copains sont venus
Apporter les leçons, des devoirs et puis rire.
 
Il avait un souci qui devenait très fort,
Une si longue absence
Aurait au classement
Une incidence folle, il serait tôt lâché…
 
Pour Madame Revel, toutes notes s’ajoutent,
Les devoirs, les leçons
Calcul, récitation…
-         « Trois semaines, manquer, le trimestre est foutu ! »
 
Lors chaque samedi, les copains réjouis
« T’es premier, t’es premier »
Ils savent son bonheur,
Il leur plait de le suivre, aurait-il vrais amis ?
 
Le petit bohémien toujours est en révolte,
Injustice et bêtise,
La haine et le mépris,
Deux copains lui ont dit, le respect et l’amour.
 
Demain c’est bien connu, demain est jour de fête,
Au sortir de confesse,
Aux  portes de l’église,
Il pose solennel, demain il communie.
 
Demain c’est bien connu, il entre dans le chœur
Des enfants à Bon Dieu,
Des petits saints bénis,
Il ressemble à chacun, adieu vilain canard.
 
Demain c’est bien connu, il n’est plus romano,
Anonyme et semblable
Il se fond dans le flou,
Loin des regards si lourds du sournois préjugé.
 
 
18 mars 2015
Jo Cassen
Recueil « Si on s’aimait »
Tous droits réservés
 
 
Le 18 mars 1959
Ce poème libre en vers blancs est dédié à Madame Revel, maitresse d’école à Smarves (Vienne) en 1958-59 ; à L’abbé Guignard, curé de la paroisse de Smarves à la même époque ; à Michel Grignoux et Bernard Barraud, enfants du village et copains du CE2.
A Madame Balin, café et au Docteur Lafauvielle de Ligugé.

 

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