JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie


Bon appétit Messieurs,

 
Il renfrogna son air trop plein de lassitude,
Les assauts répétés d’envieux courtisans
Les sermons déplacés de falots partisans,
La morale en leçons confortait l’hébétude.
 
Devrait-il réprimer la sourde inquiétude,
Se prosterner vassal, tels lointains paysans,
Plier l’échine encor comme vils cotisants,
Se révolter toujours contre la servitude ?
 
Aujourd'hui le soleil se lèvera vers l’est
Brouillera carte et lois et plombera de lest,
Comme à l’accoutumée en se jouant des ombres.
 
Amusant galerie, (une cruche à la mer),
Tribuns et trublions chantent dans les décombres;
Ce matin est propice à taire un ton amer. 
 
Jo Cassen
21 juin 2015
« Faîtes de la musique »
Tous droits réservés
 
 

 



Attends le tsunami
 

Incarne le grand rien,
Sans vertige inutile ou naïve euphorie,
Trompe l’illusion, enfle l’exophorie
Et parade vaurien.
 
Enchante la campagne,
Le plaisir à trois sous, ce luxe du nigaud,
Enivre le canard vautré sur marigot,
Une chaude compagne.
 
Arrête de prôner
L’utopique culture, un leurre, une chimère,
La beauté, le savoir, affaire de grand-mère
Qui tous fait maronner.
 
Alors beugle le vide,
Le bien creux, le néant et l’accessible aisé
À l’esprit engourdi qui repose apaisé,
Et repars impavide.
 
Ami, mon cher ami,
Regarde la nature, admire l’hirondelle,
Ôte ton intérêt, éteins cette chandelle…
Attends le tsunami.
 
4 juin 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »
Tous droits réservés

 




Petit esquif

 
J’avais rêvé naïf l’horizon idéal,
Un songe étincelant où scintille l’étoile,
Le dessin de la muse immortelle et sans voile,
Mais l’ange démoniaque asservit son féal.
 
Vogue, vogue petit esquif,
Pauvre coquille à la dérive.
 
Un déluré tourment empoisonne l’humeur,
L’irrémédiable angoisse a repris son ouvrage
Et preste s’insinue, annihilant courage
Du freluquet badin qui nourrit sa tumeur.
 
Vogue, vogue petit esquif,
Pauvre coquille à la dérive.
 
Jo Cassen
31 mai 2015
Recueil « Vertiges »
Tous droits réservés
 
 




Charlie, (sans la chocolaterie)

Anthologie Flammes Vives 2015
"Les Plumes qu'on assassine"

 
Ils sont morts d’avoir dit que tout peut être dit,
Depuis longtemps déjà, par la caricature,
Par le trait insolent bravant le contredit,
Ils osaient se moquer du danger d’inculture.
 
Ils sont morts sacrifiés pour de lâches instincts,
Le sombre obscurantisme a besoin d’holocauste,
Il fédère et convainc, invite aux fols festins
Clownesques prédateurs attisant l’hypocauste.
 
Ils sont morts sans crier, lâchement foudroyés
Par de vils bras armés clamant la baliverne,
Se prétendant d’ailleurs, soi-disant fourvoyés,
Surtout fort résolus à prendre la caverne.
 
Ils sont morts et l’on pleure où meurt lat liberté,
Ils n’étaient pas héros, pas même téméraires,
Brocardaient la bêtise et l’ignoble fierté
De faux dévots hantés par des jeux funéraires.
 
Ils sont morts et demain nous oblige au réveil,
Ne pas tendre la joue au tueur de la vie,
Sans faiblesse apaiser mais rester en éveil,
La peste noire attend et piaffe d’envie.
 
Ils ont morts aujourd’hui, résonne le tocsin,
Les plus ardents chacals concoctent manigance ;
Tandis que des crétins invoquent le vaccin,
Ils paradent masqués dégueulant d’arrogance.
 
Ils sont morts pour la France, ils étaient innocents,
Les meilleurs d’entre nous, les derniers hommes libres,
L’ultime camouflage aux lâches réticents
Qui pour ne pas agir nous parlent d’équilibres.
 
Ils sont morts pour que vive un peuple dans l’honneur,
Riche de son histoire et fort de ses lumières ;
Le grand pays d’Hugo honnit le suborneur
Qui prétend imposer d’antiques coutumières.
 
20 mai 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »
Tous droits réservés
 

 

La décadence
 


Toi qui n’as pas voulu redresser le front las,
Toi qui sus tant de fois te leurrer de débile,
Tu marches dans la vie automate en gala,
Arborant cent façons de feinte volubile.
 
Jouis vide de tout, fantoche méprisé,
Tu ne reconnais pas la force de l’insulte,
Du compliment pourri, rire standardisé,
Tu te pavanes fier, ignorant du tumulte.
 
Et l’on prétend pour toi reconstruire demain,
Penser une culture ou définir l’école,
Éclairer tes yeux morts, tisser dans le fait-main,
Et l’on se plie en quatre… Ignoble protocole.
 
Jamais un canasson élevé sur fumier
N’a gagné le grand prix d’Epsom ou d’Amérique,
Surtout si dès le soir, il reprend coutumier,
Le bon rite vulgaire autour de la barrique.
 
Celui qui ne sait pas, sa langue ou son terroir,
L’histoire, son pays, le droit et la morale,
Ne ressent pas raison d’émerger du mouroir,
Les deux pieds dans la merde, Il chante à la chorale.

16 mai 2015
Jo Cassen
« Vertiges »
Tous droits réservés
 

 




            Le Chant de l'Oiseau-Lyre


Ceci me fut conté, jadis ou très longtemps
Par un sage vieillard, pétri de connaissance,
Qui fort de son parcours, avait dompté le temps.
 
Il savait de l’humain toute la réticence
Et contemplait serein, avec sollicitude,
Les factices abois qui masquent l’impuissance.
 
-« Il est  vain le combat contre la platitude,
L’affrontement oiseux, car dans cet univers
L’un et l’autre toujours auront même attitude ! »
 
Je reçois la sentence, elle laisse entrouvert
Un espace cassandre où l’on sent l’amertume
Poindre sous le sourire ; âme forte et revers.
 
-« Quand on vit jeune et simple, on jette la  coutume,
On oppose au conforme, au superficiel,
Le branché, le câblé, haro sur le posthume ».
 
-« Le maître aura donné l’air providentiel,
La démarche qu’il faut , une geste « inspirée »…
Lors, chacun saisira le dit essentiel. »
 
-« Comment ne pas vouloir transport pour Empyrée ?
Et l’on fustigera le sot, le réticent,
Qui ne s’allume pas sous la flamme aspirée ».
 
Le silence se fait, et le calme agissant,
Je reste interloqué, mais déjà je gamberge :
Comment ne pas rejoindre un bouillon frémissant ?
 
Pourquoi telle une barque arrimée à la berge,
S’interdire d’agir lorsqu’êtes convaincu ?
Je renonce au confort, je saisis la flamberge.
 
Peut-être augures saints lors auraient-ils vaincu
                Ma réserve profonde ou mon indifférence,
Mais je ne le crois pas, mon sort reste invaincu.
 
Un émoi dut se lire ou quelque interférence ;
Très calme il poursuivit : -« Toute société,
Sous quelque latitude a cette cohérence » ;
 
-« Du haut descend le sens, tout à satiété,
Le modèle et l’esprit, et sous l’œil sardonique,
La vérité se grave : Bonjour l'anxiété »
 
-« La parole transmise au goût amer cynique,
Entonnée à cœur-joie, un accent oblatif
Qui chavire quidam et vire anachronique ».
 
-« Au paisible pays, havre contemplatif,
Nul ne ressent besoin de s’assumer pour vivre,
Qui supprime l’envie, ôte le combatif ».
 
Serait-ce pour cela que le peuple s’enivre,
La révolte s’anime et gomme le forfait,
Enfin ? - « Non, l'imposture, et rien qui ne délivre ».
 
-« Au nom de la justice, on détruit l’imparfait
Déboulonne ex-idole et vilenie illustre,
On repart à zéro, chantre plus-que-parfait. »
 
-« Le mensonge est bien là, sous lumière du lustre,
Et qui se met en place, en costume d’avant,
Sous paillettes et ors, debout sur la balustre »
 
-« Trop de confort attache à se poser savant,
Agir sur terre en Dieu, tel Allah ou « grand zigue »,
Et pour gérer son fonds, dresser le paravent. »
 
-« La marée aux désirs enjambera la digue
Plus rien n’arrêtera, fort, cocu mais content
Vous serez seul en piste… et oubliez mézigue !»
 
Ceci me fut conté, jadis, ou très longtemps
Par un sage vieillard, pétri de connaissance,
Qui fort de son parcours avait dompté le temps.
 
Il savait de l’humain, toute la réticence
Et contemplait serein, avec sollicitude,
Les prétendus abois qui masquent l’impuissance.
 
Je suis benêt contrit dans ma béatitude.

15 mai 2015
Jo Cassen
recueil "Vertiges"
Tous droits réservés 


Miroir aux alouettes


 

Je suis sur cette terr’, faut-il  m’en réjouir?
Je ne dois pas me plaindre
M’habituer à feindre
En contemplant chaque acte aux vertus d’éblouir
 
Savourer mon bonheur, fait de mille plaisirs
Alors qu’ici l’on pleure
Aveuglé par un leurre
Enivré d’illusions prises pour des désirs.
 
16 /05/2015
Jo Cassen
Vertiges
Tous droits réservés

 


Viol


 
Oserait-il souiller précieux diamant,
Poser ses sales mains, se targuer de victoire,
Prétendre voir aux yeux un air incitatoire,
Dire : « j’ai partagé », sans saisir l’infamant ?
 
Il est en évidence, un intrépide amant,
Brutal il a bloqué l’ultime échappatoire,
D’abord pour satisfaire un rite obligatoire ;
-« Taisez votre reproche à l’accent diffamant ! »
 
La victime du crime à jamais porte trace
De l’absolu dégât du prédateur vorace
Qui ne saurait s’absoudre en feignant repentir.
 
La pulsion fautive envers l’enfant otage,
En rien n’est subalterne ou jeu de bizutage,
L’indélébile tache interdit compatir.
 
5 mai 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »

Tous droits réservés




Requiem pour un beauf


Se prétendent des hommes,
Empoisonnent les chats,
Vivent bêtes de somme,
Sont fiers de leurs crachats.
 
Roulent des mécaniques,
Épatent le  boudin,
La grosse qui les nique,
Pour un besoin soudain.
 
Ont gerbé trois, cinq gosses,
Du voisin, d’un copain,
C’est affair’ de négoce,
Pour s’offrir un lopin.
 
Ont tiré de l’école,
Des bribes dans le flou,
D’avoir sniffé la colle,
Et tapé sur des clous.
 
Et refaire le monde ?
Triste matériel,
Plus doper le quart-monde,
Délire industriel.
 
Osons la différence !
Osons chasser l’intrus !
Dégorgeons tout le rance,
Ôtons le malotru !
 
Le pays des lumières
A dû quitter sa route,
Bêtise coutumière
De racaille en déroute.
 
Il reste les forceps,
L’hameçon ou la trique,
Le cerveau, les biceps,
Le choix est historique.
 
Il est presque trop tard,
Conjurer le tumulte
Pour sortir du coaltar?
Eradiquons l’inculte!
 
 
4 mai 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »

Tous droits réservés



Carrousel
 
Nul jamais n’est rebelle, indépendant et libre,
Dominant ou vassal, affreux ou terrifié,
Un seigneur au-dessus décide l'équilibre.
 
Chacun à son insu, du livre codifié
Respecte sens écrit et prête l’allégeance,
Sans ombre d’ironie ou d’abord stupéfié.
 
Les uns se satisfont de la douce obligeance
Jouissent du bonheur, du morne faux semblant,
Les autres en troupeau se trompent de vengeance.
 
Aux faibles plus petits, sans un émoi troublant
Ils dupliquent modèle, une caricature
Et  tourne l'univers, carrousel accablant.
 
Les révoltés d’hier enfantent l’imposture,
Succédanés d’esprit, vivent la trahison,
Sans état d’âme feint, ils ont l'investiture.
 
Pour porter le déni, déguiser l’horizon
Amuser valetaille avec des fanfreluches
Ils proposent miroir, alouette ou prison.
 
L’artiste sans talent devenu coqueluche,
Politique véreux, consommateur craintif,
A chacun son hochet, triste tendre peluche.
 
Le péché de l’avant, le revendicatif
Oublié, sabordé, frisson démoniaque
D’un passé dépassé niant le créatif.
 
Aujourd’hui l’on s’endort sans crainte maniaque,
On ne travaille plus, on regarde le vent,
On vit resto du cœur, douceur élégiaque...
 
L’église de jadis a perdu le fervent,
Une autre la remplace aux attentes confuses,
Et l’on se dit laïc dessous le paravent.
 
On est surtout absent ; les angoisses diffuses
Laissent la terre et l’onde au chacal, au vautour
Qui sait, agit et fait, ô sciences infuses.
 
Parcourez les marchés, faites-le ce détour,
Tous les vide-greniers, côtoyez la ceinture,
Eloignez-vous un peu du petit alentour.
 
S’avancent fiers-à-bras, enflés de pourriture,
Débris vides de tête au trouble regard mort,
Ceux qui devraient demain vaincre déconfiture ?
 
Du silence toujours naîtra le croque-mort,
Fanatique, tyran, enfant de populace,
Le jaloux se séduit au jeu trompe-la-mort.
 
La haine du succès, une ivresse mollasse
Chaque jour un peu plus, dans la fange inhumé,
L' espoir mol dévasté respire la mélasse;
 
Un rêve évanoui ne peut être exhumé.
 
3 mai 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »
Tous droits réservés
 

 


Bangui

 
Venus pour secourir, protéger et nourrir,
Porteurs de mission de plus haute morale,
Vigilants à leur tâche, ils devaient accourir
Tels sauveurs de l’espoir, une force arbitrale.
 
Ces peuples affamés ne veulent pas mourir,
Donnent leur confiance et douceur ancestrale
Dans le regard ouvert, un monde à découvrir,
Surtout bannir ici vanité magistrale.
 
Le berceau des humains foisonne de valeurs
Que l’obscure bêtise, avide de conquêtes
Veut dominer encor propageant cent malheurs.
 
La main frêle tendue asservie à ces quêtes
Pour un  morceau de pain, rien ne doit la trahir,
Elle appelle au secours, pas au droit de haïr.
 
2 mai 2015
Jo Cassen
Recueil « Vertiges »

Tous droits réservés














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