JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie
 
 


Demain il fera beau

Ce poème figure dans l'Anthologie 2013
des Editions Flammes Vives


 
 
Il est fort incertain ce temps où nous allons
De concert, au hasard, nous marchons sans connaître
Le but ou le chemin. Décris-moi ce renaître !
Dessine-moi demain, ses aurores et vallons.
 
 
On n’ose plus penser, on n’ose plus agir,
C’est l’angoisse ou la peur qui partout nous inonde
La brume d’un ciel sombre enveloppe le monde,
Les héros de l’hier aujourd’hui à bannir
 
 
Il faut pourtant rêver, il faut rêver encore
Aux folles aventures, s’illusionner d’espoir,
De la douce utopie éclairant notre soir.
 
 
Le Messie n’est pas là, celui que l’on adore
Promouvoir faux prophète ou élire Barrabas ?
Non ! Surtout nettoyer les écuries d’Augias
 
 
 
Le Pont
 
 
 
J’étais là passager, ombre au dessus du pont
Je regardais en bas, mais j’avais le vertige
Le soleil était haut, c’était le haut Adige.
Pourquoi parler de çà ? Dis-le moi et réponds !
 
 
J’étais là passager, ombre au dessus du pont
Tu regardais en bas, concevais le prodige
Le fleuve coulait las, et ici le vestige.
Pourquoi parler de çà ? Dis-le moi et réponds !
 
 
Il me revient souvent ce moment singulier
Dans ces nuits sans sommeil où l’image me hante
De cette fille brune hélant le batelier.
 
 
Il me revient souvent ce moment singulier
Où tout se rompt soudain, au cri de la bacchante
Pour le dernier envol, les pieds et mains liés.
 
 
 
 
 
 
Un jour
 


 
Il faudra bien qu’un jour, le temps faisant son œuvre
Je regarde devant
Il faudra bien qu’un jour, à la dernière épreuve
Je me fasse savant
 
 
A défaut de pouvoir, encor il sied d’apprendre
Et au dernier festin
Enfin prêt et dispos, balayer toute cendre
Accepter le destin.
 
 
Quand je regarderai, à l’ultime manoeuvre
Le chemin parcouru
Quand je regarderai dans les yeux, la pieuvre
Le sort étant couru
 
 
Je me sustenterai avant le grand voyage
Du mets délicieux
Je me sustenterai au dernier effeuillage
De ton corps gracieux
 
 
GALOPIN


 
C’était un garnement
Un p’tit bijou de finesse
Pas deux sous de sagesse
Mais libre farouch’ment
 
 
Rien donné, rien reçu
Que vouliez qu’il fît,
Relever quel défi
Mais rien de préconçu ?
 
 
Il est dans sa roulotte
Le rusé galopin
Le tour d’ perlin-perpin
Est tombé dans la flotte.
 
 
Rien à dire ou à faire
Qu’aurait-on pu changer ?
Personne à déranger
Alors, la belle affaire !
 
 
C’était un garnement
Un p’tit bijou de finesse
Pas deux sous de sagesse
Mais libre farouch’ment
 
 
Aimé dans la lumière
Et haï dans le noir
Il préféra le soir
Et l’écol’ buissonnière
 
 
Il n’a jamais appris
Mais dévoré le livre
Il fallait bien survivre
Et de tout s’est épris.
 
 
Un monde a découvert
Solidaire et sensible
Une société crédible
Merveilleux univers
 
 
C’était un garnement
Un p’tit bijou de finesse
Pas deux sous de sagesse
Mais libre farouch’ment
 
 
J’avoue je plaisantais
Et tout çà me consterne
Cette vie est bien terne
                                      Çà n’ s’arrang’ra jamais
 
 
                                      Le mal est dans le fruit
                                       Et les noyaux je jette
                                  Mais la pulpe est très blette.
                                     Ce truc est tout détruit !
 
 
                                   Je laisse tomber tout çà
                                     Et encore me délecte
                                      Du manuel d’Epitecte
                                       Et me mets en deçà.
 
 
C’était un garnement
Un p’tit bijou de finesse
Pas deux sous de sagesse
Mais libre farouch’ment
 
 
                                           


AMOURS MORTES
 
 






Quand on ne s’aime plus,  la souffrance trop forte
Ne cille plus les yeux, étreint tel un étau,
Rend vain le fol espoir, bute contre un véto.
Silence assourdissant et démons en cohorte.
 
 
Quand s’est éteint l’amour, car tu ne veux plus croire
Que les saveurs d’hier t’apparaissent sans goût
Et la tendre chaleur et tous ses mots si doux
Ne parlent plus en toi que tels amers déboires,
 
 
Tu souhaiterais parfois, pour te rendre serein,
Et briser s'il le faut cette chape  d'airain,
Reprendre le chemin, proposer une trêve.

 
Impossibles élans, chimères divaguant
N’ouvrent à aucun Eden ou quelque douce grève,
Tu es seul dans le noir, toutes sirènes hurlant.
 
 
 
 
Galatée
(Est-ce vice ou vertu ?)






















 
 
Menteurs de bas étage, hypocrites faux-culs
Poseurs de circonstance,
Chantres de l’inconstance
Votre âme est-elle abyme ou ce vil trou du cul ?
 
 
Pourquoi ne pas avouer sans craindre de déchoir
Que toute votre vie
Fut jalonnée d’envie
Que prétendue vertu est un piètre encensoir.
 
 
Vous avez su forger à force d’illusion
Le maintien, l’attitude
En l’austère solitude,
Les fondements sereins de la réputation
 
 
Mais chacun sait au fond, et sans aménité
Que la fière apparence
Masque au regard le rance,
Quelque trouble profond de la sérénité.
 
 
L’ondoyante silhouette aux petits seins pointus
Une taille de guêpe
L’invite de la leppe
Le jouir d’effeuiller, vous rêver dévêtus,
 
 
Un songe de satyre, un cauchemar de saint ?
Quel tourment ce supplice,
Otez-moi ce calice,
Couvrez-vous je vous prie et j’ordonne à ma main !
 
 
Elle est vraiment jolie, une erreur ce benêt
Qui patauge et saccage
Un si bel enfant sage.
Agissons en devoir, chassons le paltoquet.
 
 
La sirène a besoin pour Ulysse enchanter
D’exploser de ramage
Enivrer le rivage !
Guide-la fier mentor, elle osera hanter.
 
 
                           Tu es sur de ton fait, tu es son Pygmalion
La façonner jouissance
Satisfaire à l’instance
Galatée-la-sublime est œuvre du vieux lion.
 
 
Tu jouis de sa jouvence, et abreuve appétit
Elle se pâme, et s’exclame
Elle est ton oriflamme
La victoire tu le penses, un sujet bien senti.
 
 
Crois-tu que l’on peut, sans quelque atermoiement
Déflorer la jeunesse
Se flatter de hardiesse
Pousser nymphette nue à entendre serment ?
 
 
Regarde pour tes yeux, ne joue pas le devin
Respecte Libellule
Tes envies en cellule
Pour toi c’était hier, pour elle c’est demain.
 
 
 
Vite, Mais intensément
 
 





















Une immensité opaque
Derrière, un océan de petits trucs, des machins,
des bribes de vie.
C’est bien cela, oui. Des réminiscences,
Un petit éclat de rire, un clin d’œil, une larme, des larmes
Beaucoup de larmes.
Des fous rires incontrôlables aussi
Des odeurs. Ton odeur.
Pourquoi faut-il cela ?
Pourquoi ne pas se contenter, simplement,
 de l’instant volé à l’éternité ?
Et aussitôt tourner la page.
Pourquoi ne pas se réjouir de futilités, de plaisirs inutiles
(Le plaisir peut-il être autre qu’inutile ?)
Pourquoi encore et encore compliquer à l’envi et exiger de tout, de tous, de l’autre
Ce qu’il ne sait pas donner, ce qu’il ne sait pas offrir,
ce qu’il ne veut pas partager ?
Chacun (et c’est heureux) n’est pas configuré pour être un saint.
Et on ne devient pas un saint.
Jamais.
On porte en soi ce que l’on est, au présent ou en devenir.
Même enfoui.
Toujours
Alors, il faut bien se rendre à l’évidence.
Notre petit chemin ne sera pas bordé de roses,
de rien qui enjolive ;
Notre petit chemin est pavé de platitude, d’inexistant, d’inutile, de mesquin parfois, de méchant souvent, de haineux quelquefois mais surtout de piteuse indifférence.
Quelques avatars ici et là qui se shootent à l’ambition matérielle
(Souvent fondée sur un vide humain et intellectuel sidéral)
Et un troupeau de suiveurs, plus ou moins actifs,
 davantage passifs,
qu’une miette de confort apaise et  rend plus docile encor.
Faut-il en rire ?
Faut-il pleurer ?
Faut-il s’étonner qu’ailleurs, sous d’autres latitudes culturelles ou morales des éternuements sporadiques
agacent notre quant à soi ?
Peut-être ?
Quel grand architecte tire les ficelles de cette pantomime ?
A qui profite la crédulité ?
Je veux chasser les pensées parasites.
Un instant.
Je sais. Elles reviendront. Vite. Vite
On naît révolté, on ne le devient pas.
La révolte est innée.
On ne change pas le cours de l’histoire.
Tout au plus écrit-on  quelques silences, quelques mots, quelques lignes
Une page.
Rien de plus.
Il n’y a pas d’exemple contraire à l’échelle de l’humanité.
Aucun.
Tout exemple comporte en soi la démonstration du contraire.
Le bien, le mal.
Le noir, le blanc.
Bénéfique, néfaste.
Utile, Inutile.
Crédulité.
Vite mais Intensément
Vivre.
Et mourir
Vite mais intensément.
 
 
 
 

Zingaro

Ce poème figure dans l'Anthologie 2013 de FLAMMES VIVES
 




 
Je veux être ce clown
Gesticuler ici, pour qu’enfin tu t’esclaffes
Pour mes étourderies ou faux pas cadencés,
Mes mimiques attendries
Et mon air de simplet.
 
 
Tu aimes le cartoon.
T’esbaudir pour bidule, acclamer toute gaffe,
Ces fausses hâbleries ou trucs agencés.
Ces soins d’hypocondrie ;
C’est ainsi qu’il te plait.
 
 
Je veux être ce clown
Conforter ton plaisir, et apaiser ton âme.
Par vaines cabrioles à t’enchanter encor
T’enivrer de mes chutes
T’inviter où l’on rit.
 
 
Tu aimes le cartoon.
Je vis pour te distraire et te donner la flamme
Pour éclairer un peu si peu enviable sort
Faisons jouer les flûtes
Déniaisons les aigris
 
 
 
Maman
 
 













C’était une maman, elle était la plus belle,
Dans le rêve charmant du frêle oiseau naïf
Balloté à tous vents sur son bien pauvre esquif
Espérant pour demain une mer moins rebelle.
 
 
Rien n’est jamais méchant quand le coeur est sensible
Le tien l’était autant que ton sourire câlin
Et la fraîche douceur de ton rire cristallin
Quand tu me racontais ton espoir impossible.
 
 
On put croire parfois, en ta vaine colère
Quand tu te réfugiais dans une idée chimère
Que tout pouvait soudain s’écrouler à jamais
 
 
Ta douce utopie flotte, et m’enchante encore
L’idéal inconnu qui toujours t’enflammait. 
                           Inaccessible étoile au ciel que je décore
 
 
 
 La Grande Dame
 
 
C’est ici que J’en parle
Car nul ne  rêve plus
Elle a fait son bagage
Le mystère est rompu
 
 
Pourquoi de cette femme
Réveiller souvenir
Rallumer cette flamme
Qui se devait pâlir
 
 
C’est que dans ma mémoire
Elle est toujours debout
Silhouette dérisoire
Foulard autour du cou
 
 
Dans son jardin vaquait
Matinale et constante
Une planche binait
Rassurée et contente
 
 
Les chérubins heureux
Appréciaient cette vie,
Et dégustaient joyeux
Toutes fraises à l’envie.
 
 
Elle était dure et sage
Bel esprit radical
Un si joli visage
Soleil dominical
 
 
Le temps a disposé
Toutes routes se perdent
Mais j’ai toujours osé
Pisse-froid je dis merde.
 
 
Céans venons parfois
Dans petite chaumière
Où bien plus de cent fois
Elle accueillait très fière.
 
 
Cette mémoire là
C’était vie d’Emilienne
Il est bien qu’au-delà
Je veille comme mienne.
 
                   
                                
 
 
 

 
 
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