JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie


En Marche !

peinture de Marek Langowski    www.langowski.net.pl

 
-« Ne jamais rien changer, préserver nos acquis
Ignorer l’avenir, défendre l’avantage !’
Nous sommes les sachant héros  de l’héritage
Nous pourrirons l’enjeu, nous prendrons le maquis. »
 
Ainsi jacassent haut dans l’espace conquis
D’organes noyautés, les hordes du  ratage
Qui concoctent encor l’ultime piratage,
Pour les pieds dans la fange aboyer l’air exquis.
 
Ils sont les professeurs, les élites vulgaires,
Fomentent les complots, prônent les chants de guerres ;
Effacent à loisir chaque trace d’effort.
 
Le tourbillon superbe emporte votre envie,
Redoublez vos ardeurs, oubliez le confort,
Ce grand rassemblement est un hymne à la vie.
 
6 février 2017
Jo Cassen
Recueil « Sources Vives »

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Ici chemin d’ailleurs


Je me suis cru perdu, moi,
Quand je la découvris, seule, innocente,
Ses envies, ses désirs,
Tout habillée de simple ;
 
On ne saurait parler des bruits de l’alentour,
La mémoire occultée,
Le ressenti éteint,
Tout en indifférence ;
 
Un grand vent a soufflé le banal,
Le construit et jeté sur la berge
Ballotté, dérivant, le pitoyable esquif,
La souffreteuse épave ;
 
Le coquin parlera d’un jeu incohérent,
D’une joute perverse,
D’appétits dissolus,
Et tournera le dos ;
 
Le voyage en étrange,
Souvent bouscule et heurte le pataud
Qui se complaît serein dans sa béatitude,
Ebloui d’insipide, il ignore qu’il est mort.
 
Fallait-il disparaître,
Se confondre au néant
Pour combattre l’absurde
Ou brûler au zénith ?
 
20/12/2016
Jo Cassen
« Sources Vives »
Tous droits réservés

 




Toi qui pansas les plaies 
et les bosses aussi
 

Bien sûr à la grand’ ville,
En ma prime jeunesse, arpentant les trottoirs,
Je croisais des visages
Et le regard hostile à chaque carrefour ;
Je tutoyais le vide.
 
Chaque fois plus lointain,
Un intrus dans ce monde, étron anachronique,
Je devais à l’envie
Opposer le refus de l’impossible espoir ;
Et tout au plus, survivre.
 
L’opaque de la nuit,
Loin des galimatias du quotidien médiocre,
Efface le sournois
Qui laisse belle part aux trémolos des lâches ;
Ainsi nait le rebelle.
 
J’ai haï ce haut mur,
Je voulus le détruire, oser la guerre sainte,
(Un concept galvaudé)
Ecrire avec mon sang l’autre chant homérique ;
La jeunesse est naïve.
 
Pour ton juste combat,
Tu es roi de l’arène et les vaincus s’écroulent ;
Où sont les résistants ?
Le vent les a soufflés, ils n’étaient que des leurres…
Ce grand cirque est pervers.
 
Gente marionnette
Tu le descendis bien l’utopique escalier,
Le chef d’œuvre du maître
Tu croisas bien le fer, tu vainquis sans effroi ;
Pourquoi cette amertume ?
 
D’on ne sait où surgie, une fée prend sa part,
Une main dans la tienne, elle efface et apaise.
 
16/09/2015
Jo Cassen
« Derniers Poèmes »

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Supplique du Rossignol à l’oisillon, son fils

 
Puisque tu veux écrire
Ou hurler ta douleur,
 
Cherche le maigre espace
Où le poète vit,
Ce haut lieu de culture
Où la muse se plait,
Paradis de la langue
Dans toute sa rigueur
Où l’idoine musique
Habille vrai le mot;
Où la forte exigence
Renforce le discours.
 
Chasse la complaisance,
Maîtrise ton égo,
Rompt tous les artifices
Et les facilités,
Toujours en harmonie
Soigne ce que tu dis.
 
Enfin, tu te dépasses,
Tu respectes ravi
Et sans désinvolture,
Le chant de vérité
Qui jamais n’est exsangue
Ou de triste longueur;
Ton délice est physique,
Il apaise les maux,
Il combat l’indigence
Loin de la basse-cour.
 
 
Louange ou médisance
Sont deux termes égaux
Et d’aucuns bénéfices, 
Ils chantent doux l’orgueil
Enflent la calomnie;
Préfère le non-dit.
 
Vois le monde sourire
Au jeu du fin jongleur!.
 
17/02/2014

 




Il s’appelait Serge,

 
Il ne fleurira plus le jardin de sa fée,
Demain dit le grand vide, il part le coryphée ;
Il ne glanera plus les patates aux champs,
Il ne paraîtra plus sourire ébouriffé
Pour une chasse aux œufs dans les cris et les chants.
 
Il ne servira plus les bons amuse bouches
Préparés avec soin, mieux que fins croquembouches,
Chaque dimanche soir au rite d’apéro
Quand s’éprouve le goût jamais sainte-nitouche
De dire son bonheur sans trait de vipéreau.
 
Il ne craquera plus la chemise trop fine,
Aux rythmes endiablés, comme sous endorphine,
Des airs de son idole et qu’il aimait chanter
Avec cœur, pleine voix, vibrato qui confine
A l’insolent tempo du héros tourmenté.
 
Il ne prêtera plus la main de gentillesse
La vaillance et l’ardeur, la feinte hardiesse
A l'autre qui perdu quémandait un renfort,
Lui qui savait pourtant que toujours la liesse
Passe par le travail et le sens de l’effort.
 
Il ne parlera plus, il nous laisse les larmes
Et ce glaçant vertige et ces sombres alarmes,
Tant la révolte sourd au destin odieux ;
Il ne parlera plus, il nous laisse les charmes
De ses yeux éblouis, de ses traits radieux.
 
La petite est sortie, il a pris le sésame…
Les écrans se sont tus dans la chambre sans âme,
Hasard ou sortilège, on ne saura jamais ;
Le Prince de nos jours souffle l’ultime flamme
Et convie à prier : « fermez les guillemets » !
 
Au jour de son voyage éteignez la rancune,
Effacez vos aigreurs, n’en préservez aucune
Lui qui fut cet enfant martyr du désamour
Dans sa tête ou vraiment, sans quelconque lacune
Il donna la chaleur, l’appui même l’humour.
 
Soyez riche de lui, bienveillant à qui l’aime,
On récolte toujours la graine que l’on sème,
Et cet homme savait qu’ensemble on est plus fort
Et qu’un pardon oubli vaut tous les anathèmes ;
Chacun sa vérité, sa source de confort.
 
16 novembre 2016

Jo Cassen




La mer

 
Bordée de sable ou de galets
Paisible et chaude,
Soufflée de vents,
Ivre de rire ou de silences ;
Toujours
Elle ouvre au merveilleux,
L’incomparable,
Le grand, le vaste et l’inconnu,
Cet autre monde…
Elle est passage vers l’ailleurs.
 
Bleue émeraude,
Bleue outremer
Le long des golfes
Ou loin de tout ;
Ornée de fleurs exotiques,
Ornée de rien, de mimosas ou de palmiers,
Elle respire, enchante l’âme,
Hurle le temps du désespoir,
Souffle l’orgueil ou l’arrogance,
Pleure souvent de ton mépris.
 
Elle est la mer, parfois amère,
Celle de qui tout est venu
Elle est maman enchanteresse,
Parfois démon,
Parfois coquine,
Douce matrice des fols transports,
Elle t’inspire et te condamne.
 
Je suis l’errant
Des rêves morts, Je suis ta chose…
Engloutis moi, je suis perdu.
 
8 octobre 2016
Jo Cassen
« Sources vives »

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Rêverie d’un promeneur solitaire
 
Il marche lentement les pieds nus sur la grève,
Solitaire.
Un clapotis léger de timide ressac,
Le reflet ondoyant sur la belle bleutée,
Le chuintement discret
D’un élégant rapace,
Et le frisson s’oublie où veille le désir.
 
La nuit porte le vent des étranges frontières ;
Inconnu,
Le monde de l’obscur révèle l’ouverture
Vers des rivages flous aux masques surprenants,
Des ilots, la garrigue,
Des chapelets d’étangs,
Et l’esprit imagine où la vision s’égare.
 
Le pas dans la pénombre ignore les roseaux ;
Il progresse
Sans hâte, émerveillé, serein, libre, il conçoit
L’invisible aux attraits qui charment, ensorcèlent,
Oniriques appâts
D’un espace d’envie ;
Où la beauté du site ajoute au fascinant.
 
Demain le flamant rose ou les échasses blanches,
Le héron,
Le goéland railleur, diront la découverte
À quelque salicorne ou cormoran glouton,
D’une lande magique,
Les parfums enivrants
Où mille dieux jaloux ont voulu l’ineffable.
 
13 octobre 2016
Jo Cassen
« Sources Vives »

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Chatte sur toi brûlant
(Sonnet oulipien)


Sur le doux sable chaud, j’ai découvert ma mie,
Sa défroque jetée, où serait l’infamie ?
On est fol à quinze ans quand s’échauffent les sens ;
 
Le Vésuve parfois se montre plus modeste.
 
Sur le doux sable chaud, cherchez le contresens,
Petite voix grotesque, elle appelait mamie,
Pourquoi cette présence et non pas une amie ?
A l’aube du destin, fort rare est le non-sens.
 
Le Vésuve souvent se montre plus modeste.
 
Quand un perfide écho sous la voûte céleste
Raconte le non-dit pour clamer le concret,
La coquine pubère aime la faribole
Et s’enroule serpente et ouvre la guibolle ;
Chatte sur toi brûlant, l’indicible secret.
 
4 octobre 2016
Jo Cassen
« Sources vives »

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Mare Nostrum

Anthologie Poètes Classiques d'Aujourd'hui
Livret n° 9

 
Naguère elle jouait et riait goulûment,
Eclaboussait l’espace et l’enfant intrépide,
Dans les frissons d’écume et de voile limpide
Croquait à pleines dents la vie ingénument.
 
Aujourd’hui la terreur porte le dénuement,
Quelques frêles esquifs, la volonté turpide
D’ignobles sacripants au fol dessein cupide ;
Un cimetière en bleu : l’infernal instrument.
 
D’avoir aimé la vie et l’espoir d’une terre
Accueillante et paisible, il ose volontaire
L’incroyable épopée et se meurt ignoré.
 
Vous qui l’avez trahi, mis dans le précipice,
Rien ne sert de maudire ou geindre timoré,
L’odyssée inhumaine est un chant d’aruspice.
 
3 octobre 2016
Jo Cassen
« Sources vives »

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Résister

 
Exister, c’est combattre,
Résister, opposer au néant
L’argument dont débattre
Sans se laisser abattre
Par l’ami, le sourd, le fainéant.
 
Exister, c’est la guerre,
Au fatal, aux schémas préconçus
À l’appétit vulgaire,
Au modèle grégaire,
À l’ordre de celui du dessus.
 
Exister, c’est confondre
Les valets, les voyous captivants ;
Que leur prêche s’effondre
Et qu’ils vont se morfondre
Tels zombis décharnés, morts –vivants.
 
Exister, c’est je t’aime,
Dérangeant, différent et pourtant,
Sans quelque stratagème,
Je vois briller la gemme
Cette nuit, est-ce déconcertant ?
 
2 octobre 2016
Jo Cassen
« Sources Vives »
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Polichinelle

Caricature de Granville (1830)

 
Tu vis en moi toujours, flamboyant catalpa
Mais lorsque mon cœur bat le tien semble en errance,
Je suis ici, bonjour, mais tu feins la partance ;
Et mon souvenir flou, bruit d'un mea culpa.
 
Qu’avions-nous donc commis pour mériter l’épreuve ?
Nous sommes nous perdus, enfants fous de l’amour ?
Face à l’appel du large, on cherche en vain l’humour
Et se meurt l’union ; fallait-il une preuve ?
 
Elle habite à jamais notre tête et le cœur,
Cette maligne histoire, embellie ou vulgaire ;
Resterons p’tits soldats, surtout pas va-t-en guerre,
L’anamnèse s’enchante et brave la rancœur.
 
On aurait pu bien sûr affronter cet orage,
Eriger une digue, être beaucoup plus forts,
Amadouer nos peurs, appeler des renforts,
Des amis et combattre, éviter le naufrage.
 
On aurait pu bien sûr, mais on ne l’a pas fait ;
Pas de larmes ce soir, sous la lune blafarde
Le temps fuit, empressé, son lourd cortège farde
Le dessein de l’hier et l’odieux méfait.
 
Je veux et tu le dois ôter la nostalgie,
Avancer en chemin et pour d’autres enjeux,
Aussi justes et clairs, agir en courageux,
Que jamais la chanson ne devienne élégie.
 
Vois, nos yeux se tutoient et charment le présent,
La volupté, le sel et notre insouciance,
La fusion des cœurs, avatar, préscience,
Des mains à la dérive, esprit euphorisant
 
Images de l’avant, connivence ravie,
Raide, silencieuse, étrange un tantinet,
Hautaine, indifférente  et l’orgueilleux jeunet
Qui rêve le voyage au ciel de Syldavie.
 
Pour l’humeur vagabonde ou le jeu fleureté,
Vous pouvez rire lourd, j’en accepte l’augure, 
Je suis le chevalier à la triste figure,
Je ne regrette pas cette légèreté. 
 
À rêver la chimère, à chanter ritournelle,
À bâtir des châteaux à l’épreuve des temps,
J’ai vu passer les jours, les hivers, les printemps
Et mes moulins sont là ; Je suis polichinelle.
 
25/09/2016
Jo Cassen
«Sources vives »
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Renaissance


Tu vis en inutile, irritable ou torpide,
Amer jusqu’à l’outrance, ermite désolé,
Dans un monde trop fade au teint vitriolé,
Regard désabusé, tout te paraît stupide.
 
Penser en positif, point ne semble intrépide,
Une campagne verte, un ciel auréolé,
Un fleuve en cavalcade au remous affolé,
Des gamins et du rire, et tout devient limpide.
 
Chasse la nuit de toi, elle porte malheur,
Combats en courageux, méconnais la douleur,
Vaincs l’ennui qui te ronge et cette solitude.
 
Tu flotteras léger, serein, fort et heureux,
Le morose s’enfuit, renaît la quiétude
Plus un nuage noir, ce rêve est chaleureux.
 
30 août 2016
Jo Cassen
« Sources Vives »

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Morte saison



Il désira tes yeux, et ta bouche, ta peau
Avec avidité, tes seins et puis ton ventre,
Le velours interdit où s’entrouvre ton antre,
Jusque à ce fol désir que chante le pipeau.
 
Tu jetas sans émoi le dernier oripeau,
Du séisme sournois fabuleux épicentre,
Quand ton corps ondulant inventait pour ce chantre
Un conte d’élixirs et de prince crapaud.
 
Le noir soudain se fit, le silence censure,
Une perle rubis irise ta blessure,
Et toi que rien ne choque apaises sa raison.
 
Dans le marbre du cœur une fausse démence,
Une enfant désinvolte, une morte saison,
Chaque jour un peu plus ravive la romance.
 
26 août 2016
Jo Cassen
« Sources Vives »

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Monsieur Saint - Pierre

 
Bonjour, bonjour, Monsieur Saint Pierre,
Pardonnez- moi cette démarche, ici rien n’est facétieux,
Je ne poursuis pas la chimère ou le désir fallacieux,
Juste un petit peu de lumière.
 
Bonjour, bonjour, Monsieur Saint-Pierre,
N’alertez pas le grand barbu, pour mon besoin de volupté
Et toutes portes grand m’ouvrir, votre discours est adapté ;
Je renonce à la séculière.
 
Je viens, je viens, au purgatoire,
J’ai trop prêché dans le désert, je cherche le silencieux,
N’y voyez pas désinvolture ou le prurit séditieux ;
Je veux changer de territoire.
 
Je viens, je viens, au purgatoire,
Retrouver sens à mon état, désherber le pernicieux
Car le dessein chante discret qui parle moins audacieux,
C’est un passage obligatoire.
 
Merci, merci, Monsieur Saint-Pierre
Pour votre écoute et le regard, vous aurez su tout décrypter
Et sans prononcer de réserve auprès de vous bien m’accepter ;
J’étais tant las de ces œillères.
 
Merci, merci, Monsieur Saint-Pierre
Je reviendrai souventefois pour le plaisir du coopté,
Loin du néant ou de l’obscur pour fuir le non, et l’excepté ;
Je retourne à la poudrière.
 
ITINERANCES
17/01/2014
 



Comédie


 
Ici tout est partage, écoutez le silence,
Le feu du projecteur a cerné l’étonnant,
En vain l’œil a scruté l’effet passionnant ;
Le sujet vit ailleurs, il feint la turbulence.
 
Angoisse à l’apogée ou juste nonchalance,
L’artiste magistral somptueux, rayonnant
Oppose à la raison un éclat dissonant,
Il règne sur l’autel où git la vraisemblance.
 
L’œil du prince souvent au gré de l’enchanteur
Révèle des confins loin du trait laudateur,
Pour séduire et convaincre ; ô mesquine chimère !
 
L’Autre dans ses cahots, certain de son regard
Ne saurait discerner fructidor de brumaire ;
L’innocent boursouflé respire le ringard.
 
14 août 2016
Jo Cassen
« Sources vives »
Tous droits réservés
 


Regarde devant nous…

 
Elle court le reflet, une flatteuse image
Qui conforte et qui plait, réfute le blâmant,
Un conte de princesse et de son bel amant
Sur leur terre promise où règne le roi mage.
 
Il fallait l’avertir du risque de dommage,
L'illusion jamais ne chante l’infamant;
Le demain idyllique au brillant diamant,
Un leurre, un artifice où se perd le ramage.
 
Quand l’obstination provoque le revers,
L’étroite certitude écrit tout à l’envers,
Et conduit le crédule en terre d’utopie.
 
Lorsqu’elle révéla son farouche désir,
L’amour dit :- "Il est tard pour changer la copie",
Regarde devant nous, là-bas vit le plaisir.
 
8 août 2016
Jo Cassen

« Sources vives »
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Commedia dell'arte


Anthologie Poètes Classiques d'Aujourd'hui 
Livret n° 8


Sous la brune complice, en la lande côtière,
Las de marivauder, Colombine, Arlequin
Cherchent le nid d’amour, le refuge coquin
Pour épuiser le corps, enjamber la frontière.
 
L’insolente se rit (verve primesautière)
Du complexe bourgeois, de tout le saint-frusquin,
Elle exhale malice, experte du taquin
À damner le Seigneur et son église entière.
 
Il ne faut rien de plus pour que d’un étourdi
La perverse lutine érige un dégourdi
Enflé de suffisance et la lippe alléchante.
 
L’oiseau de nuit connut moins de rites charmeurs,
La lune resplendit tant la lyre l’enchante.
L’écho clame l’exil des puritaines mœurs.
 
7 août 2016
Jo Cassen
« Sources vives »
Tous droits réservés

 


Opale

 
L’horizon mordoré quand la lune se couche,
Au- dessus de la tête, un arcus ténébreux
Les zébrures du ciel, le torrent qui le douche
Vingt heures en Opale, un chemin salébreux.
 
Il passerait pour sot, d’ivre mélancolie,
Aux yeux de l’incongru qu’il croiserait ce soir
Sous le féroce orage, ou pris de la folie…
Prestement dans le choeur s’agite l’encensoir.
 
Le baluchon au dos, il part en soliloque,
Les flaques d’eau du sol ont détrempé les pieds,
Ce petit bruit lointain… serait-il ventriloque ?
Ce moment va passer, ô pauvres vanupieds !
 
Deux heures sur la route, et le voici qui chante,
La nature fait bien quand se perd la raison,
Comment imaginer le tourment qui le hante
Et l’aider à guérir la funèbre oraison ?
 
Il ne demande rien, parfois un léger spasme
Abîme son visage, un picotis d’essaim ;
Il ira jusqu’au bout sans crainte du sarcasme,
De ce moment si rare il connaît le dessein.
 
Pour avoir tant choyé, couvert de cent caresses,
Dorloté cet enfant sans défense et secret,
Il se doit d’accomplir vainquant les maladresses
Le geste salvateur, l’ultime acte concret.
 
28 avril 2015 – 6 août 2016
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges » - « Sources vives »
Tous droits réservés
 
 


Au pied de la corniche


 
C’était son bon vouloir, pas un trait de bonniche :
Délaisser à son gré le jeu par trop ringard
Qui manquait de piment et à certain égard
La laissait sur sa faim, tel toutou dans sa niche.
 
Elle se révolta, brave petit caniche,
Du cran elle exigea, se moquant du regard
Sur la scène jeté par le passant hagard,
Décontenancé même au pied de la corniche.
 
L’azur à l’infini se perd à l’horizon,
Un été de soleil, le brûlant du tison,
Des badauds ébahis sur la mer émeraude.
 
L’endroit est idéal, rien ne choque le goût,
Deux gosses emmêlés pour jouir de la fraude,
Une geste intrépide et quel  charmant bagout :
 
4 août 2016
Jo Cassen
Sources Vives
Tous droits réservés

 



Izidor

Anthologie "Poètes Classiques d'Aujourd'hui"
Livret n° 9
 

Le voile du long temps a souillé sa mémoire :
Des images de brume, un fulgurant éclair,
Un chasseur et son chien orgueilleux de son flair,
Un cri dans le soleil, quelques effets de moire.
 
La campagne s’éveille, il ouvre le grimoire,
Il cherche un souvenir mais rien n’apparaît clair,
Il tâtonne, trébuche, un pâle monte-en-l’air,
Mais l’objet de sa quête est au fond de l’armoire.
 
Il voulait entrevoir pour arracher l’oubli,
Montrer sous le vieillard que l’on sent affaibli,
La petite lueur, la discrète flammèche.
 
Il saisit le paquet, un ruban bouton-d’or,
Feuilles de vieux journal, des cheveux, une mèche,
Et dans l’étui d’argent, la photo d’Izidor.
 
4 août 2016
JO CASSEN
« Sources Vives »
Tous droits réservés

 


Petit bâtard

 
Désabusé parfois, face au soir,
Grotesque bois mort sur son glissoir,
Dans cette chambre vide, à l’oreille
Du vent, il blâme ce pourrissoir,
Antre de rognure sans pareille.
 
Il ne sanglote pas, ne rit point,
Il efface le temps, contrepoint
Obligé de la sourde chimère ;
Il esquisse un regret, mal en point
Son dessein… Rebut de grâce amère.
 
Le feu scout camouflé chauffera
Le rata, la faim s’étouffera,
Et les maux et les peurs, et l’absence ;
A rien le néant se greffera,
Un leurre pour gâcher l’innocence.
 
À quoi sert d’avancer pour aller
Nulle part ? Toujours bringuebaler,
Fantoche balayé par l’ivresse
Du poison qu’il lui faut avaler,
Le venin, élixir de détresse.
 
Il croyait… l’Autre ne savait pas,
Il voulait… Une place au repas ;
Mais les hôtes ombrageux ignorent
L’insolent aux étranges appas,
Symbole dérangeant qu’ils abhorrent.
 
                        Ecarte toi, passe ton chemin,
Un autre jour, peut-être demain,
Une autre cour dira la sentence,
Tourne les pages du parchemin,
Reste droit, au pied de la potence ! 
 
                         Rejette la foi du paillasson,
Pataud, il frétille sans façon
Au rythme d’une aria funèbre ;
Son génie : une contrefaçon,
Pour travestir l’obscure ténèbre. 
 
Des valets corsetés, arrimés
À des acquis douteux, déprimés,
Dont la bile fétide empoisonne
L’espace que des  pantins grimés
Ont détruit ; Le monde déraisonne.
 
Ton histoire s’écrit dans le sang
Et la haine, un flot ahurissant
De cris, de non-dits et d’impostures,
Fantastique carrousel glaçant
De glauques immondes pourritures.
 
Silence enfant, il se fait tard,
Tais ta rancune, petit bâtard
Ailleurs, Ici, de la nuit féconde
Dis les beautés, sans Père-Fouettard,
Sois l’enchanteur d’espiègle faconde.
 
2 août 2016
Jo Cassen
Sources Vives
Tous droits réservés
 
 
 

Petite fleur

 
As-tu rêvé parfois d’une étreinte furtive,
Mes doigts dans tes cheveux, une oreille attentive,
Voulu l’ardente fièvre et l’ultime abandon,
T’allonger toute nue en grâce primitive,
Puis entendre un murmure appelant le pardon ?
 
Te surprends-tu dis-moi, quel étrange mirage,
Alors que le sommeil engloutit le naufrage,
À découvrir en nous la force de l’agir
Pour terrasser les loups, la vindicte et la rage
Et submerger l’extase inapte à s’assagir ?
 
Danses-tu le vertige où notre sarabande
Dépassait le désir du jeu de contrebande
Et racontait au ciel des mondes fabuleux,
Des hymnes éclatants ou satyres en bande
Eclaboussaient l’amour de rires crapuleux ?
 
Le ressens-tu pervers le soubresaut magique,
Le roulis infernal et le sommet tragique,
Ce frénétique fiel, arpège de Satan
Qui brûlait, consumait hors de toute logique
Jusqu’à nous balayer au souffle d’harmattan ?
 
Le silence des nuits sanglote de l’ivresse
Des charmes innocents, de la douce détresse,
De tes yeux convoitise où se perd mon regard
Et ma main enivrée assaillant ma maîtresse
Petite fleur gourmande au chaud besoin hagard.
 
28 juillet 2016
Jo Cassen
« Recueil Sources Vives »
Tous droits réservés
 
 
 
 
 Lilith


 
N’en déplaise aux fâcheux, culs-bénits au beffroi,
Souvent le sortilège apparie en cachette
D’improbables jouets sans voile ni couchette
Pour une sarabande où se farde l’effroi.
 
Sur le sable brûlant, un altier palefroi,
Jaloux, bave d’envie et fourbit sa machette,
Il mime chaque geste, ivre de la bichette ;
Pourquoi lui préférer le clinquant de l’orfroi ?
 
Le captif enchaîné dans son transport délire,
Lilith à son vertige enflamme tôt sa lyre
Quand jaillit au festin le fragile nectar.
 
Le lointain irisé chante votre évangile :
La liberté conquise, un ultime avatar ; 
Le succube convulse et brûle sous l’argile.




25 juillet 2016
Jo Cassen
Sources vives

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