JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie

Si je n’avais pas d’yeux…

 
Je voudrais l’harmonie, un utopique espoir,
Démonter la raison, effacer la mémoire,
Revenir à zéro, ré-enchanter l’histoire,
Oublier les segments, castes au découpoir.
 
Je voudrais repenser une terre sans l’homme,
Donner à ce qui vit d’authentiques beautés
Sans la pollution des fausses royautés ;
La pluie et le soleil pour unique idiome.
 
Je voudrais ordonner l’arrêt de procréer,
Placer en vérité, le plaisir de l’utile,
Effacer le mesquin de tout besoin futile ;
Se nourrir simplement, s’habiller, recréer.
 
Je voudrais enlever l’obscur en chaque tête,
Dénoncer le crétin devenu le marché,
Le niais trop gogo chaque jour démarché,
Eradiquer les cons, juste pour voir l’esthète.
 
Je voudrais tant ôter, prédateur et sa proie,
La plus cynique loi, dominant-dominé,
L’assisté de plein droit au dit contaminé ;
Artifices menteurs pour fixer la lamproie.
 
Je voudrais au cachot le pédant, le pompeux,
Le messager menteur d’une doctrine vide,
L’inassouvi mentor de haute gloire avide,
Il enfume le clan d’un propos sirupeux.
 
Je voudrais ériger comme avant les lumières,
(Mais le siècle est honni) Bûcher ou pilori,
Le pal ou l’échafaud, pour voir le coloris
De la badauderie esbaudie aux premières.
 
Je voudrais, je le sais, mon rêve est odieux,
Changer le monde un peu, pour un goût d’aventure,
Pour une envie, un mieux, stopper déconfiture,
Je voudrais, je le sais… si je n’avais pas d’yeux.
 
30 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés






L’ange blanc


Calme-toi l’ange blanc, demain tu seras roi,
Préserve tes efforts pour que le désir vole,
Hume le goût du vent qui fouette la paroi
Sous le ciel étoilé, le destin est frivole.
 
Le soleil sur la mer peint la robe d’orfroi
Pour enchanter l’attente et l’acte bénévole,
Que nous offre timide aux confins de l’effroi 
L’intrépide géant qui déjà nous survole.
 
Il a vaincu la peur et conforté l’espoir,
Cent amis font cortège et dansent virevoltes
Ils tressent la dentelle aux ailes de guipoir.
 

Maestria sublime ou rêve ensorceleur,
Jaloux à tout jamais je vivrai receleur
Mes yeux émerveillés taisent toutes révoltes..
 
29 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés



Petit d’homme

Prix Noël Santon
Jeux Floraux 2015 de Saintonge & Aunis
"Mention" - Vers Libres ou néo-classiques
 



Souvent cherche sa route,
Tergiverse parfois,
Condamne ses idées
Se tape dans les murs
Craint que sa tête éclate
Et rebondit pourtant,
 
Aux amis de déroute
Il songe quelquefois…
(Images élidées
Rares comme lémurs,)
Et sa joue écarlate
Dit le déconcertant.
 
Toujours le vent assèche
Le sanglot trop amer;
Repars en allégresse
Il faut clore le jeu.
 
Veux-tu cette antisèche…
La bouteille à la mer,
Ou serait-ce paresse
Ce triste air ombrageux ?
 
Le petit enfant d’homme
Découvre le revers,
 
A croquer dans la pomme,
Il comprend l’univers.
 
28 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés




Opale

 
L’horizon mordoré quand la lune se couche,
Au- dessus de la tête, un arcus ténébreux
Les zébrures du ciel, le torrent qui le douche
Vingt heures en Opale, un chemin salébreux.
 
Il passerait pour sot, d’ivre mélancolie,
Aux yeux de l’incongru qu’il croiserait ce soir
Dans violent orage, ou pris de la folie…
Prestement dans le choeur on agite encensoir.
 
Le baluchon au dos, avance en soliloque,
Les flaques d’eau du sol ont détrempé les pieds,
Ce petit bruit lointain… serait-il ventriloque ?
Ce moment va passer, ô pauvres vanupieds !
 
Deux heures sur la route, et le voici qui chante,
La nature fait bien quand s’égare l’esprit,
Comment s’imaginer le tourment qui le hante
Et l’aider à guérir cet état incompris ?
 
Il ne demande rien, parfois un léger spasme
Abîme son visage ; il connait le dessein,
Il ira jusqu’au bout, sans crainte du sarcasme,
De ce moment si rare, il entrevoit dessin.
 
Pour avoir tant choyé, couvert de cent caresses
Dorloté cet enfant sans défense et secret
Il se doit d’accomplir vainquant les maladresses
Le geste salvateur, ultime acte concret.
 
28 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 


Si
 


(Villanelle)
 
Si ton choix est d’aventure,
De soir, jour ou de matin,
Frisson et désinvolture.
 
Gomme la caricature,
Pas de vantard palatin,
Si ton choix est d’aventure.
 
Efface fioriture,
Plane velours doux satin,
Frisson et désinvolture.
 
Trêve de littérature
Déguste-le, tel gratin
Si ton choix est d’aventure
Frisson et désinvolture.
 
28 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés





Le goéland

http://www.ppgr.org

 
(terza rima)
 
Longtemps il contempla la grande fabuleuse,
Immobile et serein, presque en catimini
La vie en la seconde, avance ensorceleuse.
 
Quelques mèches dansaient, tutoyant l’infini,
Des perles clignotaient dans le silence lourd
Ici tout est parfait, nul embrouillamini.
 
Le timide ressac joue à pas de velours
Le cri de la mouette interpelle l’étoile ;
Du haut du promontoire, il apparaît balourd.
 
C’est la première fois, devant ses yeux un voile,
Un étourdissement, l’ivresse de l’appel,
Pour le paralyser, le piéger dans la toile.
 
Il doit rompre le fil, si besoin au scalpel
Ne pas tergiverser, nier l’inquiétude
Ne pas vivre l’envol en lamento gospel.
 
Le temps nous a fourni complète certitude,
Le doute qu’on maîtrise estompe le tourment,
Il agit maintenant en toute plénitude.
 
Il a vaincu la peur, blessure, effarement,
Hésiter il le sait serait mesquinerie,
Sa résolution porte le bon ferment.
 
À l’instant du départ, pas de bouffonnerie
Bien sûr il faut oser, oser prendre l’élan,
Le rebelle se tait, pas de mutinerie.
 
Campé, déterminé, l’immense goéland,
A plongé son regard dans mes yeux de tristesse,
Dans le vide déjà je le vis planer lent,

Pour un dernier adieu plein de délicatesse.
 
 
27 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 

 



L’Oiseau et le trident




(rondel ou rondeau ancien)
 
Ultime envol, un cri strident
Il veut la fin à lui promise,
La liberté sans la mainmise
Ce fol espoir fort évident.
 
Vous qui fûtes le confident,
Vocation alors transmise,
Ce haut dessein, puis l' accident,
Le chant de vie est-il de mise ?
 
Il faut dompter par le trident,
Donner couleur toujours omise,
Cette vertu trop compromise,
Et non survivre en dissident.
 
Ultime envol, un cri strident.
 
26 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés





De grès, de gris

(Rondel ou rondeau ancien)
 
De grès, de gris, passage étroit,
On roule, on boule et la bascule,
Le saut de l’ange majuscule,
Brève douleur, si bien adroit.
 
Ainsi s’envole, il a le droit,
Le clown amer et ridicule,
Quand passerez dans le détroit,
Regarderez le monticule.
 
Le petit vent dit de noroît,
Fait oublier la canicule
Et la raideur de clavicule,
Le souvenir part de surcroit.
 
De grès, de gris, passage étroit.
 
25 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 
 
 


Le Pivert



(triolet)
 
Oyez le bruit du doux pivert,
Juste avant la catalepsie,
Le tic et tac à découvert,
Un petit creux s’est entr’ouvert.
 
Rite charmant sous le couvert,
Qui penserait à l’ineptie,
Un petit creux s’est entr’ouvert,
Juste avant la catalepsie.
 
25 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés


La zigounette
 
Si tu veux éviter
A tout prix le sarcasme,
Tais surtout ton fantasme :
N’ose pas ébruiter !
 
Tandis que l’on jaspine,
A loisir dans ton dos,
Silhouette d’ado,
L’âge de ta copine,
 
Nul complexe fatal
Savoure doux et tendre,
D’aucuns voudraient le prendre,
Cet élixir vital.
 
Ami, dispos, relâche
Défronce le sourcil,
Pourquoi dire merci
A godillot trop lâche.
 
Ce refrain désuet,
Contracte l’œsophage,
Tu n’es pas phytophage,
Affirme-toi muet.
 
Toujours la gent honnête,
Se sustente de sang,
Contempteur bien-pensant
Flatte la zigounette.
 
 
25 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés

 


Le voyage pour Avalon


Préméditation… Hier, je décidai,
(Hier ou bien avant, la vérité je cherche),
On ne voit pas toujours, et tendez-moi la perche,
Donnez-moi votre avis… Hier, je validai.
 
Sans émoi, sans frayeur, comme on prend un virage,
J’ai rangé mes objets, détruit le souvenir,
Propre dessus dessous, effacé l’avenir
Pour éviter le leurre où flotte le mirage.
 
Qu’il est simple le pas qui conduit nulle part,
Ignore l’inconnu cet effrayant étrange,
Il enlève serein l’ultime peau d’orange,
Sans livrer de combat, il abat le rempart.
 
Qui diantre bouleverse à ce point votre calme,
Bien sûr vous connaissiez le projet de l’envol :
Simple jeu de ball-trap, tir sur pigeon en vol,
Pourquoi ce laid refrain, ce battement de palme ?
 
Je ne me distrais point du rebondissement,
Il m’amuse soudain de voir la stratégie,
De contempler pantois l’ardente chorégie
Et je ne masque pas mon éblouissement.
 
On s’endort quelquefois en se disant peut-être…
Je connais cet état, aux crétins si commun,
Qui s’inventent ténor, héros gréco-romain,
Avez-vous oublié ce banal paramètre ?
 
Bientôt ailleurs qui sait, sur un autre chemin,
Heureux nous conterons avec parcimonie,
Quelque piètre foutaise où feinte l’harmonie,
Et pleurerons ensemble… ombre sur parchemin.
 
Je n’ai pas ce désir, je n’ai pas cette envie, 
Nous pataugeons tous deux dans un cloaque abject,
Je ne dois pas aimer le fétide et l’infect,
J’ai perdu le talent pour l’hydre inassouvie.
 
Nous nous sommes tout dit, il reste l’au-revoir,
Je vous le dis sans crainte, adieu beauté happée,
Je ne recule pas, contemplez l’échappée,
Au pied du pilori, chacun fait son devoir.
 
22 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 

 




Le pélican

 
Je ne suis pas mamie ou papy professeur,
Je n’écris pas le houx, le jasmin ou les roses,
Souvent au gré des faits, j’ai les humeurs moroses ;
Admettez que parfois, goût du jour est farceur.
 
A vouloir se confondre en fieffé polisseur,
De mots maintes fois dits pour apaiser névroses,
De si graves douleurs, de sombres sinistroses,
Je me répands en vain, de qui l’intercesseur ?
 
La technique qui sied quand l’érudit s’enchante,
Enlève le génie, il s’épuise et déchante,
Des plus nobles concours, il s’écarte confus.
 
Rêver de hauts sommets, magiques dialogues,
Et disserter banal au grand air du refus,
Laisse le cœur de plomb, ô tristes épilogues.
 
22 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 
  


Soleil noir


Qui sait en certitude, un moyen infaillible,
De bouter dans le noir l’ivre limpide blanc,
Comme pour conjurer l’avenir inflexible,
Lorsque le grand dessein se joue en faux-semblant?
 
Où serait le penser,  l’acte de conscience,
Toutes bonnes raisons d’avancer de concert,
De dire haut et fort la vertu, la science
Et non ce mol ersatz pris pour goûteux dessert?
 
Pourquoi s’absoudre encor du trop-plein de mensonges,
Pour s’endormir enfin, s’abandonner aux songes,
Balayer sans regret l’utopique laideur ?
 
Que la campagne est belle où le soleil flamboie,
Pas un coq n’a chanté, plus aucun chien n’aboie,
Comment s'imaginer du grand tout la grandeur?
.

 
22 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés




Feux d’artifice
 

(ballade)
 
Pardonne tout au maladroit,
Le beau voyage en Absurdie,
Tu le voulais, c’était ton droit ;
Ne reste pas abasourdie,
Souvent je te vis plus hardie ;
Mon petit boa constrictor
Toi d’ordinaire dégourdie,
Je t’aimerai petit mentor,
Ressaisis-toi, ragaillardie.
 
Jeu dit d’envers et Jeu d'endroit,
Souvent amuse l’étourdie,
Mais si le chenal est  étroit,
Sonne réveil de l’engourdie
Qui risque fort tachycardie ;
Et tu mettras au collector
Le souvenir de Picardie
Le fol assaut du p’tit butor.
 
Explose, embouche par surcroit,
Sans conspiration ourdie :
La découverte du détroit,
Mieux que Majeur en Lombardie,
Sans la fraicheur de l’anordie ;
Plus ne tiens le chant de stentor,
Que mon oreille est assourdie,
Chaude maison au doux castor.
 
Le petit char, heureux Nestor
Dessous le par a fait birdie
Redescendons l’escalator
Apaisement, bradycardie.
 
 
 
21/04/2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés





La bergère et la ramoneur


Veux-tu dès maintenant accéder au bonheur,
Chaque trouble estompé, sans rancune tenace,
Le cauchemar banni, las d’un combat pugnace,
Tu sais que la bergère attend le ramoneur.
 
Embûches par milliers, piège de suborneur,
L’artifice menteur, l’intrépide menace,
L’indécente clarté qui pointe sous la nasse ;
Nous aurons tout vaincu, même le flagorneur.
 
Nous le touchons enfin le chemin de lumière,
Communion limpide à l’étreinte première
La sagesse vacille où l’effroi meurt dompté,
 
Il est haut de plaisir le doux détour ultime,
Il embaume ta peau, nous réjouit l’intime,
Vertige au Nirvana car plus rien n’est compté.
 
20/04/2015
Jo Cassen
Recueil «Sortilèges »

Tous droits réservés




Un nouvel âge de glace

 
J’ai trop voulu la nuit pour prier dans le noir,
Me blottir enfantin dans des bras de légende,
M’éloigner à jamais, reclus en son manoir,
Tutoyer l’absolu, frèr’ convers en agende.
 
J’ai trop voulu hurler pour éveiller les morts,
Combattre des moulins, impossible chimère,
Insinuer le doute à défaut du remords,
Qu’un souffle violent installe la vimère.
 
J’ai trop voulu choyer celui qui n’aimait pas,
Proposer un ailleurs, provoquer l’éclaircie,
Décorer l’irréel, contester le trépas,
Je me heurte toujours à la sourde inertie.
 
J’ai trop voulu convaincre, il suffisait d’agir,
Ne pas laisser l’esprit justifier sa place,
Le suiveur sans besoin qui ne sait que vagir
Se sustente surtout de sinistre mélasse.
 
20 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés

Grenouille


 
(Villanelle)
 

 
Grenouille s’est envolée,
Ange sage au nirvana,
Notre cœur son mausolée.
 
Tant de fois si cajolée,
Blanc coton sans bandana,
Grenouille s’est envolée.
 
Loin en ton ile isolée,
T’accueillir un hosanna,
Petite fleur désolée.
 


Douce présence volée,
Que pleurent gars et nanas,
Grenouille s’est envolée.
Petite fleur désolée.
 
 
18 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés


 

Pouce, pouce !


 
(Villanelle)
 
Pousse, pousse la chaloupe,
Lève, lève le grand vent,
Scrute bien et sort ta loupe.
 
Vive, vive l’entourloupe,
On se gave vol-au-vent,
Scrute bien et sort ta loupe.
 
Sable blanc et Guadeloupe,
Le glaçon devient fervent,
Scrute bien et sort ta loupe.
 
Ferme, ferme contrevent
Ou très vite entre au couvent ;
Pousse, pousse la chaloupe,
Scrute bien et sort ta loupe.
 
 
03/04/2015
Jo Cassen
Sortilèges
Tous droits réservés

 

Le franchouillard cocu.
 
On l’aime bien le franchouillard,
Ce petit zeste ridicule,
Point trop hardi, mais rondouillard.
 
Siffle pastis, ô vésicule,
Toujours défend son p’tit lopin,
Souffre parfois de canicule.
 
L’œil attentif au galopin,
Qui souvent parle en hétairie,
Triche son saoul, vif salopin.
 
C’est que l’obscure confrérie,
Rarement gère au médian
Où fleure trop la bactérie...
 
Compassion pour mendiant,
Reste l’affaire du Coluche ;
Elle choisit le radiant.
 
Petit cadeau, la fanfreluche,
Un petit pot, de vin souvent,
Pour l’amitié, tape paluche.
 
Le dur combat très éprouvant
Rapportera, dot subalterne,
Saint Bart ou cash, c’est émouvant ;
 
Pour les dollars : coffre citerne !
Encor baisé l’hurluberlu
Qui reste coi devant poterne.
 
Le temps s’en va, tout révolu,
Pas très marrant, mais ubuesque,
Restent les pleurs au farfelu.
 
Ou la démarche pittoresque
Ouïr benêt folle harangue
Et promouvoir élan dantesque.
 
Dorénavant, on tient sa langue,
Sinon le gel paralysant
Va te mater pantin exsangue.
 
Trop rigolo, même grisant,
De voir le gros, abasourdi,
Son rire gras moins méprisant.
 
Ainsi soit-il, beau dégourdi,
Tend l’autre joue, ou bien la fesse,
Y’a pas d’curé, brave étourdi,
 
Pour pleurnicher, à la confesse
 
3 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 

 

Sans interdit

(Villanelle)
 
Une coquine impudence,
Un petit bosquet ombreux,
On devine décadence.
 
Sous regard de Providence,
Qui se rit du jeu scabreux,
Une coquine impudence.
 
Monte le son, la cadence,
Du vif feu, chaud ténébreux,
On devine décadence.
 
Deux et trois…ou plus nombreux
Tel miracle des hébreux ;
Une coquine impudence,
On devine décadence.
 
02/04/2015
Jo Cassen
Sortilèges
Tous droits réservés
 
 
Baume Or
 
Isolé dans l’éclat obscur,
Il se désole ;
Pourtant l’après, le coup de fouet,
Console.
 
Tu le voulais-ce gris clinquant,
Passable,
Rutilant dans le glauque amer,
Minable.
 
On n’cherche rien, fugace soir,
Des clopinettes,
Du dérisoire, un claquement
Dans les mirettes.
 
Adieu l’ami, tu fais beau mort
T’embaume,
Le hareng sort, foutu salut
Au mélanome.
 
3 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 
 



Le dédain
Triolet
 
De ce dédain, fatuité,
Laide posture, amer outrage ;
Point ne ressens licéité
De ce dédain, fatuité,
 
L’excuse d’ingénuité,
Ne justifie aucun suffrage ;
De ce dédain, fatuité,
Laide posture, amer outrage.
 
2 avril 2015
Jo Cassen
« Sortilèges »

Tous droits réservés


Poisson d'Avril 
(Chanson)


 
J’ai couru la forêt,
J’ai gravi la montagne,
J’ai saigné trop souvent,
J’ai versé mille larmes,
J’ai mangé du goret,
J’ai joué la castagne ;
Rien n’est plus émouvant
Que de vaincre l’alarme.
 
Reconnais-tu ce doux terroir,
Des « bisounours » il est le gite
Le vent, la pluie ou le démon,
Rien ne l’affecte en promenade.
 
Bientôt, demain, un vrai mouroir,
Point ne sera de méningite,
Nous « boufferons » des goémons,
Contaminés de sérénades.
 
Depuis longtemps, il est éteint,
Le feu terrible de l’envie,
On prêche, on râle, et l’on détruit ;
De l’inconnu la grande trouille.
 
Le noir, le blanc, confond, déteint,
On gâche ici même la vie,
Pourtant de tout l’on est instruit,
Mais on veut croire à la citrouille.
 
Pachas élus soufflent le mal,
Le fier renfort de la bravade,
Pyromane, puis sauveteur,
Ainsi se fait rente prospère
 
J’ai couru la forêt,
J’ai gravi la montagne,
J’ai saigné trop souvent,
J’ai versé mille larmes,
J’ai mangé du goret,
J’ai joué la castagne ;
Rien n’est plus émouvant
Que de vaincre l alarme.
 
Il ne sait plus, foi d’animal
S’il est acteur ou de couvade,
Triste pantin ou laudateur,
Le citoyen planqué pépère.
 
Courage manque à l’avenir
A trop museler la parole,
Silencieux ronge son frein,
Il veille sur son avantage…
 
Quand il faudrait se réunir,
Haine ou mépris, un vrai pétrole,
Font d’arrogance le refrain,
D’un fol système l’héritage.
 
Ôtez l’obscur, allumez led,
Le temps refuse la sornette,
Oreille libre et yeux ouverts,
Saisissez-vous de votre chance !
 
Et si d’aucuns rêvent du bled,
Racontez-leur notre planète,
Ce beau jardin, rare univers,
Où l’on pourrait faire alliance.
 
J’ai couru la forêt,
J’ai gravi la montagne,
J’ai saigné trop souvent,
J’ai versé mille larmes,
J’ai mangé du goret,
J’ai joué la castagne ;
Rien n’est plus émouvant
Que de vaincre l’alarme.


2 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 
 
Le microcosme
(rondeau)


 
Le microcosme au désinvolte charme
De haut cénacle où s’expose l’esprit,
Jaloux du rite ourlé de fin mépris,
Dernier rempart de l’élite sans arme
Qui juge, élève ou gomme l’incompris.
 
Par quel hasard, vous êtes-vous épris
De ce goût étonnant pour le vacarme ?
Ici nul bruit, acceptez-en le prix ;
Le microcosme…
 
Il sera temps de verser une larme,
Demain, ou peut-être, sans parti-pris,
Dire, répondre à cette vaine alarme ;
Point ne s’agit de périple à Capri ;
De tout talent, n’est-il pas le gendarme ?
Le microcosme…
 
1 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »

Tous droits réservés


Derrière les barbelés

Prix André LEMOYNE
(Vers classiques-Sonnet régulier)
Jeux Floraux 2015 d'Aunis & de Saintonge
Accessit 
 


Souvent le temps est long qui mène à nulle part,
On se cache les yeux sous un fade artifice,
On calfeutre vaillant le plus mince orifice,
Par peur de l’escarmouche, on érige un rempart.
 
Pourtant la peste brune assemble la plupart,
Chacun a trop pleuré, souffert le sacrifice,
Aucun œil embué ne voit le maléfice,
La cadence du pas enchante le départ.
 
Je comprends ta raison et ta mélancolie,
Mais la forte colère enfante la folie,
Quand pour se protéger l’on crée un mirador
 
Je veux aussi l’ailleurs, croire à la bonne étoile,
Des métiers, des plaisirs, hisser haut la grand-voile,
L’authentique combat n’est pas contre tchador.
 
1 avril 2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés

.

Le coq et l'oeuf
(sextine)


 
Oyez, oyez le vif Cassandre,
Fin prédateur en basse-cour,
De chaque trou connait méandre,
Impétueux et jamais tendre ;
Traître jaloux de son parcours,
Aime coups-bas, ivre concours.
 
Le lâche sot prête concours,
Tant est flatté par flou Cassandre,
Quand enjolive le parcours
De la volaille en basse-cour,
Qui rame peu, talent trop tendre,
Mais se faufile en le méandre.
 
Ombre et soleil, recoin méandre,
Pour éviter trop de concours,
Et camoufler la veine tendre
A l’œil aigu du grand Cassandre,
Qui toise fier la basse-cour,
Ses lèche-cul du vil parcours.
 
Il vit fringuant et quel parcours ;
Il a trahi, roi du méandre
Sa loi, son père et basse-cour
Orgueil pédant, gagne concours
(De circonstance, en vrai cassandre) ;
Pourquoi grand-dieu, sanction tendre ?
 
Car mon chapeau, je pourrais tendre
A quelque chef sur le parcours
Qui cinglerait le fol Cassandre,
Pour démasquer nœuds du méandre ;
Faut-il que je prête concours,
Pour nettoyer la basse-cour ?
 
Mesquinerie en basse-cour
Rire confus et regard tendre,
Jusqu’où mentir dans ce concours
Pour baliser triste parcours ;
Il sent pourri tortu méandre
Le glauque lieu du noir Cassandre.
 
Pauvre Cassandre en basse-cour,
Tsar du méandre et jamais tendre,
Lacs au parcours damne concours.
 
31/03/2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés
 
 

Le bonhomme et la putain
(sextine)



 
Il peut garder sa bonhomie
A battre seul triste trottoir,
Ses yeux scrutant anatomie
Quoi qu’il sache gastronomie ;
Autant s’accouder au comptoir,
Pauvret maquereau d’abattoir.
 
La viande fraîche d’abattoir,
Quand chaud quidam en bonhomie
S’approchera de ce comptoir,
Tout chassera du froid trottoir,
Pour déguster gastronomie,
Délicieuse anatomie.
 
La main découvre anatomie,
Qu’on ne peut mettre en abattoir,
Le propre de gastronomie
C’est de garder sa bonhomie
Et d’oublier le laid trottoir
Pour saliver près du comptoir.
 
Champagne brut sur le comptoir,
La chimérique anatomie
Petite bombe de trottoir
N’a rien de l’objet d’abattoir ;
Lui peut hausser sa bonhomie
Un expert en gastronomie.
 
Toujours fine gastronomie
Même consommée au comptoir
Doit conforter la bonhomie ;
Une si douce anatomie
Effacera goût d’abattoir
Tel courant d’air sur un trottoir.
 
A l’avenir, sur ce trottoir,
Le souvenir, gastronomie
Aura repeint moche abattoir ;
La quiétude à ce comptoir…
Il rêvera l’anatomie
Qui récompense bonhomie.
 
La bonhomie absout trottoir
Gastronomie, Anatomie, 
Face au comptoir nie abattoir.
 
31/03/2015
Jo Cassen
Recueil « Sortilèges »
Tous droits réservés


La valise grise
 


Le labyrinthe noir a découvert
L’empreinte ;
Le coquin gâte-bois
Convertira le songe,
Ainsi sera banni
Vil esprit du grand fleuve.
 
Une lueur au passage entrouvert,
La crainte ;
Pourquoi en ce sous-bois
Evoquer le mensonge,
Ou même le déni…
Une nouvelle épreuve ?
 
Il devra bien choisir,
Le délire,
Ou prompt se saisir
Du collyre.
 
Maître du tourment
Insipide
Il a fait le serment
Intrépide.
 
En faveur
De la valise grise.
 
Le rêveur
A gommé la méprise.
 
Il rugit
Impassible
 
Et agit
Inflexible.
 
30/03/2015
Jo Cassen
Recueil "Sortilèges"
Tous droits réservés
 
 

Assistant de création de site fourni par  Vistaprint