JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie



Déambulations oniriques
 
  
 
« Petit clairon de modeste note
Qui t’égosilles dans le matin,
Dis-moi petit clairon de parlote,
Dis-moi pourquoi tu as du chagrin.
 
Dis-moi pourquoi, clairon de faubourg,
Ton fa dièze a tant de détresse,
Dis-moi si c’est le nord qui te blesse
Ou si ton mal est un mal d’amour…
 
Clairon - Norge

 
 
 
Charivari


Il ne sait pas sourire, aimer le fait souffrir,
Il ressent mille maux, la douleur furibonde,
Impuissant spectateur d’une fin moribonde,
Ultime soubresaut, juste avant de mourir.
 
Pourquoi douter de tout, quel chemin parcourir,
Partout ce doux parfum, l’odeur nauséabonde ;
Comment se réveiller plein d’humeur vagabonde,
Quand le mensonge-roi reste seul à chérir ?
 
D’aucuns condamneront cette vaine posture,
Même l’accuseront d’inventer l’imposture,
D’autres dans le silence espéreront l’éclair.
 
D’où viendrait le miracle arrêtant l’agonie ?
Je demande à mon chat, je suis sûr de son flair,
Il sait le bien-fondé d’une douce ironie…
 

Le mécréant
 


À courir vers on ne sait où,
Sans quelque espoir d’une éclaircie,
À défier la pluie au vent,
Tu contemples souvent le vide ;
 
À trop chercher le grand hasard,
Parfois rampant tel un reptile,
Clamant le charme de l’instant
Tu t'inventais la belle histoire ;
 
Baisse les bras, pose ton sac,
Ta course folle était un rêve,
Tu t’enivrais de son néant.
 
Bonjour, adieu, plus rien ne hante
Le troubadour, le mécréant.




Gog et Magog


Je voyage la nuit
Sur les traces d’un ange,
Je regrette le flou,
Les volutes de brume,
L’indécis des contours
Où s’épuise la vue.
 
Ainsi cet univers, irréel, puéril,
Voudrait-il imposer une clé de lecture ?
Serais-je le pantin du tourbillon de feu,
Ou l’instrument banal du plaisir de la trame ?
 
Quand le songe si noir
Hante ma solitude,
L’esprit roule aveuglé,
Lutte et se frappe encore
Au mur de la terreur
Où tout espoir s’affronte.
 
Pourquoi chercher le sens ? L’inutile savoir
Pollue et embarrasse, et malin, il obère
Le propos vagabond qui s’évertue encor
À créer le dilemme où le vide s’épuise.
 
Cette image futile,
Ronde du mécréant,
Déclinée à l’envie
Ne doit rien au hasard,
Elle se veut paradoxe,
Enigme du dessein.
 
Niez le nirvana, le fantasmagorique
Le sortilège meurt, osez Gog et Magog.



Une lanterne pour L’Elysée


La crainte de l’ailleurs, le bond dans le mystère
Interpelle souvent, même le cartésien,
Et se farde la peur au feu dionysien,
Pour apaiser l’angoisse aux portes du cratère.
 
Pourtant la féerie a séduit l’être obtus,
La lanterne magique aux larmes pétillantes
Connaît du grand secret les grâces sémillantes,
Et de l’imbroglio, les ressorts impromptus.
 
La  hantise du vide ou la barque de verre,
L’enjeu fort inégal ; le passage inconnu,
L’occidentale mer : cherchez le saugrenu !
L’opulence et la paix, pas de sombre calvaire.
 
Des arbres fabuleux aux branchages d’argent,
Le chant des pommes d’or, l’hydromel qui s’écoule
Tel le vin des ruisseaux… L’Elyséen roucoule,
La céleste langueur : l’âme ignore l’urgent.
 

 
La Nuit du Saint Bidule


Vampires et lutins, sorcières d’au-delà,
Du vivant à la mort, étranges passerelles
Vers l’obscur inconnu rythmé vuvuzela,
C’est l’infernal ballet d’ombres surnaturelles.
 
Le vertige hideux brûle de mille feux,
Lanternes et lampions, fols masques de l’horrible,
Le mélange d’encens et d’effluves suiffeux
Cristallisent l’effroi, soufflent le vent terrible.
 
Le vieillard et la fée au chaudron crépitant
Accompagnent l’enfant au talent intrépide,
Une larme a souillé le visage hésitant,
Le dantesque moment bouscule l’insipide.
 
Revenants en linceul et témoins fascinés
Exaltent le désir du jeune esprit crédule,
Et comme mille aïeux pantois hallucinés,
Sa nuit du grand Samhain sera sacré bidule.
 

 
L’autre porte


Seul dans le lourd silence enveloppé de nuit,
Les yeux cherchent la voie, affrontent le sinistre,
Il se doit d’avancer, de maîtriser l’ennui,
Il porte le front haut, sans parade de cuistre.
 
La campagne alentour vibre d’étranges chants
Au monde de l’obscur où dansent les rapaces,
La maligne rainette inonde monts et champs,
Une agreste magie ensorcelle l’espace.
 
Sous le masque livide, et couverte de noir,
La frêle silhouette, (un chat lui fait escorte),
Avance d’un pas sûr et l’invite au manoir,
À la main une rave où flamboie une porte.
 
La flamme qui scintille aux yeux de l’autre esprit,
Ouvre sur l’inconnu quand l’interdit s’amuse,
Et le fantoche serve au royaume incompris,
Pour l’ultime sabbat flatte la cornemuse.
 




Fantômes en cohorte
 
 
 
 
 
«Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance,
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le cœur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.
 
Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son cœur s’adoucit… »
 
Une Femme est l’Amour - Gérard de Nerval

 
 
 

 
Que je vous parle d’Elle.   


Il voulait ce chemin, ce voyage inconnu ;
Attisant le brasier exacerbant la lymphe,
Ivre de cents désirs ; ébloui par la nymphe,
Il flattait le tourment du rêve saugrenu.
 
À trop se délecter de pulsions interdites,
De faux philtres d’amour, authentiques poisons,
À tutoyer l’effroi qui jette en pâmoisons,
Il avançait gaillard vers des passes maudites.
 
Etait-il un bouffon, un prédateur, un loup,
Ou bien cette nubile à la moue anodine,
Jouait-elle mutin, masquant la gourgandine,
Pour noyer le benêt jusqu’au tréfonds du cloup ?
 
Le saura-t-on un jour ou faudra-t-il les larmes,
Souffrances et remords pour ôter le regret,
Que s’estompe à jamais le souvenir aigret
De la vierge opaline aux affriolants charmes ?
 
Le temps inexorable égrène un chapelet,
Passent les nuits, les jours, fuit l’icône éthérée,
L’escorte des zombis déserte libérée
L’esprit que rien ne hante à l’ultime couplet.
 
Vous qui la découvrez en écoutant ma lyre,
Savourez ce délice ainsi qu’il savoura,
Vivez le fol dessein dont il s’énamoura,
Sous les traits adorés où souffle le délire.
 
Chassez votre amertume ainsi qu’il la chassa,
Que le songe ébahi vous conte cette histoire
D’une romance folle, une douce victoire,
Ce vertige tabou, le corps qu’il embrassa.
 
Vous qui l’avez aimée, intrépide coquine,
Muse de chaque nuit où s’égarait l’amant,
Tout désir au plaisir, clinquant ou diamant,
Dîtes sa pureté sans malice mesquine.

 

L’Être et le Néant    


Il n’a pas cette envie,
Ce besoin d’un accord,
Qui le remette en vie ;
Illusoire raccord.
 
Il se meurt l’inutile,
Ivre, gavé, repu,
Il laisse le futile
Au vide corrompu.
 
Il aima l’impossible,
Vertige et absolu,
Il s‘éloigne impassible,
Loin du jeu dissolu.
 
Du regard, de l’étreinte
Peut-être restera
Une trop pâle empreinte,
Vulgaire queue-de-rat.




Chemin d’ailleurs  


Je me suis cru perdu, moi,
Quand je la découvris, seule, innocente,
Ses envies, ses désirs,
Tout habillée de simple ;
 
On ne saurait parler des bruits de l’alentour,
La mémoire occultée,
Le ressenti éteint,
La froide indifférence ;
 
Un grand vent a soufflé le banal,
Le construit et jeté sur la berge
Ballotté, dérivant, le pitoyable esquif,
La souffreteuse épave ;
 
Le coquin parlera d’un jeu incohérent,
D’une joute perverse,
D’appétits dissolus,
Et tournera le dos ;
 
Le voyage en étrange,
Souvent bouscule et heurte le pataud
Qui se complaît serein dans sa béatitude,
Ebloui d’insipide, il ignore qu’il est mort.
 
Fallait-il disparaître,
Se confondre au néant
Pour combattre l’absurde,
Ou brûler au zénith ?
 

Te souvient-il ?

 
La nuit il s’enfiévrait au jeu de découverte,
Craintif de s’avouer quelque sous-entendu,
Pressé de s’étourdir corps nu dans l’herbe verte,
Il oubliait l’écoute et l’air inattendu.
 
Quand il posa le pied, ou la main plutôt dire,
Sur cette terre vierge au précieux sillon,
La belle effarouchée eut le cri sans maudire,
Et dansa plein d’entrain tel un gai papillon.
 
La légende s’écrit légère, désinvolte,
La quête d’idéal au détour du chemin,
Hier l’histoire tendre, aujourd’hui la révolte,
La fable du naïf couchée au parchemin.
 
Le glorieux bouffon, bleu des yeux de Chimène,
A séduit le mirage, exacerbé l’émoi,
Il parade héros, un fol énergumène,
Avaleur de pois gris taquinant le surmoi.
 
Parfois un esprit simple accepte l’utopique,
Il voit le cristallin au glauque marigot,
Et la danse du paon éteint la philippique,
L’amer discours banal du fade mendigot.
 
Alors pour un désir, un attrait ridicule,
Il veut tout exploser à perdre la raison,
Tétanisé, pantois, juché sur l’édicule,
Il plonge évanoui dessous la frondaison.
 
Il fut ce phénomène un tantinet débile,
Galant de l’anémone au venin délicat,
Qui sur sa peau marquait à l’encre indélébile,
La trace de la mort au fin goût d’arnica.





 Chimère




Quel est cet air canaille ?
La posture effrontée ou l’étrange regard
Qui me perce, m’émeut, ce petit teint blafard…
Le mensonge tenaille ?
 
Comment ici dépeindre
Cette scène fantasque où se perd mon ennui,
Où chaque trouble vain nous ramène à la nuit…
Je ne veux pas m’astreindre.
 
Je combats la cohorte
Des esprits malfaisants ; Ces fantoches jaloux
Hantent l’inconscient, hurlent comme des loups…
L’espoir ferme la porte.
 
Factice souvenance,
De leurres tu te vêts pour déguiser le noir,
Tu peins l’ivresse folle au fond de l’entonnoir…
Ignoble rémanence.
 

 
Le petit bois joli




Réfrénez cet orgueil, ce regard impoli,
Chassez vos cent soucis, préférez donc sourire,
Echanger le frisson, car je puis le prescrire,
Quand s’enchantent nos corps, le temps est aboli.
 
Au bord de ce ruisseau, le petit bois joli,
Découvrons sans pudeur le tourment à décrire,
Effacez votre trouble, il vous le faut proscrire,
Acceptez le coquin, et faisons paroli.
 
Le sentier cahoteux ouvre la bonne voie,
Passons le saut du loup, la grille à claire-voie
Ouvre la plénitude, offrons nous le plaisir.
 
Demain s’habille gai, mille bourgeons éclosent,
La nature s’invente et conte le désir,
Pourtant à l’habitude, alentour ânes glosent.
 




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