JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie



Danse macabre


Tu ne dois plus parler mais apprendre à te taire,
L’accent est trop amer, même perturbateur
Et le chaland banal aime le laudateur,
À la rixe il préfère un ton velléitaire.
 
Respectons le propos et cette liberté,
Et convenons enfin que la triste posture,
Ce blocage voulu, ce refus d’ouverture
S’impose de plein droit, en parfaite clarté.
 
Pourquoi chercher toujours à louer la pensée,
Souligner à plaisir la grandeur du terroir,
La haute mission, la lumière en le noir ?
Reviens au quotidien de l’âme carencée.
 
Tu n’as plus rien à perdre à n’espérer en rien,
Le coucher du soleil, la mer et son écume,
Les timides bourgeons, un voilier dans la brume,
Contemple la nature, elle vaut le terrien.
 
Le héros de ces jours, un inculte barbare,
Il ignore sa langue et compose pourtant,
Il rit de son histoire et vit déconcertant ;
Un pilote enivré sur sa folle gabare.
 
Hier, on connut l’homme, aujourd’hui le valet,
Le grand cycle serein écrase l’inutile,
L’horizon s’éclaircit qui se voulait hostile,
Avalez l’argutie et dansez le ballet.
 
Le sot dégingandé, se replie et s’étouffe,
Il aurait pu hurler, il reste sidéré ;
Maintenant tout est simple, astre noir lacéré,
Il embrasse jaloux l’officielle esbroufe.
 
Et l’on pleure soudain quand surgissent du noir
Des chacals insoumis crachant dans notre soupe,
Ils esquissent demain et méprisent la troupe,
Tant rien ne leur fait peur dans ce grand dégueuloir.
 
27/11/2014
Jo Cassen
L’œil écoute
Tous droits réservés
 

Bleu marin

(virelai)


 
Toi qui t’agites sans vergogne,
Chante l’émoi tout alentour,
Pare le nid du  vil vautour,
Pour le repaître de charogne.
 
À proclamer vertu du fort,
La différence et le rejet,
A tout promettre sans effort,
Manque toujours le vrai projet.
 
Confiance faite à l’ivrogne,
Souvent sera vol sans retour
Les barbelés tout au contour,
Te laisseront vilaine trogne,
Toi qui t’agites sans vergogne.
 
Qui voudras-tu tel portefort,
Libre crétin mué sujet,
Qui sera l’unique renfort
Pour recommencer le trajet ?
 
Et si jamais ne vient cigogne,
Ne pleure pas le demi-tour,
Tant a loué le bel atour,
De l’enfant fleur, perle gigogne ;
Toi qui t’agites sans vergogne.
 
29/03/2015
Jo Cassen
Recueil « L’œil écoute »
Tous droits réservés

 



En Vérité,

(rondeau redoublé)




Forte coutume et non folklore,
Tradition de vieux routard,
Propension du tricolore,
Toujours moquer, tailler costard.
 
Le beau mépris, tronche têtard,
Prône le vrai, juste incolore,
Sinon pan-pan, Père fouettard,
Forte coutume et non folklore.
 
Si défendiez la faune et flore,
En menaçant du froid mitard,
Votre plaisir risque forclore ;
Tradition de vieux routard.
 
Toute avancée est en retard,
Crise de foi, mal au pylore,
Souffle le vent du couche-tard,
Propension du tricolore,
 
Alors râlez, hymne indolore,
On conspuera le vil bâtard,
On le pourrait peut-être enclore,
Toujours moquer, tailler costard.
 
Rex étêté, jongle pétard
Pays jouit unicolore
De loin il vient, joyeux fêtard
Quelle sagesse irait éclore…
En vérité…
 
27/03/2015
Jo Cassen
L’œil écoute

Tous droits réservés



Charivari

anthologie "Poètes Classiques d'Aujourd'hui"
Editions de la NOUVELLE PLEIADE

revue Agora 

 
Il ne sait pas sourire, aimer le fait souffrir
Il ressent mille maux, la douleur furibonde
Impuissant spectateur d’une fin moribonde
Ultime soubresaut, juste avant de mourir.
 
Pourquoi douter de tout, quel chemin parcourir,
Partout où l’on se porte, odeur nauséabonde,
Comment se réveiller plein d’humeur vagabonde
Quand le mensonge-roi reste seul à chérir ?
 
D’aucuns condamneront cette vaine posture,
Peut-être accuseront d’inventer l’imposture,
D’autres dans le silence espèreront l’éclair.
 
D’où viendrait le miracle arrêtant l’agonie,
De quelque lâcheté, d’une douce ironie…
Je demande à mon chat, je suis sûr de son flair.
 
27/03/2015
Jo Cassen
L’œil écoute
Tous droits réservés

 






La faille



 
Le jour sera plus gris, violente la nuit,
La montagne sauvage a reçu son obole,
Fabuleux cimetière, un autel, un symbole,
L’échotier prend son saoul, jusqu’au bout de l’ennui.
 
Tout s’explique déjà, même l’inexplicable,
L’officiel non-dit cède place au bavard,
Car l’esprit trop étroit aime le boulevard,
                          Le modèle choisi doit être duplicable                    
 
Le témoin et l’acteur se taisent de concert,
Aucune controverse, un merveilleux augure,
Pour rassembler émus les élus d’envergure
Qui paradent contrits,  et mangent le dessert.
 
Démoniaque enjeu de haute politique,
Que les morts soient bénis, ils calment la rancoeur
Vous qui doutez encor, vous êtes des sans-cœur ;
Pourquoi voudriez-vous voir un récit mythique ?
 
26/03/2015
Jo Cassen
L’œil écoute

Tous droits réservés



Le pal


Le boniment est roi quand l’intérêt prévaut,
L’intérêt de quidams sans foi mais sans morale,
Porteurs réputés sains de fièvre tumorale,
Fantoches asservis au sublime dévot,
 
Ils paradent masqués, débitent arguties,
Se contredisent tôt et s’entrelacent tard,
Le mélange profond vous plonge en lourd coaltar,
Dégustez à l’envi, l’étrange minutie.
 
Si fondement pâtit, demain saurez ouïr,
L’exercice serein exige l’habitude.
 
Si doutez du propos, demandez à jouir,
Maintes fois répété il rompt la solitude.
 
13 mars 2015


Vaudeville


 
Ce qui m’agace
Ceux que j’adore tant, poètes de jadis,
Villon, Ronsard, Nerval ou Gautier le sagace,
Puis Mallarmé, Cocteau, Baudelaire et Louys,
Lautréamont l’obscur, Apollinaire brave
Ou Verlaine - Rimbaud la couple déchiré,
Celui qui fut minet, Aragon sans entrave ;
Et qui d’autre déjà… par la muse inspiré ?
 
Si haut ont composé, qu’il nous faudrait se taire
Plus rien ne peut s’écrire, et rien ne peut se faire…
 
Ce qui me glace,
C’est de penser toujours à ce nègre au labeur,
Il écrivait pour l’autre, amer de guerre lasse,
Erudit dans la nuit, fabriquant le tombeur
Qui laisserait demain une trace en mémoire,
Effaçant l’inculture ou le savoir étroit
De la haute figure, une image de moire ;
Sulfureux stratagème ou triste désarroi ?
 
Aujourd’hui le poète, un, sans plume servile,
Noircit lignes de sang ; on rit du vaudeville.
 
13 mars 2015



À l’enfant qui s’égare

1er Prix
Prix Jean Boulan

Jeux Floraux 2015 de Saintonge & Aunis


Je voudrais croire aux fleurs, aux oiseaux, au soleil,
Je voudrais croire un peu, à l’amour, à l’entraide,
Je voudrais croire encore à la vie, au bonheur
Je voudrais tant y croire,
                                       à l’enfant qui s’égare ;
 
Consterné, impuissant, je sens que tout s’écroule,
Consterné, impuissant, la haine, la luxure et la peur,
Consterné, impuissant, la lâcheté, l’envie, la jalousie,
Consterné, impuissant, les saccages, les arnaques, le mépris ;
 
J’entends le vivre ensemble,
            Toutes marques ostensibles ;
J’entends : « Eduquez-nous ! »,
            Au sortir des écoles, voiles noirs et burqa ;
J’entends « Les enfoirés »,
            Les abus, les systèmes, les feints atermoiements ;
J’entends,  les « politiques »
             Gloire, puissance et beauté : la triche et le mensonge
 
Je voudrais croire à toi, à nous, à moi,
             Je chante la révolte ;
Je voudrais croire un peu aux vertus de l’effort et des mille talents,
             Je pleure de confusion aux trahisons mesquines ;
Je voudrais croire encore à l’éden et à l’homme,
             Je me frappe à ce mur du désert de l’esprit ;
Je voudrais tant y croire,
                                   à l’enfant qui s’égare…
 
13 mars 2015



Ultime carrousel

 
Rejoindras-tu vaillant cette badauderie,
Sans moindre petit doute ou quelque atermoiement ;
Mimeras-tu du cul un vulgaire ondoiement,
Pour enfler le chaland sous la minauderie ?
 
Entendras-tu le cri, la sourde gronderie,
Ravi tu sourirais, odieux dévoiement,
Des valeurs, des espoirs niés insolemment ?
Le grand vent de l’ailleurs  souffle la braderie.
 
Il feint d’agir encor, jouit du désarroi,
Se targue d’escorter le perfide charroi
Du benêt déplorable en pitoyable frime.
 
Homme de peu de foi, son histoire il trahit,
Pour prix de trente écus, il endosse le crime
Narquois dessous le masque, un vassal s’ébahit.
 
12 mars 2015



Le chant de l’histrion

 
Cette fausse habitude, un petit toc, un tic
Pour quitter le fantasme en vaine pleurerie
Et s’engager enfin, ne plus jouer loustic.
 
À travers la campagne et la verte prairie
Oser pour une fois, s’écarter du sentier,
Être sourd au refrain, agir en braverie.
 
Voilà le grand dessein, le magique chantier
Il exige le soin, toute la vigilance
Qui fait que le réel dédit le gazetier.
 
Devenir, exister, ôter la nonchalance
Regarder dans les yeux, et sans ambiguïté
Déjouer le faux-derche, effacer ressemblance.
 
Lors conscient enfin, à perpétuité
Que l’indigne souvent chez l’homme est sans repère,
Tu pourras colleter l’hydre fatuité.
 
Ne perds jamais courage, une crainte prospère
Détruit plus que les coups ; Installe le traquet
Regarde devant toi, tu vaincras la vipère.
 
Au désert de l’esprit, les perfides caquets
Rejoignent le néant, ultime pitrerie,
À toi la juste part, tu n’es pas un laquais.
 
Ceci n’est pas de foi, juste filouterie ;
L’intérêt de l’ami qui dessine l’obscur :
Une place conquise à notre pleutrerie.
 
Le bigot d’aujourd’hui sous le voile si pur
A les mêmes ressorts que naguère le nôtre
Il masque la raison sous l’oracle trop dur.
 
Le déloyal prêcheur, le singe patenôtre
Connait l’hurluberlu, toute valeur du sang :
Un liquide vulgaire à verser sur l’épeautre.
 
Le barbare toujours avance menaçant,
Il effraie, il fustige, assassine et plastronne
Il sait de son regard le ressenti glaçant.
 
Et pendant tout ce temps, tête dessous couronne
Le protecteur corrompt, finance le cancer,
Contemple sans émoi populace poltronne.
 
L’histrion se rebelle, il quitte le concert,
Apaisement de peur, louange douce-amère,
Plutôt mourir debout que toucher ce dessert,

Le chant sera plus beau d’une vie éphémère.
 
 
10 mars 2015
Jo Cassen

Le mécréant



 
À courir vers on ne sait où,
Sans quelque espoir d’une éclaircie,
À défier la pluie au vent,
Il contemple souvent le vide ;

À trop chercher le mol hasard,
Ramper parfois tel un reptile,
Pour dire charme de l’instant
Et inventer la belle histoire ;

Pose bagage et tombe bras,
Le rêve flou fête sortie,
S’enivre las de son néant.
 
Bonjour, adieu, plus rien ne hante
Le troubadour, le mécréant.
 
4 mars 2015


Chammal en folie

Anthologie "Les plumes qu'on assassine"
Editions Flammes Vives 
 
Pantoum



Le chammal a soufflé le vent de la folie,
L'obscur Léviathan impose charia ;
Le jeu de l’océan chasse mélancolie,
L’écume de coton emballe l’aria.
 
L''obscur Léviathan impose charia,
Mais qui pourrait y voir, victime de glaucome ?
L’écume de coton emballe l’aria,
La mer brave superbe un ciel dit d’astronome.
 
Mais qui pourrait y voir, victime de glaucome ?
La mort s’enorgueillit d’enflammer les déchets ;
La mer brave superbe un ciel dit d’astronome,
Tandis que le crédule amuse ricochets.
 
La mort s’enorgueillit d’enflammer les déchets ;
La lucarne magique amplifie amertume ;
Tandis que le crédule amuse ricochets,
Le gamin ébaudi rit plus que de coutume.
 
La lucarne magique amplifie amertume 
Le grand livre a loué vertus de l’écorchoir ;
Le gamin ébaudi rit plus que de coutume,
On ne sait plus très bien pourquoi sort le mouchoir.
 
Le grand livre a loué vertus de l’écorchoir,
Faut-il chercher l’humain derrière le centaure ?
On ne sait plus très bien pourquoi sort le mouchoir,
Mille picotements, grains de sel en pléthore.
 
Faut-il chercher l’humain derrière le centaure ?
Aux portes de l’enfer, il reste le duel ;
Mille picotements, grains de sel en pléthore,
De l’endormissement, l’effet résiduel.
 
3 mars 2015


Le grand chambardement

terza rima


 
L’astre blond s’est caché, pour dire il se fait tard ;
Le grand réchauffement qui souffle la banquise
Pose l'avènement de l’ultime avatar.
 
Demain sonne le glas de la splendeur acquise,
L’avenir trop étroit affole les esprits,
Et chacun se replie en la torpeur exquise.
 
Les édiles savaient que l’énoncé du prix
Allait fort bousculer la molle certitude
Qui habite l'oiseau tout de langueur épris.
 
Plus grande est la douleur qui rompt la quiétude
Lorsque l’on feint de croire à l’éternel jadis,
Pour ne pas avouer quelque décrépitude.
 
Et l'on cherche refuge, et l’on invoque Iris,
Du tréfonds des enfers, surgit la pertinence,
Le chamanique envol pour contrarier l’ibis.
 
L’illuminé propos, dit la prééminence,
Fermez vite les yeux, combien vous sied le fort ;
Bannissez la pensée et louez l’Eminence !
 
La morne terreur grise exacerbe l’effort
De l’autre évidemment, une parole vraie
Qui flatte et réconforte et enfle le renfort.
 
L’officielle icône et son oliveraie,
A d’autres dieux obscurs laisse le piedestal,
Pour que le grand tamis éradique l’ivraie.
 
L’or noir a justifié l’odieux récital,
Le mensonge d’état, la trahison perfide,
Souvent tapi dans l’ombre, atout du capital.
 
Le sorcier a conçu l’hydre à langue bifide,
Elle enchante le vent, enivre l’inconstant
Demain tout sera beau si près de la Sylphide.
 
Et le lâche d’hier s’éveille résistant,
S’il suffisait de mots pour arrêter l’outrage,
Il serait le héros… un leurre inexistant.
 
Pour révéler enfin, l’authentique mirage,
Combattre le fatal et le chant du déclin
Il faudra tolérer de lutter dans l’orage.
 
De ce frêle radeau, renforçons chaque clin
Refusons d’abdiquer, choisissons cette épreuve,
Acceptons le combat ; je m’y sens fort enclin,

Le fanatisme meurt si le droit fait la preuve
 
 
27/02/2015
Jo Cassen
L’œil écoute
Tous droits réservés

 



Icare




Sur la potence je devais,
Alors pourquoi toujours survivre
Sans l’horizon dont je rêvais ?
Un fol espoir dont je m’enivre,
Effluve amer, toxique froid,
Dernier envol, Inique leurre,
Pour oublier le désarroi,
Echo Cassandre ou chantepleure.
 
« Tu finiras sur l’échafaud !»
Toujours j’y pense, en porte-à-faux.
 
26/02/2015


Un dernier bal en Bordurie

Ballade
 





La joie au cœur, vive le sport,
Reconnaissez votre incurie,
Déchirez-le, ce passeport,
Prompts, réparons cette ânerie,
Sans référer à la curie ;
Jetez écharpe et pull-overs,
Le masque tombe en Bordurie;
Chargez céans vos revolvers.
 
Voici billets d’aéroport,
La décision  bien murie,
Le trublion, produit d’export,
Rentre au pays, mine ahurie;
Que cesse enfin la  pénurie ,
Plus de gangrène ou de pervers
Tel Pilate, manucurie,
Chargez céans vos revolvers.
 
Et bat son plein, fête, transport
Le grand balai de l’écurie,
Fier au front, voyez ce port,
Plus de tumeur, d’hématurie,
Sustentons-nous de la furie ;
Chantez, chantez joyeux piverts,
Demain les pleurs, après tuerie,
Chargez céans vos revolvers.
 
Plus tard vestige en Lémurie,
Direz l’histoire et le revers
L’oracle flou, la centurie,
Chargez céans vos révolvers.
 
26/02/2015

Chat échaudé
 
Triolet



 
Se sont lassés de houspiller
Ces fruits damnés de transhumance,
Et l’héritage écharpillé
Par travestis déguenillés.
 
Pourquoi louer la performance,
Le dol, le crime, accoutumance
Par travestis déguenillés,
Ces fruits damnés de transhumance
 
25 février 2015


Petit Chacal et Grand Vizir

Pantoum

Ce chant est une allégorie,
Pas une adresse à vétillard ;
Une trop belle et fière idée :
Te faire aimer du babillard.
 
Pas une adresse à vétillard 
Qui parfois pense ésotérique ;
Te faire aimer du babillard,
Ambition d’un excentrique.
 
Qui parfois pense ésotérique 
Entre champagne et petit-four ;
Ambition d’un excentrique,
Grisé de l’art, au carrefour.
 
Entre champagne et petit-four.
Car trop flatté thuriféraire ;
Grisé de l’art, au carrefour,
Il en oublie itinéraire.
 
Car trop flatté thuriféraire
Se gausse et enfle, un plein bocal ;
Il en oublie itinéraire,
Antre du fou au p’tit chacal
 
Se gausse et enfle, un plein bocal.
Argüe décret comminatoire ;
Antre du fou au p’tit chacal,
Le grand moment, jubilatoire.
 
Argüe décret comminatoire 
Un interdit, autodafé ;
Le grand moment, jubilatoire,
Le grand vizir a parafé.

 
22/02/2015



Gâte-sauce


 
S’en aller en martyr,
Simplement se gausser
Dire merde aux fripons
A la vue exiguë ;
 
Se savoir bourlingueur,
Parfois fol camelot,
Authentique tribun
Qui haranguait les nains ;
 
Des clichés surannés,
 
De garrigue en maquis,
Les cistes parfumés,
Agapes arrosées…
Lassé de faux tournois ;
 
Société léonine,
Un bravache hidalgo
Ou la crêpe flamby,
L’odieux rastaquouère ;
 
Dans les bras de Morphée,
 
Une joute ambiguë,
La farce drolatique
Un cuissot de chevrette
File, file quenouille ;
 
Aimez les bigarrures,
Les traits versicolores,
D’aucuns n'y sentent rien
Craignent menace-ruine ;
 
Fibre populacière,
 
Les effets cycloniques,
Bousculent l’horizon,
Et l’oriflamme noire
Refuse l’empyrée.
 
Auprès de ma jeunotte,
La nuit dans la venelle,
Devine qui concocte
Le vilain gâte-sauce ?
 
 

20/02/2015



Un cri dans la nuit

TERZA RIMA

 
Il s’est isolé là, dans l’ombre du transept,
Lassé des faux-semblants, des vaines métaphores,
Oubliant l’illusoire, il revient au concept.
 
Dans le silence lourd, lueur des photophores,
L’esprit joue en regain, il cherche le concours ;
Se trouve-t-il caché, scellé dans des amphores ?
 
La solitude douce enfante le secours,
Apaise l’amertume, étouffe violence,
Le serein se repaît du plus muet discours.
 
Dans le secret de l’âme, une étrange indolence
Dessine les contours de l’espace restreint,
Ce jardin étonnant où rien n’est insolence.
 
Se pourrait-il jamais, sans le savoir contraint,
Qu’une petite flamme à l’image jaunie
Ait  réveillé l’espoir auquel il s’est astreint ?
 
Pour cet unique dit, de sombre Amazonie
Aux portes de Yémen, il tira le cordon,
Sans entrevoir le feu de la cérémonie.
 
Maintenant tout chavire, en tête le bourdon
Esquisse le désir, loin de vile potence ;
Même la fleur éclot dans le sein du chardon.
 
Au soir de son voyage, une belle existence
Rejette tout-à-trac, complaisance ou mépris,
Il écarte bravade, accepte la sentence.
 
Bien sûr souvent il fut ce cancre malappris,
Du haut du mirador il  regardait le monde,
Convaincu de savoir, sans mesquin parti-pris.
 
Quelque profond qu’il soit, le tourbillon immonde,
Ne porte que niais aux portes du tripot,
Qu’on lui prête le nom, d’Ali, Bart ou Raymonde.
 
Le benêt confiant mettra dans l’esquipot,
Ne verra pas le dol, glauque ribauderie,
Dépenaillé souillon, travesti d’oripeau.
 
Une cible facile, un pigeon de frairie,
Que l’on ferre à l’envi, même à bon escient,
Mouron rouge à lapin, comme dans la prairie.
 
Il le sait, il est pris, il se veut patient,
La circonstance exclut quelque frisson fugace,
Il maitrise l’objet, le sort déficient.
 
Il apportait la mort, livré telle bagace,
Il avait décidé d’un autre synopsis,
Un éveil, un sursaut, la sentence sagace.
 
L’assemblée au complet, place à la catharsis
Hier la synagogue et aujourd’hui l’église
Demain dans le journal : ils étaient trois-cent-six.
 
Forte décision, une vive analyse,
Les sirènes, les cris, aussitôt l’hallali
Il a hurlé : -« l’Autel, la bombe, une valise ! »
 
Une seconde, un siècle, offrande d’argali
Debout il a dressé, la froide mitraillette
Deux coups ont retenti, puis l’odeur d’alcali

Il est couché au sol, une fin joliette.
 
19/02/2015



Le Crabe au Prince dort

(Vilain délice)

(ballade)



Pourquoi vouloir réfuter le plaisir,
L’attrait bonheur du fin cigarillo
Et condamner le plus simple désir,
Le doux moment de ce divin loisir
Où tendre dur feint d’être caudillo ?
Le goût amer, zénitude évidente,
Esprit relax et pause confidente ;
Et vous auriez choisi valériane,
Un mol séjour à cette plaine ardente ?
Rébellion, ô douce obsidiane !
 
La certitude invite à se saisir,
De chaque pas, chaque mot au billot,
Un amoureux ne doit jamais transir,
Ou clown en lui, se prépare à gésir,
Livide morne, un vulgaire griot ;
Entends le cri de cette voix stridente,
Pourquoi, comment une vaine affidente
Opposerait la posture médiane,
Jusques aussi, quelque règle prudente?
Rébellion, ô douce obsidiane !
 
Point n’est besoin de se dire vizir
Le fait s’impose, il démontre brio,
Le visage se prépare à moisir,
Coaltar aux dents, on aurait dû choisir…
Mais taille fine, un super maigriot ;
Serais-je laid ? En beauté dissidente ?
Cette démarche, à ce point, impudente ?
Ne craignez rien, à mes basques, liane
Essentielle, authentique incidente…
Rébellion, ô douce obsidiane !
 
Roi de mes nuits, étrille résidente,
Grand commandeur, insigne présidente,
Toi qui sais couper le fil d’Ariane…
Allume-là, j’éteins la précédente.

Rébellion, ô douce obsidiane !


17/02/2015


La Ballade des pauvres gens
 
« Ballade libre »



Passez chemin, chers bienheureux
Le triste temps, roule tourment,
Foin d’argousin, tant valeureux
Prêchant le chaud, le chaleureux
En ce maelström d'écoeurement ;
Vient l'ouragan, gronde l’orage,
L'amer émoi, pleurs d' entourage,
Absurde édit, intempérie,
Le rêve fond en marécage ;
Rien ne guérit de l’hystérie.
 
Parfois l’on croît, ô sulfureux,
Combattre le déchirement,
Et ressortir vainqueur heureux,
Ivre combat des fols peureux,
Ultime bal, égarement ;
Louez le roi, scrutez mirage,
C’est le grand soir, pas d’éclairage,
Le dol s’écrit en confrérie,
Pas un écho, pas un barrage ;
Rien ne guérit de l’hystérie.
 
Toujours sévit très rigoureux,
Du chantre mou, l’effarement,
Quand le ressort devient véreux,
Presque sordide, presque scabreux,
Le dernier saut, chavirement ;
Sustentez-vous de ce fourrage,
Taisez, taisez le commérage,
Souffrez le mal, la diphtérie,
Un p’tit bobo, le bel ouvrage;
Rien ne guérit de l’hystérie.
 
Prince du lieu, roi du virage,
Toi qui prétends ôter l’ombrage,
Tu diffuses la bactérie,
Garde pour toi, la tienne rage ;
Rien ne guérit de l’hystérie.
 
17/02/2015



Le chant du grand réveil
Oratorio
terza rima


 
Au petit matin blanc, tu vaincs la réticence,
Délaisse le vulgaire ; un élu combattant
Doit chasser le mesquin qui frôle l’indécence.
 
Clame lors à plein cœur le besoin éclatant,
Le chant et puis le cri pour taire le murmure,
Pour oser l’autre but, effleurer l’épatant.
 
Au jour du grand réveil, tu revêts ton armure,
Tes émois au rebut, inutile pavois,
Le regard tant serein dispense de bromure.
 
Il s’agit d’une guerre et non d’un jeu grivois,
L’adversaire jaloux a contracté la rage,
Il tient sa vérité d’un fétide pivois.
 
À refuser constants l’évident déchiffrage,
Les cyniques abjects réfutent la raison
Et guident le troupeau vers le fatal mirage.
 
N’écoute plus ces voix, la sinistre oraison
Renonce et capitule, et vend la stratégie
Pour ôter de nos yeux, l’éveil, la frondaison.
 
L’authentique propos n’est pas une élégie,
Il exige un refus, saine rébellion,
Le temps a décidé, cesse la gabegie.
 
Quand le complice mol se meut ardélion,
Chaque doute banni, tu dois prendre les armes,
Maître tu le deviens et non pygmalion.
 
L’obscur ici nous guette, éteignons les alarmes
L’angélisme naïf se révèle fielleux,
Et souffrir maintenant pour éviter les larmes

Voici le seul crédo loin du discours mielleux.
 
16/02/2015


Valentine
 
Rondel ou rondeau ancien



Le temps glamour, Saint –Valentin,
Pour conjurer morne habitude,
Et la trop longue solitude
Vaincre l’erreur du galantin,

 
Contre gros temps, le tourmentin,
Un beau voyage en altitude,
Le temps glamour, Saint –Valentin,
Pour conjurer morne habitude.
 
Chantez, chantez doux lamantin,
Habillez-vous de certitude,
Je vous offre la plénitude,
Dans la douceur du brigantin,
Le temps glamour, Saint-Valentin.
 
14/02/2015



La lucarne ce soir

 
Au programme ce soir, puisqu’il faut gamberger,
Une idiote somme, une sotte pelure,
Redondant de poncifs, vulgaire sans allure,
Sous les factices traits, un met pour goberger.
 
Surtout ne point leurrer, il convient d’héberger
Le rare point zéro, caresser l’encolure,
Flatter l’ignoble goût, préserver la raclure,
Enluminer poubelle et ne rien expurger.
 
Ainsi toujours heureux, naïf en son royaume
Entend ailes pousser ; On attaque au guillaume
La corne ou la dentelle ; Ô l’épique duel !
 
Ici sous les lauriers, en grande solitude
La culture fait deuil, l’effet résiduel
Un vide sidéral, en douce turpitude.
 
14/02/2015


Divagation





Je n’ai jamais bien su, chaque nuit
Que Dieu fait, quelle était cette image
Pourtant nette et précise, une page
Fantasme ; Le fol esprit s’enfuit.
 
Je n’ai pas la mémoire de cette
Fille-là qui vient de nulle part,
Et m’invite lascive, au départ
Pour ailleurs ; Elle embrume ma tête.
 
Je ne sais pas son nom, mais je vois
Son visage, sens sa peau, sa lèvre
Gourmande ;  Ô vil tourment qui m’enfièvre,
Un appel, la fontaine où je bois ?
 
J’ai caressé souvent cette idée
Singulière : Aurais-tu, de là-bas
Le désir d’une invite au sabbat ?
Pourquoi moi ? Dis, étrange guidée ?
 
Toi, moi, cauchemar, infraction
Angoissante ou malin sortilège ?
Partir pour Empyrée ou cortège
Fatal ; Ultime transaction ?
 
Que faut-il encore ici répondre,
Le voyage est si doux dans ton corps,
Au fond des ténèbres, bel accord
De deux êtres, refus du morfondre.
 
Magicienne de vie ou mort
Peut-être ; Oui, je le veux, tu m’emmènes,
Je te suis ;  banalités humaines,
Platitudes qu’on laisse à leur sort.
 
Je te veux à moi, toute éperdue
Sensible, et tour à tour monstrueux
Vil avatar, espoir fastueux ;
Ma démone ou vierge inattendue.
 
Je n’ai jamais bien su, chaque nuit
Que Dieu fait, l’entité saugrenue,
Artifice ou Madone venue
Entre en moi dès que passe minuit.
 
13/02/2015


Premiers émois ?


Dès la première fois, fut le premier mensonge
Celui qui damne tout, d’abord le grand frisson,
Puis tel un sortilège, un soupir, unisson,
Violence désir qui dévaste le songe.
 
Instant fatal unique où le jouir se ronge,
Fétu de paille idiot ; l’autan souffle moisson
Rage au ventre et au cœur, un triste polisson
Le phénix du chambard et sa factice oronge.
 
Pantelante et soumise, à qui sont les lauriers,
La folle illusion ? Ici vous cèleriez
Le sincère ou le vrai, charmante fausse vierge.
 
Une couche il faudrait pour gober à l’envi
Sérénade éculée et faire brûler cierge,
Quand l’angelot naïf se réveille nervi.
 
13/02/2015
L’œil écoute



Grégaire

Triolet



 
Dans cette nuit de croquemort,
Me prend regret du doux naguère ;
Noyé je suis tel un corps-mort,
Dans cette nuit de croquemort.
 
Souventefois aux dents le mors
Me pousse vers le chant vulgaire ;
Dans cette nuit de croquemort,
Me prend regret du doux naguère.
 
9 février 2015


L’obscur hante isthme

 

Pantoum
 
Est-ce blasphème ou pur folklore
Dit de crétin, de malandrin,
Rêve de toi, le miriflore ,
Du fruit béni d’un fol mandrin.
 
Dit de crétin, de malandrin
Ôte de nous l’outrecuidance ;
Du fruit béni d’un fol mandrin
Le miel s’écoule en abondance.
 
Ôte de nous l’outrecuidance
Le vil banni jouit, mitard ;
Le miel s’écoule en abondance
Le feu nous prend, il se fait tard.
 
Le vil banni jouit, mitard
S’éteint le cri de connivence ;
Le feu nous prend,  il se fait tard,
Sous le ciel bleu de ma Provence.
 
S’éteint le cri de connivence
Et avec lui le laudateur ;
Sous le ciel bleu de ma Provence.
De ton corps suis l’adorateur.
 
Et avec lui le laudateur
S’interdit toute échappatoire ;
De ton corps suis l’adorateur
Le mien propos est péremptoire.
 
S’interdit toute échappatoire
Le fauve meurt, hardi le sort ;
Le mien propos est péremptoire
Portons très haut notre ressort.
 
9 février 2015




Ô mes côtes…


 
Elle insinue un chant pervers,
Cette douleur sempiternelle,
Glace d’effroi la sentinelle
Et psalmodie un fol revers.
 
Il se fait tard, triste convers,
La prime erreur, l’originelle
Qui insinue un chant pervers,
Cette douleur sempiternelle.
 
Hurle céans  à l’univers,
Ardente flamme criminelle
S’envole loin en trapanelle…
Tout de guingois, vilain travers,
Elle insinue un chant pervers.
 

07/02/2015







Douce-amère
(Villanelle)


 
Chassons le vil, l’éphémère,
Fol dessein, Ô doux frisson,
Rions nous de la commère.
 
La nuit, le jour, la chimère,
L’étreinte sous le buisson,
Chassons le vil, l’éphémère
 
Entends la lyre d’Homère
Le fol bonheur polisson ;
Rions nous de la commère.
 
Vive toi ma douce-amère
Demain, hier, unisson
Chassons le vil, l’éphémère,
Rions nous de la commère.
 

07/02/2015




Le Loup Solitaire

Diplôme d'honneur en catégorie Prose poétique
Concours 2015  "SALON ORANGE 2015"




 
Il s’était convoqué ce matin dès l’aurore, il ferait s’étouffer ces malignes clameurs qui hantent son esprit comme mille reproches, il fallait avancer, oser et  entreprendre ; il savait mesurer le poids de la mission, l’impossible gageure…

Quand le doute s’éloigne harassé de reproches, une fine lueur indique le chemin, alors tout devient simple, le challenge modeste, après tout, qu’est-ce là ?

Il s’est approprié le complot impeccable, chaque pas mesuré, la distance et l’écho, le risque d’un quidam égaré qui la jouerait héros, (on rencontre parfois ce type de crétin), cent fois, il s’était pris au jeu de répéter, de répéter encore et le geste et le mot…

Le hasard est banni. Un sursaut, un frisson, un émoi inutile et le dessein s’écroule… Et il ne voulait pas, ne fût-ce qu’un instant, se laisser embarquer dans quelque digression.

Serein, il l’est au fond car plus rien ne l’enflamme. Les vertiges d’humeur qui portèrent sa révolte s’apaisent doucement sous le poids de l’enjeu.

Il n’y a plus de haine, le hideux sentiment restera l’apanage de l’éternel lâche, tant il est plus aisé de se complaire jaloux et maudire cet autre qui s’agite médiocre et s’octroie le vil titre qui génère l’envie. Le mesquin de la haine c’est qu’elle pollue tout, mais ne propose rien et surtout n’agit pas. Le faible braille fort, et crache, vocifère…  et se replie repu sous des jupons dociles.

Il se veut chevalier à la triste figure, il portera le fer où quiconque recule, il fera taire l’effroi de la geste intrépide pour demeurer le bras qui ne tremblera pas, le grand exécuteur de la Grande Ecriture.

Il apprit de longtemps que demain l’anathème frappera résolu son image brûlée, sa parole incomprise et son chant d’inespoir.

C’est ainsi que s’écrivent les pages évidentes du démentiel défi, le duel des titans où s’effondrent les mythes.

Le silence se fait, il entre doucement sans quelque hésitation dans ce hall trop peuplé où la ruine s’expose ; partout la déshérence insulte le regard, les postures provoquent, salissent la morale, le dieu-fric éclabousse et la honte se cache, il s’est assis lassé d’avoir trop regardé, il a fermé les yeux et goûté au délice.

Au vingt heures vous saurez ce que fut l’attentat.

 
25/11/2014



Laisse dire le silence

 

Si tu n’es pas de  la famille,
Qui a les clés,
L’itinéraire
Ou le pouvoir ;
Il ne peut t’être pardonné ;
 
Tu peux slamer les références
Et faire pleurer la mélodie ;
 
Si tu n’es pas du bon réseau,
Avec ta carte
Sésame vrai
Le digicode,
Il ne peut t’être pardonné ;
 
Toute éloquence et rhétorique,
Les doux accents, la confidence ;
 
Si tu n’es pas mom’ du sérail,
L’intrus du père,
L’oubli fâcheux,
Don de ta mère
Il ne peut t’être pardonné.
 
Pourquoi le style, aussi le rythme
Déchaînement et puis langueur ;
 
Si tu n’es pas de l’autre monde,
Ne chante pas,
Masque tes yeux
Gomme le mot
Il ne peut t’être pardonné.
 
Garde tour toi, le cri d’amour,
Garde pour toi cette hantise.

Si tu n’es pas l’un de ceux-là,
Qui a les clés,
L’itinéraire
Ou le pouvoir ;
Il ne peut t’être pardonné.
 
Garde pour toi cette hantise.
Garde tour toi, le cri d’amour,
 

26/11/2014


L'Homme Monstre 
 Ce poème figure dans l'Anthologie 2015 tome 1
  de "Flammes Vives"




Peut-il se concevoir, quelque part en ce monde,
Une posture folle, outrage au bienséant,
Au médiocre, au froid, esquif sur l’océan
Ballotté mais heureux, combattant de l’immonde ?
 
De toute éternité, la pauvre mappemonde
A vu le prédateur chantre du messéant
Tuer son congénère et parader céans
Devant mille taiseux qui refusaient la fronde.
 
Jamais fauve cruel tant féroce et puissant
Jaloux de son pouvoir, loin du compatissant
Ne s’arroge le droit d’occire par envie.
 
Il reste bien le seul, le monstre sans pareil
Vassal abominable, abhorrant toute vie
Homme esclave soumis, laquais de l’appareil


14/11/2014




Le Capitan
 


Il a plu ce matin,
Pourtant il faut sourire,
La paresse proscrire,
S’incarner calfatin.
 
Il prend l’eau, le navire,
Tantôt il va s’échouer,
Et quel fier trévire
Pourra lors s’ébrouer ?
 
Il faut donc une écope
Et de l’huile de bras,
Sortir le périscope,
Foin d’abracadabra.
 
Qu’il vit loin le courage
Quand rebelle est le sort,
Oasis ou mirage,
Où trouver le ressort ?
 
Se propose l’issue,
Le fait providentiel
Le bon coup de massue
Pour l’air sacrificiel.
 
Ainsi toujours s’envole
Au souffle de l’autan
La posture frivole
Du pauvre capitan.
 

14/11/2014


Dernier billet

 
Je sais de très longtemps qu’au soir du grand départ,
Sans mémoire ou futur ni délire orgiaque
Je tracerai serein, presque démoniaque
Les lignes du billet rédigé faire-part.
 
La forteresse tombe et le dernier rempart
Ecroulé pour jamais, se tait l’élégiaque
Rengaine du ludion, sabbat dionysiaque ;
Le sort a décidé qui veut sa quote-part.
 
A trop chercher l’ivresse ou la porte entr’ouverte
A s’esbaudir toujours en folle découverte
L’oubli fuit le présent et l’objet adoré.
 
Bonsoir trop bel enfant, le vilain trouble-fête
Quitte sans s’émouvoir cet espace abhorré
Quand le charme est rompu, s’exile le prophète.
 
 

16/11/2014



Chez la Reine des abeilles



 
Sans la moindre pudeur, sans crainte de tourment
Pour vaincre ses émois, déguiser le sordide,
Et ne plus choir jamais en quelconque errement,
Il arbore serein la posture splendide.
 
Le gnome introverti s’incarne fanfaron,
Il batifole gai, maintenant il plastronne,
À ses pieds une cour, la gloire du larron,
Demain sans aucun doute, il pose cicérone.
 
Vous connaissez bien sûr cet air sempiternel,
La rengaine de bar que le bouche à oreille
Porte dans les foyers, jusqu’à l’obsessionnel
Le mythe du sachant et sa dive bouteille.
 
Il est bien le meilleur, le premier d’entre nous
Voyez s’il porte beau, s’il manie éloquence
(Parfois se fait helvète), il honnit le burnous
De chacun de ses mots, il sait la conséquence.
 
Alors le peuple lâche a remis son pouvoir,
Au pays de Voltaire, il convient de se taire,
Chacun sur son nombril concentre son devoir,
On chercherait en vain quelque contestataire.
 

16/11/2014



Belle-de-nuit

     Lauréat avec Mention des 42ème JEUX FLORAUX DE L'ESSOR POETIQUE  - catégorie Sonnets- 

 
Il n’est jamais serein le rêve vagabond,
Il tournoie et délire, arguë le schématique
Et préfère souvent posture drolatique,
Pour encore moquer l’excès de pudibond.
 
Il jouit du plaisir de cet air furibond
Que vous prendrez alors sous l’accent dramatique,
Pour leurrer quelque prude au regard sarcastique
Qui confère au propos un goût nauséabond.
,
Sans jouer flagorneur, je sais votre vertige,
L’étrange volupté qui gonfle le prestige
Dans l’assaut effréné dès que passe minuit.
 
Je voudrais quelquefois, vivre en béatitude
Dans le souffle éthéré de la belle-de-nuit,
Prendre vol pour Cythère, effacer l’habitude.
 

17/11/2014



Elégie


 
Pleurez mille sanglots, oubliez lendemain,
Il se meurt sous les coups notre si cher artiste,
Un chêne un peu plié,  convaincu jihadiste,
Il écroule son rêve en l’effort surhumain
 
Le réseau prend le feu : "Ce n’est pas un roumain" !
Histrion de chez nous, un champion de la piste,
Vénérant chaque prince, il baisait sur la liste…
Pourquoi rompre le charme et nier tournemain ?
 
C’est qu’il était du club, pas un quidam vulgaire,
Il avait pris sa carte, il prônait le grégaire,
Authentique modèle à contempler béat.
 
Le censeur d’ordinaire interdit le génie,
Le bijou créatif, le premier lauréat,
Pas le machin lambda… C’est une vilénie !
 

17/11/2014


Au revoir



Il faut dire au revoir, le moment est venu
Il a quitté le jeu, pied-de-nez saugrenu,
Il nous reste ses mots, diatribes lyriques
Le combat d’un rebelle aux envols chimériques.
 
Il avait cru pouvoir influencer le sort
Indiquant le chemin, insufflant le ressort,
Il s’était échiné sans regret ou réserve
À se tenir bien droit, émule de Minerve.
 
Le révolté parfois se révèle ambigu,
L’altruiste fervent se heurte à l’exigu,
Les esprits asservis attisent sa brûlure,
L’indifférence lâche ajoute à la fêlure.
 
Comment d’un sot nabot ériger un géant ?
L’audacieux toujours se cherche un suppléant,
(Qui veut voyager loin, ménage son courage)
Et l’ardent téméraire a choisi le naufrage.
 
Contempler et se taire, éreinter son voisin,
Dénoncer au besoin le vilain sarrasin
Qui vole son travail et qui séduit sa fille,
-Arrêtons le massacre, et vive la resquille !
 
Son envie il perdit, perdant l’illusion,
Le rêve du réveil, lourde dérision :
Le citoyen d’ici se veut laquais servile,
Bienheureux et cocu, le banal vaudeville.
 
Que pouvait-il encore en l’amer désarroi ?
Porter quelque valise ? Intégrer le charroi
De l’exode lugubre ? Il convoqua l’audace
Il faut dire au revoir à ce frisson fugace.


 18/11/2014



Son petit doigt m'a dit...



Ecoute ce conseil :
Juste avant le sommeil,
Pour ne pas te réduire
Au seul jeu de séduire.
 
Protège le désir,
Rejette déplaisir,
La gamme et le solfège,
Pour le plus bel arpège.
 
Le monotone fuir,
Découvrir, ébahir,
Oser tous les outrages
Conforte les ancrages
 
L’amour et sa grandeur
Interdisent pudeur
Pour tuer le désastre
Son orgasme est ton astre.

 18/11/2014



Le Chandelier



En descendant un escalier,
Trop dans la lune ou ma pensée,
Pour une marche, humilié,
Figure au sol, bien carencée.
 
En descendant un escalier,
Je suis tombé, la belle chute,
Devant la porte du palier,
Je n’avais pas de parachute.
 
En descendant un escalier,
Tout étonné, dans la pénombre
Votre visage familier…
Assurément, il fait surnombre.
 
En descendant un escalier,
Ravi de Kate que je quitte,
Le ceinturon juste lié,
J’ai oublié jusqu’à l’orchite.
 
En descendant un escalier,
Fuyant d’urgence un lieu d’orgie
Sous votre lit… est mon soulier…
Admettez la  dramaturgie !
 
En descendant un escalier
Votre air si froid, elle si chaude
Le drap souillé… par quel tôlier ?
Me prend le doute… Une ribaude ?
 
En descendant un escalier
Soudain l’esprit fuit et s’égare
Et si j’étais… Un chandelier ?
Elle en sa chambre… y pris-je gare ?
 

19/11/2014


La Carmagnole


Jouez, jouez, air détendu
Virevoltez en farandole
Chantez, chantez, temps suspendu,
Souffle le vent, la girandole.
 
Réveillez-vous, il se fait tard,
Tôt il s’enfuit, le si bel âge
Révoltez-vous, ivre fêtard
Combattez le décervelage.
 
Qui croyez-vous, fera pour vous
La sale tâche au matin blême ?
Vous êtes tous au garde-à-vous
Petit courage… ou grosse flemme ?
 
 

19/11/2014






Romancero


Pardon maman, je suis confus,
Dans tes beaux yeux je vois souffrance
Mélancolie, échec diffus.
 
Je sais papa, la tolérance
Commande encore à mon devoir
Toi qui prônais la fulgurance.
 
Aimer dans l’autre un fol espoir,
Une utopie, un rêve rose
C’est ma faiblesse en gris et noir.
 
Je vis trop mal ce temps morose
J’ai tant voulu cet absolu
Que je ressens telle névrose.
 
Comment ôter le dissolu
De ces esprits hantés d’envie
Pourquoi sur moi ce dévolu ?
 
Parfois la peur brouille ma vie
Je ne sais plus, je ne sais pas
La conscience est asservie.
 
Quel architecte et son compas
Saurait ouvrir l'autre passage
Pour convier au grand repas ?
 
Pardon maman, le grand brassage
Tu le lisais dans les tarots
Douleur et paix, le métissage.
 
Je sais papa, carbonaro
Je dois agir, serein et libre
Slammer petit romancero

Inviter au point d’équilibre.
 
 
20/11/2014

 


L’asticot est dans la pomme
Diplôme d'honneur Catégorie Néo-Classique
Concours 2015 - SALON ORANGE Reims


Je ne suis pas chasseur, au pied de mon terril,
Jamais me prend le goût,de traquer l’azeri ;
J’éprouve un sentiment en désuète prose,
De chanter l’amitié, fol air à haute dose.
 
J’ignore la raison qui me fait le jouet,
Ce matin comme hier d'un semblable souhait,
Serait-ce les fourmis que je sens dans les tarses,
L’impérieux besoin de conjurer la farce ?
 
Ce n’est pas le hasard, cette vive douleur
Doit tout à l’abandon où couve le le malheur ;
À contempler souvent les traits de ton visage
Je ressens la brûlure, ici, vers l’œsophage,
 
L’indifférent jaloux ou le vil belliqueux
Emportera le monde au cloaque visqueux.
Pourquoi mille mamans, (n’y voyez point d’Œdipe),
Déjà n’ont- elles pas enfanté le bradype?
 
Thuriféraire enflé sur le quai tend la main
Il se convainc encor d’égoïste demain ;
Il ne sent plus l’envie, il quête enthousiasme,
Asphyxié toujours aux effluves du miasme.
 
Il se trompe pourtant, le ver dedans le fruit
Il y niche, il féconde, il chante le grand bruit,
Il jouit le fantasme, ignore le  ravage 
Que fera sur l’esprit l’absence de courage.
 
Il est vain d’imputer le mal au différent,
La cause de l’échec, le glauque cohérent
Ne doit rien au système, il est entier en l’homme
Géant de pacotille, une navrante pomme.
 

22/11/2014





Gog et magog



 
Je voyage la nuit
Sur les traces d’un ange,
Je regrette le flou,
Les volutes de brume,
L’indécis des contours
Où s’épuise la vue.
 
Ainsi cet univers, irréel, puéril,
Voudrait-il imposer une clé de lecture ?
Serais-je le pantin du tourbillon de feu,
Ou l’instrument banal du plaisir de la trame ?
 
Quand le songe si noir
Orne ma  solitude,
L’esprit roule aveuglé,
Lutte et se frappe encore
Au mur de la terreur
Où tout espoir s’affronte.
 
Pourquoi chercher le sens ? L’inutile savoir
Pollue et embarrasse, et malin il obère
Le propos vagabond qui s’évertue encor
À créer le dilemme où le vide s’épuise.
 
Cette image futile,
Ronde du mécréant,
Déclinée à l’envie
Ne doit rien au hasard,
Elle se veut paradoxe,
Enigme du dessein.
 
Niez le nirvana, le fantasmagorique
Le sortilège meurt, osez gog et magog.
 


24/11/2014

Bécassine



Dieu de l’arène,
Son meilleur profil,
La chaussure étonnante,
Le regard clair porte ailleurs,
Toise le quidam en hypnose,
Une conquise cour à ses pieds
 
Vive murène,
Courte, mais sans-fil,
Réplique impertinente,
Vils canons des torpilleurs
Pour provoquer la cyanose
Chez les benêts comiques troupiers.
 
Lentement il se plait à gommer toute trace
De perspicacité ; il avance masqué,
Grasse plaisanterie et piques assassines.
 
La réplique est bannie, un silence vorace,
Il est tout et vous rien, le plaisir confisqué ;
Pourquoi venir ici jouer les bécassines ?

12/12/2014
 

L'oeuf





Combien est différent le propos de vaillance
Quand au bout de l’ennui jaillit l’incohérent,
Fade insignifiance, artifice inhérent
À l’espace aboli qui meurt sans pétillance.
 
Pourquoi le rêve fou de splendide alliance
Flageole-t-il soudain sous le trait déférent
Du pittoresque envol ;  amer, irrévérent,
De l’ignoble prophète au faux don de voyance ?
 
La vertu tôt s’enfuit, se perd l’entendement
Un radeau ballotté  cherche le fondement ;
L’étincelant mirage ouvre le purgatoire.
 
Au soir du grand débat, point de miraculeux,
La plus haute sagesse au chant sublimatoire
A vaincu l’hérésie au masque fabuleux.

 

 15/12/2014


Millenium, eschatologie ou…
 grosse arnaque ?

 

En d’autres temps, en d’autres lieux,
Pour apaiser les dieux, pour faire tomber la pluie, on sacrifiait…
Ici, un poulet, là un veau, le mouton ou le bœuf, parfois la jeune vierge et le peuple conquis vénérait le prophète, le chef idolâtré et ses dons inouïs.
En d’autres temps, en d’autres lieux,
Le peuple vassal Inculte n’avait pas d’autre choix que de croire aux chimères…
Mais les temps ont changé.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pourrait-on concevoir que l’on sacrifie sur l’autel de la raison d’état, pour une hypothétique alliance, pour un sursaut d’orgueil ?
Pourrait-on concevoir qu’un divin architecte ait conçu, dessiné, mis en scène la plus macabre comédie, juste pour faire oublier le reste ?
Sont-ce tous des loups solitaires ou l’avant-garde étonnante de l’invincible armée des fous de Dieu ?
Ou bien, serait-ce « seulement » le bras séculier, manipulé, organisé, couvert puis lâché par un pouvoir manichéen qui asservit son peuple ?
 
9/1/2015


 



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