JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie

Petit marlou et gigolette
(sextine)




 Il veut garder sa bonhomie
Et battre seul le laid trottoir,
Ses yeux fouillant l’anatomie,
En bouche un goût… gastronomie ;
Autant s’accouder au comptoir,
Pauvre maquereau d’abattoir.
 
La viande fraîche d’abattoir,
Flatte quidam en bonhomie ;
Quand il s’approche du comptoir
Pour oublier le froid trottoir,
Il rêve de gastronomie,
Il est friand d’anatomie.
 
La main s’offre l’anatomie
Que l’on exploite en abattoir ;
Le suc de la gastronomie
C’est de garder sa bonhomie
Et d’oublier le dur trottoir,
Pour saliver près du comptoir.
 
Champagne brut sur le comptoir,
La tentatrice anatomie
Petite bombe de trottoir
N’a rien de l’objet d’abattoir ;
Il peut hausser… sa bonhomie,
Lui, l’expert en gastronomie.
 
La pièce de gastronomie
Même consommée au comptoir,
Doit conforter la bonhomie ;
L’affriolante anatomie
Estompe le goût d’abattoir,
Tel courant d’air sur un trottoir.
 
Quand marcherez sur ce trottoir,
Vous penserez gastronomie,
Votre souvenir d’abattoir :
La quiétude du comptoir…
Vous rêverez l’anatomie
Qui réchauffe la bonhomie.
 
La bonhomie ou le trottoir,
Gastronomie, anatomie…
Lacs de comptoir… ou d’abattoir.
 
21/5/2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
 
Tous droits réservés

Que chante le caniche

 
Ils sont morts ce matin, morts d’avoir voulu croire ;
Du berceau de ce monde, étrangers au bonheur,
Portés d’un fol espoir, combattants du malheur,
Ils avaient bourlingué sans rechercher la gloire.
 
L’esquif aux cent dangers, ballotté, dérisoire
Un périple dantesque exacerbant la peur,
Aux abois, mais si fiers, ils bravaient la terreur
Et ouvraient grands les yeux, au fond de la nuit noire.
 
Ils ont été trompés et trahis sans vergogne,
La raison du plus fort, allez-donc voir ailleurs,
L’herbe sera plus verte, oubliez la frayeur,
Votre présence nuit quand passe la cigogne.
 
En ce pays fantasque où s’empilent gigognes
Les taxes, les impôts, chimères d’orpailleurs,
Où notre Opale côte exclut les resquilleurs,
On ne veut plus d’abri, de couvrantes vigognes.
 
Le peuple souverain, jaloux de sa puissance
Étouffe la pitié, chaque cri sonne vain,
Le hideux, le pouilleux, bien sûr il s’en convainc,
Va quitter notre sol, il nous doit la décence.
 
Et le discours flatteur parle de renaissance,
De l’effort de chacun, du fertile levain
D’enchanteurs lendemains, de crainte du ravin ;
Et le gentil crétin jure l’obéissance.
 
De tout temps, en tous lieux, sur cette terre riche
Fatuité des uns, sordide lâcheté
Mollesse du quidam, vulgaire mocheté
Ont entraîné toujours la vertu vers la triche.
 
Hanté par l’égoïsme, on regagne sa niche,
Et l’on reste entre soi pour fuir le tacheté,
Ce romani voleur expert du crocheté
Mais demain sera beau, que chante le caniche.
 
Jo Cassen
De Charybde en Scylla
Recueil « Horizons dans la brume »
 01/11/2013 - 12/5/2017




Le saut du Loup
 
Refrénez cet orgueil, ce regard impoli
Vous cause cent soucis, préférez donc sourire,
Echanger le frisson, car je puis le prescrire,
Quand s’enchantent nos corps, le temps est aboli.
 
Au bord de ce ruisseau, le petit bois joli
Découvrons sans pudeur le tourment à décrire,
Effacez votre trouble, il vous le faut proscrire,
Acceptez le coquin, et faisons paroli.
 
Le sentier cahoteux ouvre la bonne voie,
Passons le saut du loup, la grille à claire-voie
Ouvre la plénitude, offrons nous le plaisir.
 
Ce jour s’habille gai, mille bourgeons éclosent,
La nature s’invente et conte le désir,
Pourtant à l’habitude, alentour ânes glosent.
 
9 mai 2017
Jo Cassen
«Foutaises ou Chants d’Espoir »

Tous droits réservés


Page Blanche

 
La pureté de la page blanche,
Le mystère insondé, froid, béant,
Le sublime doute en avalanche,
Nuit solitaire face au néant.
 
La muse est en vacance, elle rêve ;
D’inutiles émois ont éteint
La flamme du sensible, une trêve,
Rite contemplatif, tibétain.
 
Il consulte le ciel, solitude,
Amertume et détresse au désert
De l’esprit où pointe l’hébétude ;
Tout se tait, le silence disert.
 
Quel est ce sortilège, un sésame
Enchanteur, un vulgaire flacon,
Il porte cent vertus, et ce charme…
L’élixir, le saut du Rubicon ?
 
Le divin séjour des ectoplasmes
Flamboyants au royaume des morts,
Il ressent la fadeur et les spasmes ;
Violence et absurdes remords.
 
Une douce tornade balaye
Les soupirs, fétu baguenaudé,
Chaque trait il ressasse, et délaye,
Amer pantin las de renauder.

L’aurore porte la délivrance,
Des mots, des feuillets, tristes pensers,
Bonheur furtif et vaine souffrance,
L’éveil au jour d’effrois romancés.
 
Ô regrets ! Fallait-il que l’on s’aime ?
À l’encre de ton sang, j’écrirai
L’orage et le tourment que l’on sème,
L’étrange que tu m’as inspiré.
 
8 mai 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’Espoir »
Tous droits réservés

 

L’asticot est dans la pomme

 
Je ne suis pas jongleur, seul dans mon isoloir,
Jamais je n’ai ce goût d’un honteux défouloir ;
J’éprouve le besoin en désuète prose,
             De chanter l’amitié, fol air à haute dose.
 
J’ignore la raison qui me fait le jouet,
            Ce matin comme hier d’un semblable souhait,
         Serait-ce les fourmis que je sens dans les tarses,
            L’impérieux besoin de conjurer ces farces ?
 
Ce n’est pas le hasard, cette vive douleur
             Doit tout à l’abandon qui nourrit le malheur ;
            À contempler la fange où naît le nécrophage,
             Je ressens la brûlure, ici, vers l’œsophage,
 
               L’indifférent jaloux tel l’ardent belliqueux
           Veut emporter le monde au cloaque visqueux ;
          Pourquoi mille mamans (n’y voyez point d’Œdipe)
            Ont-elles par mégarde engendré le bradype ?
 
             Quand le thuriféraire affalé tend la main,
            Il ne se convainc plus d’un épique demain,
              L’envie a disparu, surtout l’enthousiasme,
              Enivré des relents de l’écoeurant miasme.
 
          Il se trompe pourtant, le ver est dans le fruit
          Il y niche, il féconde, il chante le grand bruit,
               Il jouit le fantasme, ignore le ravage 
           Que fera sur l’esprit l’absence de courage,
 
Il est vain d’imputer le mal au différent,
               La cause de l’échec, le glauque cohérent
        Ne doit rien au système, il est entier dans l’homme
             Géant de pacotille, une navrante pomme.
 
6 mai 2017
Jo Cassen
                                            « Foutaises et Chants d’espoir »
                                                   Tous droits réservés

 

Don Quichotte

peinture de Marcel Nino Pajot

 
Juché sur une étoile, il brûle de courage,
Se berce d’irréel, conçoit le rêve bleu
Harnache Rossinante et clame : « Palsembleu ! » 
Don Quichotte en partance, en chasse de mirage.
 
Il est toujours vaillant le moulin du parage,
Aile au vent, l’air hautain, il n’entend rien, parbleu,
Il plastronne héros,  ridicule bas-bleu
Qui porte le mépris et pis encor, l’outrage.
 
À battre la chimère, à hurler au néant,
Tu consumes l’ardeur si rare au fainéant,
Pour te fondre reclus en morne solitude.
 
Ce fameux idéal, chéri, cherché, voulu,
Ne le vois pas chez l’autre enflé d’ingratitude,
Il flotte en utopie, un espoir vermoulu.
 
6 mai 2017
Jo Cassen
«Foutaises ou Chants d’Espoir »

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L’Interdit

 
Il se leva sans bruit, économe de gestes,
Le lourd climat hostile et l’animosité,
Inculquent la réserve et cette aridité
Qui préserve l’esprit des façons indigestes.
 
Le carillon timide égrena quelques coups,
Il ne les comptait pas, (le temps la belle histoire)
La porte de l’enfer a clôt le purgatoire,
L’espoir s’est dérobé, tel le chant des coucous.
 
Le vieux veston froissé jeté sur une épaule,
Il traversa sans mot, le corridor crasseux,
Et Médor s’écarta, lui, l’autre malchanceux,
Sans doute convaincu de finir dans la geôle.
 
Indifférent au froid médiocre et pervers,
Le voile scintillait malgré l’épaisse brume,
On entendit ses pas marteler le bitume,
Il s’était éclipsé ; le sens a son revers…
 
Il marcha sans objet, apaisé, presque libre,
Le vent accompagnait, rien ne viendrait troubler
Le calme de l’instant, rien ne ferait trembler
Le point presque magique où règne l’équilibre.
 
La pluie avait cessé, de loin il entendit
Un sifflement strident, la voie est monotone,
Il a toujours aimé les parfums de l’automne,
Il effaça le doute, et brava l’interdit.

4 mai 2017
 
Jo Cassen
 
 
 

Au pays d’où je viens
 

Echo et Narcisse - peinture de John William Waterhouse


Que serai-je demain ? Comment, quand, où, pourquoi ?
Dois-je m’inquiéter, éprouver une crainte,
Entendre quelque appel, voire écouter la plainte ?
Quel détonnant propos, il me laisse pantois.
 
Au pays d’où je viens, haut-lieu d’intelligence,
L’universel scrutin désigne chaque chef,
Il nous échoit toujours d’opiner derechef,
En l’instant crucial, il maîtrise l’urgence.
 
Au pays d’où je viens, offert au fol crétin,
L’idiot du canton sémaphore du monde,
Oublieux d’un dessein, accompagne l’immonde
Et boit l’abominable aux grands airs de Pétain.
 
Au pays d’où je viens, où la côte est si belle,
Le travail est banni, car l’électeur choyé
Depuis longtemps déjà fait le choix d’aboyer,
Chantre d’assistanat en sa cité poubelle.
 
Au pays d’où je viens, tous avis divergents,
La sécu joue en berne et les champs en jachère ;
Un bel émir narquois a remporté l’enchère,
Pour le bonheur dit-on, des peuples émergents.
 
Au pays d’où je viens, ce chemin que l’on cherche
D’authentique fortune ou peut-être de foi,
Je ne l’entrevois pas, pas même quelquefois ;
Je ressens l’anathème aux lèvres du faux-derche.
 
Au pays d’où je viens, Voltaire a clos les yeux
Et Rabelais vomi tant le mets l’épouvante,
Hugo ne combat plus car la scène est navrante ;
Pourquoi la liberté se dissout-elle à Dieu ?
 
Au pays d’où je viens, gagne l’obscurantisme,
Les arts et la culture au ban de nation,
Modèles et formats sont une religion,
Le sommet affligeant d’un vil pharisaïsme.
 
Au pays d’où je viens, l’humble contributeur,
Au superbe tonneau dépose son obole,
La réponse obligée au discours parabole
Du roitelet repu déloyal contempteur.
 
Au pays d’où je viens, on a rendu les armes
Le peuple est à genoux, vassal, obséquieux,
Quémande son aumône, une offrande des cieux
Pour taire sa colère et d’ardentes alarmes.
 
Au pays d’où je viens, le mensonge partout
Habille le propos, chacun porte le masque
Ne rêve même plus, une posture flasque
La réponse banale, étrange fourre-tout.
 
Au pays d’où je viens, puisque rien n’est possible
Je trace mon chemin vers un autre univers,
Pour être utile un peu, habiter mon hiver,
Agir s’il en est temps, contre l’inadmissible.

2 mai 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
Tous droits réservés

 

  Il était une fois


Il était une fois, un pays flamboyant
Riche de ses terroirs, maître de sa culture,
Offrant à l’étranger le goût de l’ouverture,
Pour opposer aux peurs un regard clairvoyant.
 
Mais ce monde tanguait, la harangue aboyant
De rédempteurs matois, prêcheurs de fermeture,
Enflait la haine froide et la caricature,
Et le badaud suivait, logique défaillant.
 
On s’enivrait déjà, délire pittoresque,
Des zombis fascinés d’élan cauchemardesque ;
L’argument délétère a flouté l’horizon.
 
Le refrain satanique a répandu la peste,
Valets et mendiants chantent la trahison,
Et l’on avance au pas vers le grand soir funeste.
 
1 mai 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
Tous droits réservés

 

Pasiphaé


 
À l’ombre du grand saule, elle vint s’allonger
Sans crainte ni regret, ôta l’ultime fringue
Mise dans un grand sac avec tout son bastringue ;
Sensuelle et mutine, Il voulut l’éponger.
 
L’astre qui brûle et brille avait léché l’exquise,
Des perles de rosée, une douce moiteur,
Fragile et désirable, un modelé flatteur,
Elle offrit un sourire ; Etait-elle conquise ?
 
Il se coucha près d’elle, un tantinet confus,
Elle si jeune encor, sans doute et sans repère,
Comment ne pas heurter l’enfant dans ce repaire,
Convertir en calice un sentiment diffus ?
 
Elle voulait pour lui que s’enflamme l’étreinte,
Ouvrir les portes d’or du suprême plaisir,
S’abîmer pantelante, admise à son désir,
Pasiphaé superbe avant le  labyrinthe.
 
Ils ont cessé de voir les ombres d’alentour,
Seuls au monde éblouis, enivrés de l’extase,
Ils touchaient à l’instant où s’écrit l’épitase,
Une proie enchaînée aux griffes du vautour.
 
La terre suspendit l'immuable périple,
Dans le bruit du silence, un cri tel un écho,
La riposte du vent exigeant son écot
À l’âpre corrupteur et sa muse disciple.
 
Sans doute a-t-elle aimé d’autres Casanova,
Vibré sous la caresse et dit la jouissance,
Construit des nids d’amour en des lieux sans licence,
Etincelé de joie, une supernova.
 
Longtemps il a pleuré, n’avait-il pas souffert,
Le poids du souvenir devenait-il infâme
Ou ces instants floutés d’un fantôme de femme
Devraient-ils à jamais habiter son enfer ?
 
 
15 avril 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »

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Une petite flamme.

 
Confiant et serein, vous ouvrirez la porte,
Pour cette belle idée où le temps suspendu
Impose une autre voie, une ambition forte,
Un combat de titans pour l’espoir défendu.
 
Le gymnase du monde a gommé le courage ;
Calomnie, invective et sourde trahison
Habillent d’éclatant le sordide naufrage
Où se gaussent repus les gibiers de prison.
 
Dénués de bon sens, du plus mince argument
Manipulés, groggy, les jouets médusés
Entonnent l’air sournois sans un éternuement ;
Ils sont l’étroit troupeau d’esprits désabusés.
 
Face au néant qui gronde, une petite flamme,
Qui ne vacille pas et qui ne doute point,
Contre le vent hostile et le trait qui la blâme,
Indique le chemin ; elle est le contrepoint.
 
L’autre, le délaissé veut aussi vivre libre,
S’élever par l’école, ouvrir plus grands les yeux,
Partager la culture, œuvrer à l’équilibre
D’une maison sereine où se calment les dieux.
 
Maillon d’un bel ensemble où le regard s’apaise,
Riche de son histoire, ouvert à l’avenir,
Il refuse fervent le mensonge qui pèse
Et le spleen destructeur qui ment au souvenir.
 
Il dessine demain, le travail, le mérite,
Une vie où l’Agir attise le savoir,
L’envie exacerbée où quel que soit le rite
Chaque droit légitime oblige le devoir.
 
Confiant et serein, vous ouvrirez la porte
Pour cette belle idée où le temps suspendu
Impose une autre voie, une ambition forte,
Un combat de titans pour l’espoir défendu.
 
 
5 avril 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »

Tous droits réservés


Le chemineau

 
Contez-moi ce pays qui fleure le bien vivre,
Ces fleuves ondoyants, ces vallons, ces sommets,
Chantez-moi ces terroirs aux magiques fumets
Et ces mille talents des beaux-arts et du livre.
 
Bercez-moi des récits, des modèles à suivre,
Des combats de légende et de ces hauts gourmets,
Ceux qui firent d’un sol et de quelques plumets
Un exemple partout, le rêve qui délivre.
 
Même si le reflet vous semble moins flatteur
Sous les coups de boutoir de quelque zélateur,
Le présent, l’avenir raillent les embuscades.
 
Riche de ses vrais choix, de son désir ardent,
Ce peuple de génie abhorre les foucades,
Il  exclut et condamne un leurre discordant.
 
 
20 mars 2017
Jo Cassen
Recueil « Foutaises ou chants d’espoir »

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Le jaguar et la biche
Terza rima
 



Une forêt hostile, un horizon pervers ;
Longtemps il a marché, le froid ou l’amertume
Jamais n’ont altéré sa quête d’univers.
 
Déambuler encore, arpenter le bitume,
Que toute la nuit passe en effaçant le temps
Et qu’au petit matin revienne la coutume ;
 
Qu’elle habille demain sans quelque contretemps
Du costume banal, du projet toujours vide…
Qu’il subisse le jour dépouillé d’excitants.
 
Pourquoi le jeune fauve, habité de livide
Se meut il en zombie alors que l’alentour
Festoie ou se distrait d’un bel air impavide ?
 
Il ne saurait répondre, un chemin sans retour
Doit être parcouru, sans joie et sans ivresse ;
Ce sentiment de mort exige le détour.
 
Auprès de lui sans cesse, il vit la sécheresse,
Tous les émois masqués, réputés scandaleux,
Alors il s’habitue à tromper sa détresse.
 
Orgueil ou complaisance, il s’affiche galeux
Les amis, les copains esquivent le sillage,
Il se retrouve seul, loin des parcours moelleux.
 
Il défend son crédo : Non au tripatouillage
Le félin est debout, soit il est un valet ;
Le noir ou bien le blanc et point de maquillage.
 
Il a choisi son camp, maître de son ballet
Il écrira son sort, il sait sa suffisance :
Aurait-il pu croupir fantoche gringalet ?
 
À se vouloir instruit, sans fausse complaisance,
Toujours il sera seul, chaque appui sera feint ;
La cible dérisoire ou fond la médisance.
 
Un jouet de hasard devient-il aigrefin,
Après tout, pourquoi pas ? Mais le destin hésite
Balbutie et déroute, envoie un séraphin…
 
Sans subterfuge aucun, cupidon en visite
(Le charme est son domaine) écrit le mot espoir,
Définit les couleurs, souffle le parasite ;
 
L’amour sait l’importance et l’on ne peut déchoir…
Dans le respect feutré du royaume du tendre,
Panse la plaie ouverte, apaise le jaguar.
 
La souffrance d’avant aux attaques cassandre
Telle épine en son cœur dit encor la douleur ;
Mais la biche complice a guéri le misandre.
 
C’est ainsi que les jours et les nuits de malheur
S’estompent davantage alors que le grand fauve
Pacifié, confiant s’éveille bateleur
 
Du roman de la biche, une biche qui sauve.
 
20 mars 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou chants d’espoir »
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Sisyphe

 
Je ne suis pas un maître ou quelque professeur,
Je n’écris pas banal, le jasmin et les roses,
Souvent au gré des faits, je vis d'humeurs moroses ;
Admettez que le temps parfois joue en  farceur.
 
À vouloir se confondre en fieffé polisseur,
De mots maintes fois dits pour taire les névroses,
De si graves douleurs, de sombres sinistroses,
On se répand en vain, de qui l’intercesseur ?
 
La technique qui sied quand le verbe s’enchante,
Flatte l’oreille et l’œil, se surprend aguichante,
Elle draine pourtant un sentiment confus.
 
Gravir de hauts sommets, polir des dialogues,
Ou disserter candide au grand air du refus,
Serais-je le héros d’absurdes épilogues ?
 
18 mars 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
Tous droits réservés

 


Que je vous parle d’Elle.

 
Debout sur le chemin, voyage en inconnu ,
Attisant le brasier exacerbant la lymphe,
Ivre de cents désirs ; ébloui par la nymphe,
Il flattait le tourment du rêve saugrenu.
 
À trop se délecter de pulsions interdites,
De faux philtres d’amour, authentiques poisons,
À tutoyer l’effroi qui jette en pâmoisons,
Il avançait gaillard vers des passes maudites.
 
Était-il un bouffon, un prédateur, un loup,
Ou bien cette nubile à la moue anodine,
Jouait-elle mutin, masque de gourgandine,
Pour noyer le benêt jusqu’au tréfonds du cloup ?
 
Le saura-t-on un jour ou faudra-t-il les larmes,
Souffrances et remords pour ôter le regret,
Que s’estompe à jamais le souvenir aigret
De la vierge opaline aux affriolants charmes ?
 
Le temps inexorable égrène un chapelet,
Passent les nuits, les jours, fuit l’icône éthérée,
L’escorte des zombis déserte libérée
L’esprit que rien ne hante à l’ultime couplet.
 
Vous qui la découvrez en écoutant ma lyre,
Savourez ce délice ainsi qu’il savoura,
Vivez le fol dessein dont il s’énamoura,
Sous les traits adorés où souffle le délire.
 
Chassez votre amertume ainsi qu’il la chassa,
Que le songe ébahi vous conte cette histoire
D’une romance folle, une douce victoire,
Ce vertige tabou, le corps qu’il embrassa.
 
Vous qui l’avez raillée, intrépide coquine,
Muse de chaque nuit où s’égarait l’amant,
Tout désir au plaisir, clinquant ou diamant,
Dîtes sa pureté sans malice mesquine.
 
Jo Cassen
 «Foutaises ou chants d’espoir »
17 mars 2017

Tous droits réservés




Le Rebelle

John William Waterhouse   Les Danaïdes

 
Il râle et crie et il s’insurge,
Frappe sa tête au vilain mur,
Etouffe un pleur, c’est bon, ça purge,
Le nez cassé, choc au fémur…
 
Ne souffre pas, mon doux, mon frère
Car rien ne sert de condamner ;
Un guide dit l’itinéraire,
Et rien ne sert de chicaner.
 
Laisse le beau, l’inaccessible,
Ce que lui voit, le « naufragé »,
Un tunnel noir, chant Indicible ;
Une sornette d’enragé.
 
Et tu voudrais pousser l’histoire
Sur des layons d’humanité,
Ouvrir un ciel, l’échappatoire ;
Oser braver l’ambiguïté ?
 
L’autre toujours défend son monde,
L’espace simple où ses petiots
Vont s’épanouir baignés d’immonde,
Leur paradis ; jouez flûtiaux.
 
Nul ne combat l’indifférence,
Ton soin jaloux à revêtir
L’art et l’esprit sans l’apparence
Lui donne goût de déglutir.
 
Passe chemin, sèche tes larmes,
Le profane, le mécréant
Est insensible à tes alarmes,
Caque sans fond, un océan.
 
En ses travaux, le bel Hercule
Mit moins de hargne et de grandeur ;
Garde pour toi fol majuscule,
Ton utopie et ta pudeur.
 
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
16 mars 2017
Tous droits réservés

 


Le calice jusqu’à la lie.
(acrostiche)



 
Farouche pour la frime et jouer grand seigneur,
Rocailleux quelquefois, ne craignant pas l’orage
Artiste en trompe-l’œil, mais toujours un gagneur,
Né pour être rebelle, incarnant le courage ;
Combien d’autres clichés : travail, famille… foi ;
Ombrageux étonnant, il caressait ce rêve :
Il serait Président, on dérange parfois…
Sans quelque trahison… Les amis sont en grève.
 
Filou souvent il fut du fond de son manoir ;
Il désirait le beau dans sa gentilhommière,
Le respect, la grandeur, un beau costume noir,
Le voici démasqué; Ne jetez pas la pierre !
Ouvrir une autre voie, exister être Dieu !
Ne riez pas trop fort au spectacle d’Ulysse,
 
Kamikaze ou brigand, il n’a pas dit adieu
Obsédé par l’argent, il boira le calice.
 
15 mars 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou Chants d’espoir »
Tous droits réservés

 




Le sacre du printemps


Au petit matin blanc, tu vaincs la réticence
Cette lâche inertie, un élu combattant
Doit chasser le mesquin qui frôle l’indécence.
 
Clame lors à plein cœur le besoin éclatant,
Le chant et puis le cri pour taire le murmure,
Pour oser puis agir, sois un vrai militant.
 
Au jour du grand réveil, revêts ta forte armure,
Tes émois au rebut, laisse entendre ta voix,
Car ton regard serein n’adore aucun lémure.
 
Il s’agit d’une guerre et non d’un jeu grivois,
L’adversaire jaloux a contracté la rage,
Sa boisson vérité, un fétide pivois.
 
A refuser constants l’évident déchiffrage,
Les cyniques abjects réfutent la raison,
Et guident le troupeau vers un fatal mirage.
 
N’écoute plus les sots, la sinistre oraison
Renonce et capitule et se veut stratégie
Pour embrumer nos yeux, effacer l’horizon.
 
Notre combat céans n’est pas une élégie,
Il s’agit d’un refus, une rébellion,
Le temps a décidé : Stoppons la gabegie.
 
Quand le complice mol se meut ardélion,
Chaque doute banni, tu dois prendre les armes,
Maître tu le deviens et non pygmalion.
 
L’obscur déjà nous guette, éteignons les alarmes
L’angélisme naïf se révèle fielleux,
Et souffrir maintenant pour éviter les larmes
 
Voici le seul crédo loin du discours mielleux.
 
13/O3/2017
Jo Cassen
« Foutaises ou chants d’espoir ».
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Le pigeon et le trébuchet


Lorsque je me sentis tout au bout de l’histoire,
Lassé de mon désir et le bras lourd ballant,
Dans la tête un écho, carillon brimbalant,
J’entr’aperçus la porte au seuil du purgatoire.
 
Quel étrange moment, presque hallucinatoire,
Puis, un nouveau répit, l’apprêt du vert-galant,
J’étais l’hôte et me vis à grands frais régalant
Cent yeux désabusés : un buffet dînatoire.
 
Nul lutin étonné n’alerte le huchet ;
Serais-je ce pigeon qu’on tire au trébuchet ?
Reste-t-on circonspect quand l’esprit est en berne ?
 
Perdu dans ce dédale à nul autre pareil,
Je m’astreins à comprendre, un bâton en giberne…
Mais fuit l’image vague en plus simple appareil.
 
11 mars 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou chants d’espoir »

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Tragique pitrerie

 
Sur le chemin tortu qui mène à nulle part,
Il se cache les yeux sous un fade artifice
Et calfeutre vaillant le plus mince orifice,
Par peur de l’escarmouche, il érige un rempart.
 
Pourtant la peste brune assemble la plupart,
Chacun a trop pleuré, souffert le sacrifice,
Aucun œil embué ne voit le maléfice,
La cadence du pas enchante le départ.
 
Je comprends ta raison, sens ta mélancolie,
Mais la forte colère enfante la folie
Quand pour se protéger l’on crée un mirador.
 
Je veux aussi l’ailleurs, croire à la bonne étoile,
Sans l’estoc fabuleux du pitre matador ;
Je préfère le vent, hissons haut la grand-voile.
 
8 mars 2017
Jo Cassen
« Foutaises ou chants d’espoir »
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Le chant à l’hypocrite
 


 
Un jour, tout se termine et c’est un peu la nuit,
Le dernier courant d’air et ses ultimes souffles ;
S’esquive l’avenir tout au bout de l’ennui.
 
Banal itinéraire à suivre sans pantoufles,
Cette froide épopée inutile et sans goût
Oblige seulement à chausser quelques moufles.
 
Un hiver gris et blanc bâillonne le grigou,
Il nous a trop usés de vaines sérénades,
Respirez le silence où se tait le bagout.
 
Et l’on ne pleure pas, nulle pantalonnade,
-«  On l’aimait ! », « il nous manque ! », « Ô le sort est cruel ! » ;
Qui croirait en l’instant à la triste panade ?
 
Personne ! C’est heureux, car l’écho factuel
Vous renvoie une image, un reflet qui désole :
L’artifice du vide, un rite cultuel.
 
Depuis longtemps déjà, chacun sa camisole,
Pour lutter contre tous et tel sage avancer,
Agir sous traitement : -«  Merci le pyrazole. »
 
C’est que le forcené contraint à compenser,
Détourner le regard, étudier la posture ;
Parce qu’il est très fort, soit dit sans offenser.
 
Vous ne lui devez rien de la belle nature,
Vos efforts, vos talents, ces mérites par cent,
Sont à vous, bien à vous, et non à l’imposture.
 
Vous ne lui devez rien, non, rien de renversant,
Ce qui vous appartient, (ces biens sans héritage),
Procède de vous-même et de votre oeil perçant.
 
Vous ne lui devez rien, vous n’êtes pas otage,
Partout, par monts et vaux, vous avez lutté seul ;
Alors, pourquoi soudain tout mettre en ballottage ?
 
Sans peur et sans reproche, au pied de ce linceul,
Plaisantez, assumez, rêvez en solitaire
Et crachez dans la soupe, au-revoir à l’aïeul.
 
La si belle chanson, vous ne pouviez la taire,
Elle enchante la vie et bâtit les remparts,
Et toujours, en devoir, chante velléitaire.
 
D’aucuns jubileront en ce jour de départ,
Ils clameront vos dons, vos vertus, la brillance,
Pour espérer, qui sait, l’insigne quote-part.
 
J’en connais même encor, enflés de clairvoyance,
Ivres de jalousie ou d’un mièvre intellect,
Qui n’auront pas saisi chez l’autre la vaillance.
 
Qu’il est beau, qu’il est grand le nombril de l’affect,
L’égoïsme jaloux de votre cœur est maître,
                 Porterait-il sans fard, un réservoir abject ?
 
              Vous qui croquez la vie, exigez le bien-être,
                  Votre sérénité nourrit en contre-jour
              La vile indifférence à qui vous a fait naître,
 
              Vous êtes un crétin, je ne dis pas bonjour.
 
23 février 2017
« Foutaises ou Chants d’espoir »
Jo Cassen
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Calembredaines

 
Hébété, sourd, aveugle, il suivrait le chemin,
Ses illustres aïeux, après d’ardentes joutes,
Maîtrisant leur frayeur, étouffant mille doutes,
À l’encre de leur sang au bas d’un parchemin,
Ecrivirent l’espoir d’oublier les déroutes
Et de vivre aujourd’hui pour façonner demain.
 
Ainsi sans compromis, enflé de certitude,
L’enfant devenu grand, entouré de ses rois,
De légendes bidon, de hauts faits et d’effrois
Avancerait serein, au cœur la gratitude
D’être ce rare élu, la chair des grands charrois.
 
Il renierait l’histoire où point l’ignominie,
Ce fardeau désolant impossible à porter,
Il dirait le roman propice à exhorter,
Une épopée, un chant de gloire et de génie
Eclairant le néant d’esprits à conforter.
 
Triste sort que celui d’intelligences vides,
Dans la fable héroïque où le lâche est vaillant,
Le collaborateur un héros flamboyant,
Le timoré grandit d’espérances avides
Et l’autre différent devient un assaillant.
 
Frottez-vous au réel, acceptez votre place,
Ecoutez, comparez, critiquez ce qu’il sied
Prenez la juste part, rejetez l’outrancier
L’ombre crée la lumière et le grand froid la glace ;
Du propos fabuleux, vous êtes initié.
 
19 février 2017
Jo Cassen
« Quelques foutaises ou chants d’espoir »

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Un jour sans insolence

 
L’enveloppe s’acharne, étonnante d’ardeur,
Elle invente l’élan propice aux impostures,
Les rires convenus, les poses couvertures,
Récite la leçon pour masquer la froideur.
 
Et le temps scélérat travestit l’innocence,
Amer, désenchanté, messire cauchemar,
Il attend sans faillir le coup de braquemart
Qui libère et découvre une autre quintessence.
 
L’esprit maraude encore au hasard quelque fruit,
L’utopique motif, l’ambitieux délire,
Pourtant il sait l’effet du superflu collyre,
De l’encombrant présent, il porte l’usufruit.
 
L’irrémédiable fin et le bruit du silence,
L’ouverture et l’après, un cortège interdit,
De faux chagrins décents, larmes d’un étourdi…
Hier comme demain, un jour sans insolence.
 
15 février 2017
Jo Cassen
« Foutaises »

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Douce France

 
Dodelinant parfois la tête
Ouvrant la main à l’étranger
Une langueur souvent m’entête
Car je devine un vrai danger.
 
Je ne veux pas céder au doute
Marcher serein, offrir l’amour,
Ce fraternel que l’on redoute
Dans le malheur, j’ose l’humour.
 
L’autre chemine une autre voie,
Sûr de son fait, rien n’est abject,
Dans son mirage il se fourvoie,
L’esprit renonce, il vit l’affect.
 
Le vrai, le simple, une chimère,
Son horizon sombre exigu
Lui dit le conte de grand-mère,
L'agneau, le loup et l’ambigu.
 
Il croit, délègue et s’abandonne,
Il suit le guide, expert ardent
Qui sait, qui voit et tout ordonne
Le vrai, le faux, le décadent.
 
Pauvres de nous, fétus de paille
Lâches errants, souillés, trahis,
Falote proie, une harpaille
Nous trépassons sots ébahis.


28 janvier 2017
 
Jo Cassen
« Quelques foutaises ou chants d’espoir»
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