JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie
 
Le solitaire
 


 
Je me suis souvent demandé,
Avec rigueur, sans complaisance
Pour le sérieux, la bienséance
Si oui ou non, sans jouer guindé,
Ni aucune forfanterie,
J’avais eu don de vocation.
 
 
Quel beau dilemme, appréhendé
Comme cela, le syllogisme
M’interpelle. Un manichéisme
Banal est quémandé,
Surtout pas de piraterie !
Je m’enquiers de la solution.
 
 
Je suis bien né d’un histrion
Et d’une étrange créature
Tout de talent et de dent dure
De quoi bâtir un trublion.
Un arlequin bon pour la rampe,
Prémisse une à la question.
 
 
Et maintenant, philosophons
Pourquoi alors, dans le jeune âge
S’être livré au gaspillage
Et refusé de jouer bouffon,
Sur une estrade et dans la lampe ?
C’est que je fis indigestion.
 
 
Né bien dedans, et bien formé,
Si l’on en croit le médiatique,
En bon fils de (rien d’utopique)...
Je n’avais rien du "désarmé",
Alors pourquoi, je réitère ?
C’est le format (pauvre notion).
 
 
Je ne suis pas un chimpanzé
C’est le format que je rejette
Le faux mentor, clown exégète,
Qui du talent fait l’abrasé.
C’est tout ce monde délétère
Je n’y vois pas de filiation.
 
 
Je suis rebelle et entre nous,
Toujours porté à la querelle
De l’imposture culturelle
Qui endort tout, brave nounou.
Alors je vais en solitaire.
Il n’y a pas malédiction.
 
 
Si le "public" était moins con
S’il surveillait ses nourritures
S’il disait non aux dictatures
Peut-être alors pourrait-on... Non ?
 
 
Ici je reste pamphlétaire
Peut-être était-ce… ma vocation ?
 
 
 
 
A mon père
 
 

Il faudrait de l’audace
Le risque est calculé, mais il est bien certain.
Tout engloutir encor sans se casser les reins,
Ni perdre aussi la face ?
 
 
Tu ne devras jamais
Renoncer, passer ton chemin, ombre timide
Qui ne sait plus oser. Edifier pyramide
Tutoyer les sommets !
 
 
Ainsi parlait mon père
Qui des choses savait, des affaires, des gens
Du mentir, du paraître, à l’exquis entregent.
Je garde son repère.
 
 
Cet été en juillet,
Je penserai très fort à ce que fut ta vie
A combattre le sort, à taire ton envie ;
C’est pour toi ce billet.
 
 
Il est à toi ce rêve
Le mirage où je tombe, étourdi de bonheur
Tutoyant le fatal, mais portant haut le cœur
Pour une histoire brève.
 
 
 
 
Salut l’artiste
 













 
Il s’échina longtemps, à force conviction
Etourdi de labeur, mais s’obligeant encore
Convaincu de pouvoir sans nulle médiation
Accomplir cet exploit de dompter la pécore.
 
 
Mais exécrables sont, ou pour le moins honteux,
Les ahuris fameux pour qui la renommée
Procède du talent. A mort le loqueteux
On élimine ici à grands traits de plommée.
 
 
Ils ont bien su très tôt, ils avaient apprécié
Le carrousel de feu qui amuse et qui brûle ;
Ils approuvaient béats, et pourtant ils ont scié
L’esquif ahurissant balloté ridicule.
 
 
Il est feu le poète et son char se consume
Il vous reste toujours le compliment posthume.
  
 
Festival

 
 Sur le pont, nous irons, cet été, en juillet
Il fallait bien qu’un jour nous osions le challenge
Rencontrer le public, le frisson, saut de l’ange
Une balle est placée au fond du barillet.
 
 
Nous avons travaillé, sans souci des on-dit
Que ce soit net et pur, pas de salmigondis
Le sincère et le vrai, un dessein authentique.
 
 
Il fallait partenaire, et l’esprit de Vilar
Qui aime l’ambitieux, et pas le canular
Qui défend le talent, jamais le pathétique.
 
 
C’est à nous qu’il échoit maintenant d’exister,
Sans quelque affectation, sans tirer de ficelle
Pour que brille là-haut la petite étincelle
Pour notre amour de l’art et toujours persister.
 
 
 
 
 
Mignon

 
 
Ecrire en prose ou bien en vers
Lâcher prise, atteindre la cime
Dire la gnose ou l’idéal désir
Rêver pour le fun ou la rime
 
 
Espoir, bucolique revers
Du néant ou d’un éclair sublime
Le Nirvana et son plaisir
Pour toi et sortir de l’abîme.
 
 
Juillet le off en Avignon
La Muse et l’histrion, délire
Amour, ta joie est mon empire.
En scène et le monde est mignon.
 
 
 
Une histoire simple

















 
 
On aurait pu bien sûr continuer à mentir
Jouer les beaux sentiments sur un air de guitare
Et chanter notre amour, (que pleure la cithare)
L'espoir est violent qui ne veut pas mourir.
  
Le chant de désespoir est  souvent le plus triste
Et tu as toujours su ce qui toujours m’attriste
Quand tes yeux ont la brume et le languir amer.
  
On dira haut et fort ce que fut cette vie
Mais le voeu est rompu tel ressac à la mer
Tout de plaisirs avoués, et d’une folle envie,
  
Et quand longtemps encor racontant souvenir
Quelque discours douteux prétextera la tare
Aucun inquisiteur ne brûlera Cathare
L’image est claire et nette, impossible à ternir.
 
 

 
 
Elle te dirait...
 


















 
Les uns parlent d’ailleurs
D’un bonheur qui s’échappe, encore une chimère
Le furtif souvenir d’une rupture amère
Le sort de l’orpailleur.
 
 
Il est fécond le soir
Quand les portes fermées isolent davantage
Et les rideaux tirés, (solitude en partage)
Seule dedans le noir.
 
 
Tu te rejoins alors
Dans le sombre voyage, il n’y a pas d’absinthe
Le rite est inutile, et nul n’entend ta plainte
Dans l’étroit corridor.
 
 
Le silence violent
Ajoute à ta détresse, et se confond muette
Dans l’effroi du néant, illusion désuète,
D’un amour insolent.
 
 
Dis comment et pourquoi ?
Fallait-il tout jouer, quel est cet engrenage ?
Rafraîchis ta mémoire, arrêtons badinage
Et tes hauts airs narquois.
 
 
Tu voulais un Eden
Un paradis sur terre, une campagne verte
Des enfants, des couleurs, toujours la découverte,
On s’offrit un hymen.
 
 
On eût pu être heureux
Un quotidien de joie ou parfois d’inquiétude
Des soupirs un beau jour, pour rompre l’habitude,
Compagnons chaleureux.
 
 
Le grand vent du destin
A choisi autre route, à l’embûche banale
Il préfère le doute et une issue fatale,
Convives du festin.
 
 
Que pleure le violon
Sur ces rêves brisés, ces idées misérables
Raillez et médisez, cantiques pitoyables
Le malheur est félon.
 
  
Elle



















 
Elle
Celle de cet ailleurs, inaccessible, enfui
De ce pays blotti entre côte et la plaine
Où le nectar sacré jamais ne coule à flots
Elle
 
 
Elle
Qui aurait pu sans doute le réjouir lui
Soldat sans ambition, le grouillot à la peine
Trop lâche pour oser, sempiternel falot.
Elle
 
 
Elle
Te regarde parfois quand dans le soir une ombre
Sur le mur se dessine. Il s’envole à jamais
fantomatique espoir. L’œil est dans ta mémoire.
Elle
 
 
Elle
Tu ne sauras jamais, ô fol esprit qui sombre
Qui, comment et pourquoi, aucun signe n’émet
La pâle image floue, et serre ta mâchoire.
Elle
 
 
 

Petit vallon d’amour
 



 
Petit vallon d’amour
Serait-elle revenue ?
Te souviens-t-il de moi 
De son rire, et son cri ?
 
 
Petit vallon d’amour
Posture saugrenue
Je vivais pur émoi
C’est l’instant sans écrit.
 
 
Petit vallon d’amour
Sans nulle retenue
Sans oser une fois
Tel un crétin conscrit.
 
 
Petit vallon d’amour
Elle était prévenue
Oublie cet autrefois
Le feu est circonscrit.
 
 
 
 
 

 
 
 
Cent mille fois encore

Jeux Floraux d'Aunis & Saintonge 2016
Prix Jean Boulan  -  Accessit


 

Cent mille fois encore à la lumière blême
Virevolte l’image, un reflet jaillissant,
Fantômes en cortège, irréel ravissant.
Déjà le petit jour, farandole ou carême.
 
 
Ce n’est pas que parfois, me croiras-tu jamais,
Tes gestes, ton visage et ta chère silhouette
Dessinée à ravir, quelle riche palette,
Me donnent le vertige, au plus haut des sommets.
 
 
C’était avant-hier et c’était aujourd’hui,
Notre histoire s’écrit, une œuvre sans rature,
Des joies et des plaisirs, souffrances qu’on endure,
Instants où à jamais, le bel âge s’enfuit.
 
 
Ne pas se retourner, ni pleurer ou se plaindre,
Regarder devant soi, car est belle souvent
La raison qui construit, elle chasse le vent
Et permet d’avancer, sans tricher et sans feindre.
 
 
Les printemps ont passé et aussi les hivers
Je ne m’étonne plus et flirte avec l’automne
Le chemin était là, il n’y a pas maldonne
Me suis trompé parfois, mais les yeux grands ouverts.
 
 
 
Vénus en Overdose
(madrigal)


 
Qu’un émoi véritable est une douce chose.
Il te prend au collet et tu crois à toujours ;
Cet instant est magique, Invente les contours.
Tu dégustes l’icône au bord de l’overdose.
 
 
Je n’avais pas un temps, ce doute qui effleure
Et je ne devais pas envisager demain...
Se pouvait-il un jour, au hasard d’un chemin,
Que je croise ta route et convoite le leurre ?
 
 
Peut-être un magicien, ou le grand architecte
A voulu tout cela. Une idylle qui nait
Tremblements et soupirs, ton buste coquinet,
Et le dadais qui sombre en extase suspecte.
 
 
Le plaisir est immense, il cousine la transe
Je suis né je le sais pour mourir aujourd’hui
En route pour Cythère, il faut le sauf-conduit
Eden est ma province et notre amour intense.
 
 
J’ai découvert...
 

J’ai découvert un monde en découvrant ton corps
Enivré, enfiévré comme on se saurait dire
Je me suis immergé dans le vertige fort
Et cela, nul, jamais, ne l’aurait su prédire.
 
 
J’ai découvert un monde en découvrant ton âme
Ebloui, radieux je dégustais festin
Que tu servais avide en attisant la flamme
Plus jamais ne serais endormi philistin.
 
 
Je peux mourir ce jour, maintenant je suis fier
Du chemin parcouru, des écueils, des embûches
De tous ces avatars vaincus depuis hier
 
 
Mais, ce que j’aime encor, ce que j’aime surtout
C’est l’apaisé regard, ton talent au trucmuche
Et cette espièglerie où le rire est partout.
 
 
 
 
Faut rigoler
 


 
J’ai cru en te voyant pour la première fois
T’avoir toujours connue
Et te porter en moi
Fantasque vérité, ligne discontinue.
 
 
J’ai su en t’embrassant pour la première fois
 Ivresse contenue
Maîtrisant mon émoi
Que le sort était là, minute saugrenue.
 
 
Le temps s’est envolé
Les hivers, les étés, sans un jour monotone
Le présent, le passé et ce soir mon automne,
Sanctuaire auréolé.
 
 
Jamais bonheur volé
Ne fit un plus heureux. Si la vie abandonne
Parce qu’il est venu, cet appel qui résonne
On peut bien rigoler
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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