JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie



Sans domicile…
 




Parfois il s’imagine un désir, un festin,
Le sort de vagabond lui semble ridicule,
Il murmure au désert le crime majuscule,
L’écho ne s’émeut pas du douloureux destin.
 
Sous la porte cochère, un abri clandestin,
Il commande à sa faim dans le froid crépuscule,
Et cherche dans le vin le philtre qui bouscule,
La quête de sommeil, son ultime bastin.
 
Une misère lasse, ignorée, interdite,
Le quotidien banal d’une histoire maudite,
Où chacun veut sa place, où règne le pervers.
 
La maraude en éveil apaise le beau monde,
Accomplit son devoir, humanise l’immonde ;
Le « Bisounours » ravi chante son univers.
 
Jo Cassen
20 mars 2018
 
 

                                     Le sourire




 
Pourquoi faut-il toujours s’attacher à sourire ?
Je ne me plierai pas au propos sibyllin,
Tant à vouloir le bien on passe pour vilain,
La fausse complaisance est un mal à proscrire.
 
Pour m’être fourvoyé, léger mais imprudent,
J’ai appris la réserve, et même s’il m’en coûte,
Je me garde du rire et j’élude le doute, 
Car je ne puis risquer un effet impudent.
 
Notre monde à souhait se sustente d’horrible,
Les crimes et les dols, la souffrance d’enfants,
Alors dans l’anecdote et les on-dit bluffants;
Il semble malvenu le racontar terrible.
 
Chacun à sa façon reste maître absolu,
Prétend à se gérer, agir en autonome
Expert en tout sujet, l’excellence de l’homme,
Jaloux de son nombril, jamais irrésolu.
 
Pourquoi faut-il toujours s’attacher à sourire ?
Pour benêt satisfaire au réflexe courtois
Qui désigne plutôt l’hypocrite matois ?
En quoi cette anecdote appelait mon sourire ?
 
Les yeux sont ainsi faits, surtout pour ne pas voir
Le charmant, le hideux, mieux vaut faire l’autruche
Et se montrer ravi, se révéler baudruche,
Flatter « l’autre » innocent et ne pas décevoir.
 
Pourquoi s’illuminer d’un intérêt factice
Au récit d’un exploit médiocre ou banal,
Feindre d’être témoin d’un trait phénoménal,
Quand votre ennui s’installe appelant l’armistice ?
 
Ce sermon, humble avis, n’engagera que moi,
Ne vous obligez pas, car un discours utile,
Séduit très rarement la démarche infantile,
Il attise l’humeur et réveille l’émoi.
 
Alors, oui, je me tais et même vous conforte,
L’excès de politesse est un piteux respect,
La fausse déférence enivre le suspect ;
La bêtise commune est une place forte.
 
Jo Cassen
« D’ombres et de Lumières »
Tous droits réservés

26 décembre 2017


L’insoumis


 
Sans la moindre pudeur, sans questionnement,
Indemne d’un émoi, l’authentique candide
Parade face à nous tel un fier garnement ;
Il arbore serein la posture splendide.
 
Le gnome extraverti s’incarne fanfaron,
Il batifole gai, maintenant il plastronne,
Il investit sa cour, la gloire du larron ;
Demain à l’évidence il pose cicérone.
 
Quelques mots ont suffi pour troubler le dessein ;
Face à l’effort tant craint, la voix cherche sa voie,
Chacun découvre immense un pigeon capucin.
Qui revêt la splendeur des diables de Savoie,
 
Vous le savez bien sûr, cet air sempiternel,
-« Notre seigneur est grand, son aura sans pareille ».
Porté dans les foyers jusqu’à l’obsessionnel,
La rengaine de bar que le bouche à oreille
 
-« Il est bien le meilleur, le premier d’entre nous ;
Voyez s’il porte beau, cette belle éloquence,
Qui conspue ou promeut, qui flatte le burnous ;
Du poids de chaque mot, il sait la conséquence ».
 
Pour lui la populace abdique son pouvoir,
Rien ne sert de parler, il convient de se taire,
Chacun sur son nombril concentre son devoir ;
On chercherait en vain quelque contestataire.
 
16/11/2014 et 20/11/2017
Jo Cassen
L’œil écoute
Tous droits réservés






Puissant ou Misérable.

 
Tel l’ultime témoin du périple banal
Le soleil a conclu son déclin ordinaire
Il propose à la nuit une clarté lunaire
                 Pour offrir au silence un don subliminal.
 
                Ce passage arrogant, insolent point final,
              Une froide impuissance ou meurt l’imaginaire,
               Sur le seuil d’un ailleurs, le propos liminaire,
               Un cantique pompeux qui ferme le journal.
 
              Vénérable ou malfrat, odieux ou belle âme,
           L’horizon est pervers lorsque s’éteint la flamme,
                   Il assimile tout, l’ordure et le joyau.
 
              
               On oubliera le fade et sa morne indolence,
                 Le souvenir obscur est un chant de griot
            Le marbre en vantera quelque temps l’opulence.
                
 
3 septembre 2017
                                                              Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »
                                                        Tous droits réservés

 



Deux oiseaux
 



Ils ont batifolé, sans souci de l’endroit,
Aimé sans garde-fou, bravé l’autre morale,
Épuisé leur envie en joute magistrale
Jusqu’à pleurer de rire, et de chaud, et de froid.
 
Dans le souffle enflammé qui déguisait l’effroi,
Ils écrivaient le chant, l’intrigue pastorale,
De gamins enivrés de clarté vespérale,
Et condamnaient l’ennui de Capelle à Rocroi.
 
Un arbre se souvient, il ne voulait pas rompre,
Et le fort glorieux que nul ne put corrompre
Se prit à s’émouvoir de l’impudicité.
 
Lorsque le jeu d’amour est un cri de famine,
Le désir interdit joue en complicité
Le présent se repaît de la frasque gamine.
 
11 août 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »
Tous droits réservés
 
 

 




L’indifférence

 
Quand le sort se fait lourd, riche d’une évidence,
Il regarde la nuit, pourtant il est absent,
Il a tut son alarme, il s’exige décent
Pour esquisser serein l’ultime pas de danse.
 
Il parcourt solitaire, acte sans impudence,
Le couloir de soleil pour cet envol glaçant
Vers le jardin des dieux où rien n’est menaçant,
Parce que le désir s’appelle providence.
 
L’étonnante sortie, authentique soufflet
Aux culs bénits froissés dépeint un camouflet ;
Ils sont les spectateurs d’un somptueux finale.
 
Oyez mes tristes gens, scrutez votre horizon :
Vos silences, vos mots, votre loi virginale,
Toujours l’indifférence enfle la trahison.
 
10 août 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »
Tous droits réservés

 

Les forsythias


Il voulait oublier les galimatias,
Effacer résolu l’ingrate perfidie
Déplacer son regard, cesser la comédie ;
Pour Elle ce bouquet, quelques forsythias.
 
Il construirait ce jour entre audace et gageure,
Loin des futilités, en route vers ailleurs,
Il dirait le chemin loin des effets railleurs
De faux amis sournois adeptes de l’injure.
 
Il serait l’inventif aux charmes étonnants,
Pour que mille douceurs de la nuit à l’aurore,
Sans le luxe banal du chantre qui pérore,
Éveillent des émois, délicats, frissonnants.
 
Ensemble ils jongleraient la gamme et le solfège,
Et les jeux innocents qui fascinent d’amour,
Exaltent le désir et le coquin humour,
Pour délirer d’envie un fabuleux arpège.
 
Le temps à petits pas, accomplit son dessein,
De quelque fanfreluche il habille l’histoire,
D’un sourire courtois, et pourtant péremptoire
Illumine l’hier ou floute le dessin.
 
On se cherche parfois un bel esprit sagace,
Cet instant délétère où tout faillit sombrer :
Coquine bagatelle ou cause à palabrer ?
Qui pour oser prétendre au souvenir fugace ?
 
Il n’était pas un homme ou ce godelureau,
Dans cette frénésie aux accents mirifiques
L’autre aux mille talents et délices saphiques
Transgressait l’ordinaire à l’ombre d’un sureau.
 
9 août 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »

Tous droits réservés






Après la pluie

 Le ciel aux lourds sanglots explose ses  tourments,
La nuit gronde tonnerre et lance feux et flammes,
Un tourbillon s’agite et rompt telles cent lames
Les blés blonds effarés, les généreux sarments.
 L
La dantesque fureur aux fols déchirements
Dépouille la nature et rugit mille blâmes,
Les dieux exaspérés fustigent et réclament
               La terrible rançon des vils égarements.
 
              Longtemps après l’enfer, restera la ruine,
                 Le soleil insolent soufflera la bruine
           Et les cendres de mort qui hanteront l’endroit.
 
Demain le souvenir au vent de la mémoire,
             Trahira comme un jeu, la morale et le droit,
La terreur de naguère, une ligne au grimoire.
 
24 juillet 2017
Jo Cassen
«D’Ombres et de Lumières »
Tous droits réservés

 

La métamorphose du cloporte

Prix Mirabeau 2017
Grand Prix de la Ville d'Aix-en-Provence


Secret dessous le masque, il avance inconnu,
Il a fardé les yeux, arrondi le discours
Soupesé chaque mot, son geste est convenu,
Il maîtrise l’objet et le sens du parcours.
 
Qui saurait entrevoir sous l’aisance courtoise,
Le pas vif assuré, le charme naturel
Cette vive douceur et le regard qui toise
L’histoire ou le vécu de l’humble ménestrel ?
 
Pour oser apparaître et parler en lumière,
Il mena le combat contre l’a priori,
Il conjura le trac des grands soirs de première,
Et défia serein l’infâme pilori.
 
Transfuge du néant, où pouvait-il renaître?
Sur la scène du monde où s’étrillent les rois,
Au fabuleux jardin que seul un dieu pénètre,
Ou chassant le roman des amers désarrois.
 
Il choisit d’affronter, sans esprit de vengeance,
La tribune falote aux préjugés bourgeois
Qui fait la renommée avec sourde exigence,
Comme on jette au visage un ardent feu grégeois.
 
L’habileté parfois joue en désinvolture
Et permet de convaincre sans lever le soupçon
Tant le voile charmant habille l’imposture
En soufflant le génie à la contrefaçon.
 
Le cénacle conquis ouvre l’inaccessible,
Dans la joie et l’ivresse, il brûle ses deniers,
Condamne ses complots, sa rigueur inflexible,
Et oublie en passant, ses zèles chicaniers.
 
Le talent éprouvé du cloporte tragique
Bouscule l’inertie et les mornes trajets ;
Les lâches vanités de basse politique
S’épuisent sur le front d’impossibles projets.
 
1 juin 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »

Tous droits réservés



Le même empire
 



Il existe des maux,
Violents et stupides
Qui se vivent sans mots
Des émois insipides.
 
Sont-ils nés ou bâtards,
Erreurs de la nature,
Objets de racontars,
De glauque nourriture ?
 
L’esprit pavoise étroit,
Jamais il n’interroge
Il maîtrise son droit,
Faut-il que l’on déroge ?
 
La mère a déserté,
Le rejeton végète,
Et le père hébété,
Un fardeau que l’on jette.
 
Chaque soir sur l’écran
Temple de l’inculture,
Le rite cohérent
De la haute imposture.
 
L’école dit le deuil
Des croyances perdues
Les maîtres sur le seuil :
Des veuves éperdues.
 
Le cancre de jadis ?
Un élève ordinaire,
Qui compte jusqu’à dix,
Hait le dictionnaire.
 
Ne dîtes pas : pourquoi ?
Il sied plutôt d’en rire !
Le propos adéquat,
C’est que nous vient le pire.
 
31 mai 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »

Tous droits réservés



Avant le soir fatal

Anthologie 2018 - tome 1 de Flammes Vives

photographie d'Anne Degas 

Les uns rêvent d’amour, d'accorte fantaisie,
Dessinent de doux voeux pour des demains sereins,
Dans un havre de paix ils sont les souverains
De l'avenir de charme où point la poésie.
 
D’autres portent la haine et l’étrange amnésie,
Ils marchent sans objet, ressassent leurs chagrins,
Exaltent la terreur, vulgaires malandrins,
Ils clament leur orgueil, tuent avec frénésie.
 
Rien de sert de prôner l’utopique cité
Où côte à côte enfin, riche diversité,
L’on pourrait entreprendre et construire l’envie.
 
Le format divulgué s’abreuve de sanglots
Il répand la détresse, il efface la vie
Avant le soir fatal, déjouez ces complots.
 
30 mai 2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »
Tous droits réservés


Crépuscule
 
John Martin The Great  "Day of his wrath"


Les yeux vers l’horizon au soir de pâle automne,
Doucement, je me laisse envahir par le beau,
Cet étonnant spectacle où plus rien ne détonne ;
L’Ivresse de l’instant enchante le poulbot.
 
La colline est en feu, car le ciel qui rougeoie
Jette sans les compter ses flammèches rubis,
Et si le vol soudain d’un passereau fait joie,
Il s’agit d’un mirage entre vains alibis.
 
La nature a comblé de bienfaits tous les hommes
Qui consument leur vie à défier les dieux,
Et saccager l’espace, éditer mille sommes,
Pour offrir au pervers la sagesse des cieux.
 
Il est sot de combattre un fol manichéisme,
Le sel de la discorde envenime à plaisir,
Ce que jamais nul autre, au lointain archaïsme,
Ne sut édulcorer, quel que fût son désir.
 
C’est bien toi le maudit, par toi le mal arrive,
Lâche thuriféraire, avide flagorneur,
Tu avances repu, l’esprit à la dérive,  
Inexcusable voix du refrain suborneur.
 
29/05/2017
Jo Cassen
« D’Ombres et de Lumières »
Tous droits réservés
 
























Assistant de création de site fourni par  Vistaprint