JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie

Au revoir

 
Il faut dire au revoir, le moment est venu
Il a quitté le jeu, pied-de-nez saugrenu,
Il nous reste ses mots, diatribes lyriques
Le combat d’un rebelle aux envols chimériques.
 
Il avait cru pouvoir influencer le sort
Indiquer le chemin, insuffler le ressort,
Il s’était échiné sans regret ou réserve
A se tenir bien droit, émule de Minerve.
 
Le révolté parfois se révèle ambigu,
L’altruiste fervent se heurte à l’exigu,
Les esprits asservis attisent sa brûlure,
L’indifférence lâche ajoute à la fêlure.
 
Comment d’un sot nabot ériger un géant ?
L’audacieux toujours propose un suppléant,
(Qui veut voyager loin, ménage son courage)
Il accepte son sort et choisit le naufrage.
 
Contempler et se taire, éreinter son voisin,
Dénoncer au besoin le vilain sarrasin
Qui vole son travail et qui séduit sa fille ;
Arrêtons le massacre, et vive la resquille !
 
Son envie il perdit, perdant l’illusion,
Le rêve du réveil, lourde dérision :
Le citoyen d’ici se veut laquais servile,
Bienheureux et cocu, le banal vaudeville.
 
Que pouvait-il encore en l’amer désarroi ?
Porter quelque valise ? Intégrer le charroi
De l’exode lugubre ? Il convoqua l’audace ;
Il faut dire au revoir à ce frisson fugace.
 
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

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Dansez, dansez

Jeux Floraux d'Aunis & Saintonge 2016
Prix Noël Santon - 2ème Prix
 

Il tira cent sonnettes,
Ecrivit maints courriers,
Chauffa le téléphone,
Ne répondit jamais.
 
Car on ne répond pas à qui passe et parade,
Ces gens dits de pouvoir ont souvent le mépris.
 
Sottes marionnettes,
Préservez vos lauriers,
Votre mine bouffonne
Protège vos sommets.
 
Le quidam hébété goûte la mascarade,
Un jour il comprendra le ladre parti-pris.
 

16 mars 2016
Jo Cassen
"Chemins de traverse"
tous droits réservés


Après la nuit

Anthologie "Poètes français d'aujourd'hui"
Recueil n° 7 - Editions l'Etrave

 
Un jour, demain, quand il faudra lever la tête,
Déjà las mais vaillant, affligé d’espoir vain,
Impuissant, consterné, l’émotion d’esthète
Te portera pourtant à chercher l’épithète
Prétexte salvateur qui souffle le levain.
 
Haranguer le troupeau ? L’effort est inutile,
Son écoute est en deuil, l’esprit depuis longtemps
Digère la mélasse et l’attrait du futile
Berce son univers au format infantile ;
Susciter le réveil : un fâcheux contretemps.
 
Démos a déserté ; le livre des mirages
A concocté serein l’infernal carrousel,
Laquais et mendiants, avides des outrages
Ont clôt l’oreille et l’œil, ce sont des commérages,
L’hallali chante doux, un accent de ghazel.
 
Cervantès a décrit les combats de chimères,
Celles qui distinguaient l’enchanté dans le noir,
Les visions d’envie, extases éphémères,
Avant de s’engloutir aux profondeurs amères,
Tous desseins effacés, pliés au laminoir.
 
Le tonnerre et le vent, le haut flot et l’espace
Aiment à se jouer du pantin infaillible
Qui se prenait pour Zeus, authentique rapace,
Et se découvre nu, prostré dans une impasse ;
La nature charrie et nul n’est invincible.
 
15 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

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Il marche doucement vers le vide
 

Un poète ?
Un non-sens,
Une hystérie,
L’orgueil puéril,
De celui qui prétend au cénacle des Princes
Des morts illustres inouïs …
Des spectres ;
De celui qui
Couche ses mots choisis au livre des mirages,
Ose se comparer à Berlaine ou Timbaud,
Astragon et Lisa, Daudelaire
Ou Tocteau, Ponsard, Nautréamont.
 
Un poète !
Un néant,
La vomissure
Le déchet caca
De l’obscur scribouilleur qui promène le glauque,
Le redondant, l’enflé banal,
Le futile
Du moribond ;
L’orgiaque délire aux truismes vulgaires,
La parade galante aux émois usurpés,
Et le fil qui se tend à se rompre,
Pour que s’accomplisse enfin l’estoc.

Il est mort, anéanti, sans dire
Qu'il l'aima,
Il marche doucement... vers le vide.
 
Il est mort de n’être jamais né,
Inutile
Chaînon du dantesque cauchemar.
 

14 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés 
 

 
L’autre mur de la honte

 
Il veut le boire et le manger,
Un paletot pour la nuit froide
Surtout, surtout ne rien changer,
Il marche au pas, fière escouade.
 
Petite tête et bras costaud,
Il sait le droit, sans peur ni haine,
Il hait la banque et l’aristo,
Ils ont forgé sa lourde chaine.
 
Chaque semaine il prend son tour,
Resto du cœur, espoir, attente,
Pointeur, râleur, vol sans retour,
On ne sent plus ce qui le hante.
 
Il vote un peu, coco, facho
Il ne voit plus et n’entend guère,
Entre la geôle et le cachot
Il tangue fort au chant vulgaire.
 
Il veut le boire et le manger,
Un paletot pour la nuit froide
Surtout, surtout ne rien changer,
Il marche au pas, fière escouade.
 
Le bel esprit, le bon format
Bien concocté par la lucarne
Sert le dessein, simple schéma
Qui gonfle d’air la pauvre carne.
 
Depuis longtemps, des érudits,
Sachant en tout et en culture
Classent les arts sans contredit
Et le talent et l’imposture.
 
Et la Sorbonne éteint l’amour,
Ôte l’envie ou le génie
Nous sert du fade et sans humour ;
Vous avez dit : schizophrénie ?
 
Il veut le boire et le manger,
Un paletot pour la nuit froide
Surtout, surtout ne rien changer,
Il marche au pas, fière escouade.
 
Ne rêve plus, rejoins ton port,
Nul ne n’attend, p'tit saltimbanque,
Sourd à tes mots, sourd au transport
L’inculte craint ce qui lui manque.
 
N'espère pas de ton élu,
Le coup d’éclat ou le courage,
Reste pour lui l’hurluberlu,
À ses moutons, il sert fourrage.
 
Passent les jours, passent les ans,
On se conforte et l’on s’enlise
Fleur au fusil, ton flamboyant ;
Il est grand temps que j’ironise.
 
Il veut le boire et le manger,
Un paletot pour la nuit froide
Surtout, surtout ne rien changer,
Il marche au pas, fière escouade.
 
10 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 




Dialogue de sourds


Est-il vain le combat des porteurs de culture ?
Pourquoi tenter encore et toujours
D’ouvrir une autre voie ?
Dis… Pourquoi ?
 
Laisse sombrer la populace,
La fange sied
Aux esprits creux, aux têtes vides
Laisse pourrir.
 
Ton rêve fou, cette chimère,
Un jeu pervers,
Il chante vague à l’âme morte
Efface-toi.
 
Quand tu relèves la lumière,
Tu crées le noir ;
Il ne sait pas ni même invente,
Il marche, suit.
 
Il mange, il dort et il procrée,
Il rit benêt
Devant le foot, jamais ne cherche,
Il a trouvé.
 
Il vit heureux, comblé de joie en sa pâture,
Il n’a que faire de tes beaux jours ;
Pour toi, il se fourvoie…
Reste coi.
 
9 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 


Décris-moi les bouffons !

Jeux Floraux d'Aunis & Saintonge 2016 
Prix Henri Mériot - 2ème prix

Anthologie 2016  Flammes Vives
Anthologie 2016 Poètes Classiques d'Aujourd'hui

Recueil "Le Jardin extraordinaire"  Mille Poètes en Méditerranée


 
C’est le réchauffement, on se prétend victime ;
Voyeur dubitatif, regard déconcertant,
Il devine demain, son droit est légitime,
Il faut vivre aujourd’hui, plus rien n’est important.
 
Il gaspille serein son ultime ressource
Sans doute ni souci, jaloux de son jardin
En bonne conscience il profane la source ;
Après lui le déluge, un méfait  anodin.
 
La nuit ressemble au jour, un voile de poussière
Enveloppe les toits ;  moteur pétaradant,
Des hordes d’engins fous (une mode outrancière)
Souillent d’un bruit sournois ; l’air va se dégradant.
 
De paisibles ruisseaux dévalent la colline
Ils emportent l’abri, dévastent la maison,
La peur et le chaos vainquent la discipline ;
L’invincible rempart s’incline sans raison.
 
On pleurait la forêt de vierge Amazonie
Détruite, saccagée,  on ne se morfond plus,
La banquise se perd et la belle harmonie...
Un souvenir lointain, on brade les surplus.
 
La plage a disparu, la falaise recule,
Les gisements d’or noir chaque jour plus profonds,
Le poison pour engrais, le monde qui spécule
Sur le grand soir fatal ; Décris-moi les bouffons !

8 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés
 


Je t’aime où l’on regarde

 
Tu t’aimais dans mes yeux,
Sans le doute perfide,
Tu voguais,
Indomptable et sereine,
Persuadée en moi de puiser tes émois,
Délice circonflexe.
 
S’attacher l’horizon,
Rompre le monotone,
Et agir…
Rêver la découverte,
Créer le champ des jeux où bascule le temps,
Exister, dire j’aime.
 
Le trajet cahoteux,
Les éclairs ou la pluie,
Et l’amer…
Quand le temps s’interroge,
Il questionne l’espoir, trace un autre chemin,
Et les regards divergent…
 
Il siégeait haut le ciel,
Par-delà les nuages,
Le vouloir,
Le dompter, le séduire,
C’est accepter d’abord qu’un mutuel désir
Exprime le partage.
 
                                                              4 mars 2016              
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

Tous droits réservés


Regarde devant nous…

 
Elle court le reflet, une flatteuse image
Qui conforte et qui plait, ignore le blâmant,
Un écho de princesse et de son fol amant
Sur leur terre promise où règne le roi mage.
 
Il fallait l’avertir du risque de dommage,
La vanité jamais ne chante l’infamant,
Le demain idyllique aux vertus diamant,
Un leurre, un artifice où se perd le ramage.
 
Quand l’obstination provoque le revers,
L’étroite certitude écrit tout à l’envers,
Et conduit le crédule en terre d’utopie.
 
Lorsqu’il lui révéla son farouche désir,
Regarder l’horizon, échanger son plaisir,
L’amour dit  il est tard pour changer la copie.
 
3 mars 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

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Moi, noble frêne, condamné, abandonné

Joutes poétiques de la francophonie
Les Rosati Arras

Rose d'Honneur

Prix Pierre Sebert 
(poésie classique régulière)

Je meurs dans le silence, oublié du passant,
Ma fin inexorable émeut-elle une amie ?
Je m’en vais doucement, le fait est agaçant,
Je plaide non coupable, où serait l’infamie ?
 
J’étais un roi jadis, un prince de nos bois,
Sous ma ramée à l’ombre, un nid à primevères,
Repaire d’ail sauvage ; entends-tu le hautbois
Qui disait l’air d’amour des précieux trouvères.
 
Au bord de la rivière et insensible au froid,
Tronc lisse effets nacrés, mon flamboyant feuillage
Protégeait les émois de l’instant maladroit
Où chacun se découvre en tendre babillage.
 
J’ai contemplé serein d’étranges soubresauts,
Quand la terre se fâche et soudain gronde et tremble,
Ma vertu protectrice amarre les vaisseaux ;
Le grand Poséidon aime qui lui ressemble.
 
Mes autres qualités : j’étais craint des serpents,
La sagesse m’habite et la voûte céleste
Un bien banal fardeau ; Je quitte mes arpents,
Ainsi tourne la vie et fuit mon sort funeste.
 
Au javelot d’Achille, il faudrait un substrat,
Un champignon banal flétrit toutes mes feuilles,
Gangrène ma ramure et je deviens castrat,
Privé de mes appas, broussin à chèvrefeuilles.
 
Vous qui ne pouviez pas et veniez me parler,
Demain vous chercherez ailleurs une audience,
Vous pleurerez alors, je ne veux pas hurler,
La morne indifférence a détruit ma vaillance.

 
1er mars 2016
Jo Cassen
"Chemins de traverse"
Tous droits réservés


Puis ils s’en sont allés,

 
Puis ils s’en sont allés,
D’un pas calme et serein, riches de leur envie,
Ils marcheraient longtemps sous les cieux étoilés,
Il restait à graver un espace de vie.
 
Parfois le temps vilain
Agace les amants et surtout les consterne,
Ils ne demandent rien et le jeu sibyllin
Des jaloux, des malsains sent le glauque et le terne.
 
Quoi que dira le sot,
Ils se sont résolus, taquins imperturbables,
À croiser par tous vents sur leur humble vaisseau,
Pour le plaisir des dieux en ignorant les diables.
 
Lorsque l’autre est absent,
Puisque le vide est vide, il faut lever le doute,
Ils savent avec zèle effacer l’oppressant
Et se moquer du trouble au chaud dans la redoute.
 
Souvent ils ont souri
D’oublier un détail, le truc un peu futile,
L’événement majeur qui laisserait marri
Le couple de façade à l’humeur infantile.
 
Si vous pensiez rejet,
Votre piteux souhait sent l’âcre félonie,
Il avorte et s’échoue, un banal hors sujet,
La romance d’amour respire en harmonie.
 
Puis ils s’en sont allés,
D’un pas calme et serein, riches de leur envie,
Ils marcheraient longtemps sous les cieux étoilés,
Il restait à graver un espace de vie.
 
24 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

Tous droits réservés


Une tendre caresse

 
Le courage me manque, il m’apparaît sournois,
Souvent il prend la fuite et je reste benoît,
Contrit mais rassuré tant la veille m’éreinte
Car j’éprouve confus le goût de ton minois ;
Pourquoi ôter l’espoir de la si douce étreinte ?
 
Le jour où tu m’aimas, ce jour-là je suis né,
Une aurore polaire et l’azur raffiné
Enchantèrent mes yeux et le cœur en émoi,
Je basculai serein loin du monde embruiné,
Au jardin de délice où flâne le surmoi.
 
Le voyage en splendide, étrange et fantastique,
Un passage inconnu qui exclut l’emphatique,
Quand les portes de bronze ouvrent vers l’horizon
La folle découverte, une étrange plastique,
Tu es une merveille, amour sans trahison ;
 
Tu te meus élégante et parfois l’air sauvage,
Dominante de charme, exerçant le ravage,
Le regard et le port chantent la volupté
Celle dont le désir ressemble à l’esclavage,
Celle que l’on côtoie où je suis accepté.
 
Pourrais-je dire ailleurs, pour l’autre l’ineptie,
Tous mes sens affolés, presqu’en catalepsie…
Quand tu daignes ma reine, assouvir ma ferveur,
 
Une tendre caresse, un ronron de Gypsie
Mon enfant, mon trésor, la sublime faveur.
 
24 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

Tous droits réservés



Devant tes yeux
 

Une fin dérisoire, une planète
Meurt ; Le passant
Sans émoi, la lunette
Aux yeux mi-clos dégoise la sornette.
 
Pour nos enfants, leur sourire
Une page, il faut écrire.
 
La banquise en chaos, craque et bouscule
Un océan
Comblé, raz majuscule ;
Et la faune s’éteint, le sort est ridicule.
 
Pour nos enfants, leur sourire
Une page, il faut écrire.
 
Le glacier des aïeux a perdu la froidure
Il pleure et fond ;
Joyeux champ de verdure,
Il gonfle le torrent, il saute la bordure.
 
Pour nos enfants, leur sourire
Une page, il faut écrire.
 
Le désert prompt prospère, et la  famine ;
Rien ne vit plus,
Pas même la vermine ;
Nouvel exode, on cherche sa chaumine.
 
Pour nos enfants, leur sourire
Une page, il faut écrire.
 
23 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés
 
 

Fable contemporaine

 
Il s’assoupit fourbu, dépité, mais sans rage; 
Depuis longtemps oisif, il avait quémandé
Le droit de subsister,  vivre regard bandé
Devenait un fardeau, presque même un outrage.
 
Il tutoyait l’enfer, objet du commérage,
L'ennemi qu'on abat, toujours vilipendé,
Obligé de plier, las d’être gourmandé,
Il s’éteignait confus et perdait le courage.
 
Pourtant il avait cru… Son ami dissident
Le moquait sans bonté, pour un choc, l’incident ;
Stoïque et plein d’humour, il plaisantait affable.
 
                      Le crédule souvent accorde son égard                          Trahi, cocu, content, le dindon de la fable
Aux promesses du guide, il croit, benêt hagard.

 
22 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

Tous droits réservés





L’Infernal illusoire

 
Il râle et crie et il s’insurge,
Frappe sa tête au vilain mur,
Etouffe un pleur, c’est bon, ça purge,
Un nez cassé, choc au fémur…
 
Ne souffre pas, mon doux, mon frère
Car rien ne sert de condamner ;
Un guide dit l’itinéraire,
Ouvre la trace et sans crâner.
 
Laisse le beau, l’inaccessible,
Ce que lui voit, le naufragé,
Un tunnel noir, chant Indicible ;
Il se meurt seul, clos grillagé.
 
Et tu voudrais pousser l’histoire
Sur des chemins d’humanité,
Offrir un ciel, l’échappatoire ;
Ose braver l’ambigüité.
 
L’autre toujours défend son monde,
L’espace joie où ses petiots
Vont s’épanouir loin de l’immonde,
Un paradis, jouez flûtiaux.
 
Ton haut combat : l’indifférence,
Le soin jaloux à travestir,
Le goût de l’autre et l’apparence,
Sans amertume ou repentir.
 
En ses travaux, le bel Hercule
Mit moins d’esprit et de grandeur ;
Ce qui t’échoit, fol Majuscule,
Une utopie, ou la splendeur.
 
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
18 février 2016
Tous droits réservés
 
 

Entends, entends, la médisance


 
Monte ton mur, petit maçon
Soigne le joint, de pierre ou brique,
De ton métier, vis l’onirique ;
Pour petit chef, sois canasson.
 
Façonne au four l’ample farine,
Pointe, pétris gentil mitron,
Ton concurrent crache citron,
De l’aube au soir, gâte narine.
 
Chante, déclame un fol tourment,
La ritournelle ou l’ivre fête
Si ton public te voit prophète
L’alter-égo critique et ment.
 
Conduis, débraye, en virtuose
Gagne ton raid, as-tu dompté
Les grands, les forts ! Désappointé ?
Le cher tocard en overdose.
 
Dans ton labeur au fil des jours,
Avec talent, envie et zèle
Tu peux charmer la demoiselle,
Lui crachera jaloux toujours.
 
Chantre poète qui délivre,
Déchire-toi, parle désir
rébellion ; Le bon plaisir
Du bel ami : salir pour vivre.
 
17 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés
 
 
 

Pierrot

recueil n° 6  
anthologie des poètes classiques d'aujourd'hui
 

Pleureras-tu la nuit, autant que j’ai pleuré,
Grifferas-tu ta peau, mordras-tu sans limite,
Tes doigts rouges de sang ; Te voudras-tu termite
Tapi dans un tunnel où tu vis apeuré ?
 
L’auras-tu comme moi, le goût du pain beurré,
De la tendre tartine… un rêve de marmite ;
Ou pour tromper cet œil, joueras-tu chattemite
L’indifférent solfège où le sort est leurré ?
 
Le vent a balayé les feuilles dans ma rue,
Quelques sillons ici, fils blancs nés en verrue,
Celle qui saute aux yeux  quand tu ne veux pas voir.
 
Mon glauque panthéon dort hanté de chimères,
De gargouilles de stuc, de reliques amères ;
L’enfant rit et se tait, qui pourrait l’émouvoir ?
 
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
17 février 2016
Tous droits réservés
 

 

A l’ombre des terrils
 


Je ne chanterai pas pourquoi la volupté,
Quand un malin frisson enjolive mon rêve,
Pourquoi cette clameur qui me revient sans trêve,
Pour évoquer ces lieux où rien n’est décrypté.
 
Mineurs et galibots ont souffert, accepté
Le labeur qui détruit et foin d’histoire brève,
Aux rives de l’Escaut, flâneur sur cette drève,
Je leur dois mille égards pour le tourment dompté.
 
Depuis Coron Jean Bart où naquit Cafougnette,
Jusqu’à Fosse Mathilde, aura sans castagnette,
Vous forçats inspirés, quel fut votre ressort ?
 
Si le Terril Renard dit la saga de l’homme,
Le mythe citadelle écrit la haute somme,
                   Jusqu’à Chabaud-Latour, le terroir vainc le sort.

12 février 2016
Jo Cassen
"Chemins de traverse"
Tous droits réservés
 

 

Une photo sur un piano

 
Pourquoi êtes vous, vous ?
De quelle diablerie
Souhaitez-vous encor
Conter l’historiette ?
 
Pourquoi êtes-vous, vous ?
Votre égo déraisonne,
Quel étrange surmoi,
Effacez l’inutile !
 
Pourquoi êtes-vous, vous ?
Une panne de chance,
Un concours de hasards,
Le fruit de l’hérésie ?
 
Pourquoi êtes-vous, vous ?
On croyait vous connaître,
Fantoche trublion
Egaré chez les hommes.
 
Pourquoi êtes-vous, vous ?
Recherchez-vous la chance,
L’amour ou l’amitié,
Une reconnaissance ?
 
Je ne suis que remords,
Vent de folle amertume,
De n’avoir pas osé,
Balayer l’insolence.
 
Je ne suis que la mort,
Passagère étonnée
La nuit dans ma soupente
Je chante vos regrets.
 
Je suis sur le piano,
Une photo jaunie,
Un espace habité
De fantômes perplexes.
 
Je suis sur le piano,
Relique démodée,
Vous passez sans me voir,
Pourquoi faut-il qu’on s’aime ?
 
 
11 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »

Tous droits réservés


Fantômes en cohorte
(Rondeau)



 
Nuit cauchemar ou nuit terrible,
Réalité, paranormal,
Songe symbole et animal ;
Quand se confond, loin du visible,
Le vrai, le faux, surtout l’horrible ;
Ecoute-toi.
 
Libère toi de l’inaudible,
L’attrape-rêve au cri primal
Chante le trouble baptismal,
Ne cherche pas le fait tangible ;
Ecoute-toi.
 
10 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 



La nostalgie de Guillotin

 
Il pleura,
 
En silence, caché, loin des regards hostiles,
La honte aux joues pourprées
Il s’évanouit lointain lassé de ce ravage.
 
Eux clamaient,
 
-« Sous les pavés la plage !»,-«  haro sur le tyran !»,
(L’Odéon sous la merde),
-« Révoltez-vous ! »- A bas… ! »« Tous au quartier latin !» :
 
Du cerf le brame,
 
-« Baisez-vous ! », Tous en rut, mélangeaient les fluides,
Sniffaient le cannabis
Et s’explosaient repus, engrossaient l’égérie...
 
Lui, tenait,
 
Statue du commandeur qui vacille et qui gronde,
Loin des espoirs banals,
Une certaine idée, agir en homme libre…
 
Il est mort.
 
Tout s’efface et s’oublie, un cortège se farde
De mensongers exploits ;
Bouffons et Rastignacs ont envahi le poste.
 
Nuit et brouillard.

Hier des révoltés, aujourd’hui As de triche,
Spoliation et dol,
Je t’offre l’artifice, apprécie la déroute !
 
Décadence…
 
En vain cherchez le tort et qui serait le lâche,
L’indifférent fautif,
Saule pleureur un peu plié… qu’il vous ressemble.
 
Carnaval,
 
Des singes grimaçants ou des guignols d’estrade,
Naguère ils vomissaient,
Ils infectent le monde et pour vous ils paradent.
 
Ré-vo-lu-tion !
 
Ôtez la violence, Inventez votre histoire,
Du singe l’on descend,
Imitez, souri-ez, taisez le sombre doute.
 
Guillotin
 
Fit son œuvre, universelle œuvre de coupe ;
Pour engraisser le porc
Serrez votre ceinture et fermez votre gueule !
 
Il pleura,
 
En silence, caché, loin des regards hostiles,
La honte aux joues pourprées
Il s’évanouit lointain lassé de ce ravage.
 
9 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 





L’époustouflant périple
 du banal ordinaire


Joutes poétiques de la francophonie 2016
Les Rosati d'Arras

ROSE D'HONNEUR

(Prix Henri Caudron - poésie libérée) 

 
Il se prit du besoin de changer le décor,
Extravagant challenge ;
Qui voudrait satisfaire à l’effort opportun,
Pourquoi cette folie ?
 
Hypocrites flatteurs
Tôt fait, formèrent ronde.
 
Il se trompait pourtant, sur la cause et le fond,
Le grand vent est un leurre ;
Le désordre du temps, un mirage pour sots,
Des lâches, belle excuse.
 
Il est vain le combat
Pour qu’un esprit s’éveille.
 
Quiconque du hasard a reçu son pouvoir,
Avec féroce zèle,
Défend son pré carré tel un haut justicier,
Il précède les ordres.
 
Et la ville se meurt
En froide indifférence.
 
Depuis longtemps déjà, soucieux de son bon droit,
Celui que tout assiste
Ajuste ses désirs au rythme des secours ;
Une voix, un silence.
 
La révolte d’antan
A déserté les âmes.
 
Ces peuples primitifs ont besoin de sang frais
On offre en holocauste
Un traître, un sapajou ; Que le sort est fécond
Pour chasser le remugle.
 
La norme du benêt
Le néant des consciences.
 
Une cour de gredins adoube ses vassaux,
Ils porteront le glaive
Et fermeront les yeux ; On peut être féal
Sans se prétendre un âne.
 
Si vous n’êtes seigneur,
Causez fort en silence !
 
La nature toujours adapte ses moyens,
Le prédateur promène
Dans le faisceau des spots de fades courtisans,
Avides parasites.
 
Et chacun se convainc
De la fatalité...
 
Un tourbillon suprême, inique volupté,
Promesse des augures,
Le fol chambardement d’où nait le renouveau…
Et s’enfuit la colère.
 
Esquiver le conflit ?
Se pavaner, forfaire ?
 
Il se prit du besoin de changer le décor,
Extravagant challenge ;
Qui voudrait satisfaire à l’effort opportun,
Pourquoi cette folie ?
 
 
8 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse»

Tous droits réservés 




Le dindon


Pour sourire ou pleurer, se répandre en foutaises
Chatoyer cent benêts avides d’irréel,
Promettre le grand soir, savourer le mensonge
Sur une pirouette, esquiver le fâcheux.
 
Après le bras la tête,
Un pas suivant un pas,
Dans le gouffre s’enfonce,
Le quidam hébété.
 
Oubliez le confort des douces certitudes,
Le miracle promis connait quelque retard,
Redoublez vos efforts et taisez vos alarmes,
Je suis votre prophète, avatar méconnu.
 
Ô dindon de la farce,
Je vous trouve bel air,
J’aime en vous le crédule
La naïve candeur.
 
Je sais votre intérêt, souffrez que je contemple
Ce qu’il appartiendra de dénouer au temps,
Epoussetez hardi mon image souillée,
Et demain comme hier, plébiscitez mon sort.
 
Le vent des feuilles mortes
Charrie moins de déchets,
Rien ne sert d’être juste
Il faut juste gloser…
 
Vous le saviez pourtant, Ô vilain garnement.
 
5 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 
Après l’orage

  
Des yeux se sont noyés dans son regard perdu,
Magique bref instant, l’aube d’un cataclysme,
L’esprit las se dérobe, il cherche un symbolisme
A cette intrusion qui le laisse éperdu.
 
Il comprendra bientôt l’enjeu du piège ardu,
Pour dénouer les fils, saisir tout le simplisme
De la farce maligne, et sans triomphalisme,
Il répondra sans haine au leste coup tordu.
 
Quand la raison défaille, une sage prudence
S’éloigne à pas feutrés tant plane l’évidence
De malice coquine avide d’excès fous.
 
Les flammes du désir surfent sur le fantasme,
Dans un sursaut d’orgueil, sans cure de safous
L’anxiété guérie, il reste le sarcasme.
 
2 février 2016
Jo Cassen
Chemins de traverse

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La nostalgie de Guillotin

Azertip
 
Il pleura,
 
En silence, caché, loin des regards hostiles,
La honte aux joues pourprées
Il s’évanouit lointain lassé de ce ravage.
 
Eux clamaient,
 
-« Sous les pavés la plage !»,-«  haro sur le tyran !»,
(L’Odéon sous la merde),
-« Révoltez-vous ! »- A bas… ! »« Tous au quartier latin !» :
 
Du cerf le brame,
 
-« Baisez-vous ! », Tous en rut, mélangeaient les fluides,
Sniffaient le cannabis
Et s’explosaient repus, engrossaient l’égérie...
 
Lui, tenait,
 
Statue du commandeur qui vacille et qui gronde,
Loin des espoirs banals,
Une certaine idée, agir en homme libre…
 
Il est mort.
 
Tout s’efface et s’oublie, un cortège se farde
De mensongers exploits ;
Rastignacs et bouffons ont envahi le poste.
 
Nuit et brouillard.
Hier des révoltés, aujourd’hui As de triche,
Spoliation et dol,
Je t’offre l’artifice, apprécie la déroute !
 
Décadence…
 
En vain cherchez le tort et qui serait le lâche,
L’indifférent fautif,
Saule pleureur un peu plié… qu’il vous ressemble.
 
Carnaval,
 
Des singes grimaçants ou des guignols d’estrade,
Naguère ils vomissaient,
Ils infectent le monde et pour vous ils paradent.
 
Ré-vo-lu-tion !
 
Ôtez la violence, Inventez votre histoire,
Du singe l’on descend,
Imitez, souri-ez, taisez le sombre doute.
 
Guillotin
 
Fit son œuvre, universelle œuvre de coupe ;
Pour engraisser le porc
Serrez votre ceinture et fermez votre gueule !
 
Il pleura,
 
En silence, caché, loin des regards hostiles,
La honte aux joues pourprées
Il s’évanouit lointain lassé de ce ravage.
 
9 février 2016
Jo Cassen
« Chemins de traverse »
Tous droits réservés

 




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