JO CASSEN - Ecrivain, théâtre et poésie

Ô Muse


La pureté de la page blanche,
Le silence et le rien, froid, béant,
Le sublime doute en avalanche…
Il se confronte seul au néant.
 
Sa muse est en vacance, elle rêve ;
D’inutiles émois ont éteint
La flamme du sensible, une trêve,
Rite contemplatif, tibétain.
 
Interroge le ciel, solitude,
Amertume et détresse, un désert
De l’esprit ou pointe l’hébétude ;
Floué, triste nuit du feu disert.
 
Serait-ce sortilège, un sésame
Enchanteur ? Un vulgaire flacon…
Il porte cent vertus, mille charmes,
Un élixir, un piège à tacon.
 
Pourtant, l’odieuse frénésie
A bousculé l’attente, enivré,
Exalté… Vrai chasse parésie,
Délire du poète navré.
 
Chaque soir il se meurt, ressuscite
Et s’enflamme, il griffonne ses mots,
Ses désirs ou ses peurs, explicite
Il se livre et apaise ses maux.
 
12/11/2015
Jo CASSEN
« Derniers poèmes »

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Une dame

(à Aung San Suu kyi)


 
Dame qui court vers la lumière
Au risque de trancher le fil,
Beauté de face ou de profil,
Tu as rompu la muselière.
 
Dame d’audace et de combat,
Tes pas de brave osent la vie,
Forcent l’espoir, dopent l’envie,
L’affrontement du grand sabbat.
 
Dame d’Amour, ton verbe juste,
Tes mots choisis et de respect,
Dans un remous de goût suspect,
Guident les nains qui rêvent fruste.
 
Dame d’honneur et de pardon,
Trace ta route, écris l’histoire,
Gomme l’obscur confiscatoire
Déjà résonne le bourdon.
 
11 novembre 2015
Jo Cassen
« Derniers Poèmes »

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Bienvenue au cercle.




Il avait cru naïf qu’il pourrait exister,
Croiser quelques talents au caractère libre,
Échanger ou débattre et trouver l’équilibre ;
Un vigilant acteur et non plus, assister.
 
Il ouvrit son désir de ne pas protester,
De soutenir l’élan, de démontrer sa fibre,
Sans quelque vain orgueil, juste avoir le calibre ;
Il rencontra  des sourds, fervents à détester.
 
Parfois ce petit monde à la dent hypocrite
Se targue volontiers d’un talent émérite
Que le cénacle mou décore de lauriers.
 
Vaincu par l’artifice, il se referme et pleure,
Il voulait tout donner, ils vivent usuriers ;
Un carnaval hideux affligeant qui l’écoeure.
 
10/11/2015
Jo Cassen
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Sans haine


Le poète se meurt,
Il a bu le calice,
Méprisé, oublié,
Ivre d’éthers magiques.
 
L’auteur existe-t-il ?
Hurluberlu tragique,
Il traverse le temps,
Et ouvre quelques portes…
 
Esclave du public,
Décrié mais lucide,
Il s’efface déjà
Il vous laisse le vide.
 
6 novembre 2015
Jo Cassen
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Vivre  (sans haine -N-)

 
Parce qu’il faut y croire,
A l’autre jour meilleur ;
Se forcer et se battre,
S’obliger à aimer.
 
Pour le rire et la joie,
La paix sous le soleil,
Que chaque homme t’embrasse
                                       Tel l’amour de sa vie.
 
Oublier tout l’obscur,
Les plus maudits oracles,
Les fards de Belzébuth
Effrois d’apocalypse.
 
4 novembre 2015
Jo Cassen
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Vivre (sans haine -N-)



Il faut y croire
Au jour meilleur
Lutter, se battre,
Vivre, aimer.
 
                                 Le rire est joie                                 
Sous le soleil
L’homme t’embrasse
Amour et Vie.
 
Chasse l’obscur,
Maudis l’oracle ;
Viles tortures
D’apocalypse.
 
4 novembre 2015
Jo Cassen
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La nuit du saint bidule

Anthologie Flammes Vives 2016

 
Vampires et lutins, sorcières d’au-delà,
Du vivant à la mort, étranges passerelles
Vers l’obscur inconnu rythmé vuvuzela,
C’est l’infernal ballet d’ombres surnaturelles.
 
Le vertige hideux brûle de mille feux,
Lanternes et lampions, fols masques de l’horrible,
Le mélange d’encens et d’effluves suiffeux
Cristallisent l’effroi car soufflent le terrible.
 
Le vieillard et la fée au chaudron crépitant
Accompagnent l’enfant au talent intrépide,
Une larme a souillé le visage hésitant,
Le dantesque moment bouscule l’insipide.
 
Revenants en linceul et témoins fascinés
Exaltent le désir du jeune esprit crédule,
Et comme mille aïeux pantois hallucinés,
Sa nuit du grand Samhain sera sacré bidule.
 
27/10/2015
Jo Cassen
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Sous la  lune complice

Joutes poétiques de la francophonie 2016

Les ROSATI  d'ARRAS

ROSE D'HONNEUR

(Prix Maurice d'Hartoy-Sonnet régulier)



 
Dans la nuit la plus sombre, à tâtons il progresse,
Une main malhabile ouvre l’essentiel
Découvrir le sentier, cher, providentiel,
Ce lieu tant désiré de l’âme pécheresse.
 
Chaque pas émouvant enflamme la caresse,
L’infime soubresaut tait l'artificiel
Pour graver à jamais le confidentiel,
Cette étreinte onirique où culmine l’ivresse.
 
La lune ou le soleil dira le tourbillon
Au petit matin blanc, lorsque le papillon
Renaît éblouissant hors de sa chrysalide.
 
Si vous parlez de crime, amis et pourfendeurs,
Je vous objecterai la discrète éphélide
Révélée en passant parmi d’autres splendeurs.
 
25/10/2015
Jo Cassen
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Une lanterne pour L’Elysée



La crainte de l’ailleurs, le bond dans le mystère
Interpelle souvent, même le cartésien,
Et se farde la peur au feu dionysien
Pour apaiser l’angoisse aux portes du cratère.
 
Pourtant la féerie a séduit l’être obtus,
La lanterne magique aux larmes pétillantes
Connaît du grand secret les grâces sémillantes
Et de l’imbroglio, les ressorts impromptus.
 
La  hantise du vide ou la barque de verre,
L’enjeu fort inégal ; le passage inconnu,
L’occidentale mer : cherchez le saugrenu !
L’opulence et la paix, pas de sombre calvaire.
 
Des arbres fabuleux aux branchages d’argent
Le chant des pommes d’or, l’hydromel qui s’écoule
Tel le vin des ruisseaux… L’Elyséen roucoule,
La céleste langueur : l’âme ignore l’urgent.
 
23/10/2015
Jo Cassen
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L’autre porte


Seul dans le lourd silence, enveloppé de nuit,
Les yeux cherchent la voie, affrontent le sinistre,
Il se doit d’avancer, de maîtriser l’ennui,
Il dresse le front haut, sans parade de cuistre.
 
La campagne alentour vibre d’étranges chants
Au monde de l’obscur où dansent les rapaces,
La maligne rainette inonde monts et champs,
Une agreste magie ensorcèle l’espace.
 
Sous le masque livide, et couverte de noir,
La frêle silhouette, (un chat lui fait escorte),
Avance d’un pas sûr et m’invite au manoir,
À la main une rave où flamboie une porte.
 
La flamme qui scintille aux yeux de l’autre esprit,
Ouvre sur l’inconnu quand l’interdit s’amuse,
Et le fantoche serve au royaume incompris
Pour l’ultime sabbat flatte la cornemuse.
 
22/10/2015
Jo Cassen
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Le manège enchanté



A quoi sert de pleurer,
de se laisser sombrer en pauvres jérémiades ?
L’homme est le fossoyeur,
Le prédateur suprême,
Il décide de tout sans jamais mesurer ;
Pour cacher son néant, il se nourrit de vide.
 
A quoi sert de lutter,
de jouer à pile ou face, la mort ou la débâcle ?
Pourquoi ce vil déni
de l’absurde logique où s’engouffre le monde ?
Pour qui tout le profit
de la vaste foutaise ?
 
L’agneau de quelque dieu demeure la proie du loup,
sa juste nourriture ;
Foule surnuméraire, l’agneau se reproduit ;
Le grand régulateur expurge l’inutile,
sage contribution
au nouvel équilibre…
 
Et le fol épargné, incrédule inconscient,
se convainc sans manière
de sa haute stature et du noble dessein ;
Il était donc l’élu, il rejoint le cénacle
des branquignols
d’estrade.
 
Que tourne le manège, il enchante les sots,
Le nombril est bien là, souffrez que l'on s'esclaffe :
-« Il faut bien l’avouer,
C’est aussi votre faute,
Jouissez tant qu’il vous sied. »
Le cocu bienheureux arbore le sourire.
 
18/09/2015
Jo Cassen
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Toi qui pansas les plaies et les bosses aussi



Bien sûr à la grand’ ville,
En ma prime jeunesse, arpentant les trottoirs,
Je croisais des visages
Et le regard hostile à chaque carrefour ;
Je tutoyais le vide.
 
Chaque fois plus lointain,
Un intrus dans ce monde, étron anachronique,
Je devais à l’envie
Opposer le refus de l’impossible espoir ;
Et tout au plus, survivre.
 
L’opaque de la nuit,
Loin des galimatias du quotidien médiocre,
Efface le sournois
Qui laisse belle part aux trémolos des lâches ;
Ainsi nait le rebelle.
 
J’ai haî ce haut mur,
Je voulus le détruire, oser la guerre sainte,
(Un concept galvaudé)
Ecrire avec mon sang le roman homérique ;
La jeunesse est naïve.
 
Pour ton juste combat,
Tu  vis  roi de l’arène et les vaincus s’écroulent ;
Où sont les résistants ?
Le vent les a soufflés, ils n’étaient que des leurres…
Ce grand cirque est pervers.
 
Gente marionnette
Tu le descendis bien l’utopique escalier,
Le chef d’œuvre du maître
Tu croisas bien le fer, tu vainquis sans effroi ;
Pourquoi cette amertume ?
 
D’on ne sait où surgie, une fée prend sa part,
Une main dans la tienne, elle efface et apaise.
 
16/09/2015
Jo Cassen
« Derniers Poèmes »

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Dit d’hier aujourd’hui

 
Il faillit quelquefois sombrer dans l’inconnu,
Attisant le brasier exacerbant la lymphe,
Ivre de cents désirs, ébloui par la nymphe,
Il flattait le tourment du rêve saugrenu.
 
A trop se délecter de pulsions interdites,
De faux philtres d’amour, authentiques poisons,
A tutoyer l’effroi qui jette en pâmoisons,
Il avançait gaillard vers des passes maudites.
 
Etait-il un bouffon, un prédateur, un loup,
Ou bien cette nubile à la moue anodine,
Jouait-elle mutin pour masquer gourgandine,
Engloutir le benêt jusqu’au tréfonds du cloup ?
 
Le saura-t-on un jour, ou faudra-t-il- les larmes,
Souffrances et remords pour ôter le regret ;
Que s’estompe à jamais le souvenir aigret
De la vierge opaline aux affriolants charmes ?
 
Le temps inexorable égrène chapelet,
Passent les nuits, les jours, fuit l’icône éthérée,
L’escorte des zombis déserte libérée
L’esprit que rien ne hante à l’ultime couplet.
 
Vous qui la découvrez en écoutant ma lyre,
Savourez ce délice ainsi qu’il savoura,
Vivez le fol dessein dont il s’énamoura,
Sous les traits adorés où souffle le délire.
 
Vous qui l’avez connue, intrépide coquine,
Muse de chaque nuit où s’égarait l’amant,
Tout désir au plaisir, clinquant ou diamant,
Dîtes sa pureté sans malice mesquine.
 
13/09/2015
« Derniers Poèmes »
Jo Cassen

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Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Jadis...
On ne possède pas partout un jadis dont médire…
Des terres dites vierges ont gommé le passé,
Les tueries de conquête,
Les holocaustes aussi
Engloutis à jamais désertent la mémoire;
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Jadis…
Ils sont rares et précieux les issus de vestiges…
Ils portent mille maux,
Les fautes de naguère,
Les crimes des aïeux,
Le déshonneur des pères…
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Maintenant,
Le temps dicte sa loi et prescrit le mélange,
Le paradis promis serait notre jardin ;
La mort à chaque pas, le désespoir au ventre,
Le lot du fugitif qui chercherait la paix ;
Le sort qui balbutie…
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Maintenant,
Oubliant ses émois, sa peur et sa misère,
Chacun tend cette main qui ouvre une autre voix,
Le réticent perplexe n’ose plus et se masque ;
La roue dira un jour la raison et les torts,
L’heure est au grand silence…
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Demain…
Je t’offre ce manteau, un lit et la baguette,
Je rogne mon budget déjà peau de chagrin,
L’espoir d’un nouveau job est devenu un leurre,
L’avenir s’assombrit et le courage fond,
L’école n’apprend plus, elle occupe le vide…
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
Demain,
Le décor a changé, comme la vieille église,
On l’appelle autrement et la foule prospère,
Les femmes sont voilées et se baignent à part,
Aux heures des offices, une voix nous appelle…
Silence dans les rangs…
Ainsi l’histoire s’écrit.
 
13/09/2015
« Derniers poèmes »
Jo Cassen
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Maelström


Elle chanta,
Quel est ce songe étrange ?
Un voile de douceur,
L’épure…
 
Il entendit,
Le vide et le silence,
Vacarme sidéral,
Trompettes.
 
Où sont les revenants,
Pourquoi fermer la bière ?
Accepte le présent,
Tantale !
 
Un mur, et puis un mur
Dans le tourbillon glauque,
S’épuise le futur,
Dérive.
 
Une nuit,
L’esprit lubrique,
Batifole malin,
Pute…
 
Et s’enfuit
L’image floue,
La fête bat son plein,
Rêve.
 
Demain
Le printemps rit, bourgeonne.
 
Rature,
Tout le vain, je te donne.
 
 
13 août 2015
Jo Cassen
« Derniers poèmes »
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Dit de la ferme Pamart

 
Il était une fois,
Entre bois et mosquée,
Un petit bâtiment
Chaleureux et rustique.
 
L’occupant de ces lieux,
Lassé du faible espace,
Spartiate, exigu,
Elit noble contrée.
 
Depuis toujours ici,
Les forts bras de la ville
Quittent la rue des Sars
Chère à dame Rosette.
 
Depuis longtemps déjà,
Par écrit et supplique,
Cet endroit de désir
Vivait en notre attente.
 
Un théâtre-studio,
Pour dire et contredire,
Comprendre son pays,
Et sa riche culture.
 
Pour les grands exigeants,
Une simple ouverture ;
Pour petits curieux,
Une première chance.
 
Mais le rêve se meurt,
Règne démagogie,
Haro sur le baudet
Soufflons triste étincelle.
 
Il fallait bien choisir,
Rehausser le niveau,
Valider le travail
Ou flatter populace…
 
Il était une fois,
Entre bois et mosquée
A la table du cœur
Gratis est la becquée.
 
13 août 2015
Jo Cassen
« Derniers Poèmes »

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Te souvient-il ?

 
Chaque nuit il s’enfièvre au jeu de découverte,
Craintif de s’avouer quelque sous-entendu,
Pressé de s’étourdir corps nu dans l’herbe verte,
Il oubliait l’écoute et l’air inattendu.
 
Quand il posa le pied, ou la main plutôt dire,
Sur cette terre vierge au précieux sillon,
La belle effarouchée eut le cri sans maudire,
Et dansa plein d’entrain tel un gai papillon.
 
La légende s’écrit légère, désinvolte,
La quête d’idéal au détour du chemin,
Hier l’histoire tendre, aujourd’hui la révolte,
La fable du naïf couchée au parchemin.
 
Le glorieux bouffon bleu des yeux de Chimène
A séduit le mirage, exacerbé l’émoi,
Il parade héros, un fol énergumène,
Avaleur de pois gris qui taquine surmoi.
 
Souvent un esprit simple accepte l’utopique,
Il voit le cristallin au glauque marigot,
Et la danse du paon éteint la philippique,
Discours amer banal du fade mendigot.
 
Ainsi pour un désir, un attrait ridicule,
Il veut tout exploser à perdre la raison,
Tétanisé pantois, juché sur l’édicule,
Sauter s’évanouir dessous la frondaison.
 
Il fut ce phénomène   un tantinet débile,
Galant de l’anémone au venin délicat,
Qui sur sa peau marquait à l’encre indélébile,
La trace de la mort, ultime reliquat.
 
 
11 août 2015
Jo Cassen
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                                              L'Être et le Néant

 

Il n’a pas cette envie,
Ce besoin d’un accord,
Qui le remette en vie ;
Illusoire raccord.
 
Il se meurt l’inutile,
Ivre, gavé, repu,
Il laisse le futile
Au vide corrompu.
 
Il aima l’impossible,
Vertige et absolu,
Il s‘éloigne impassible,
Loin du feu dissolu.
 
Du regard, de l’étreinte,
Peut-être restera
Une trop pâle empreinte,
Vulgaire queue-de-rat.
 
8 août 2015
Jo Cassen
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Hier
 

Elle étonnait chacun, compliment à deux sous,
Les yeux tout pleins de pleurs, irradiant liesse,
Dans la lueur des spots, un flot de gentillesse,
Moment surnaturel qui chasse les dessous.
 
A sa main sur un mot, pour inventer le monde,
Se jouait des écueils, des embûches sans nom,
Elle riait du vain, et acceptait le non,
Pour l’espoir d’un ailleurs où s’estompe l’immonde.
 
Rien n’est plus enivrant que l’étrange festin,
Où tu le conviais à partager complice
Le rite du moment, le parfum du délice,
Oublier son état de passeur clandestin.
 
Il doutera pourtant du bonheur minuscule
Tant le poids du silence a recouvert le bruit
Des rires et clameurs asséchés comme un fruit
Aux étals des marchés dans le froid crépuscule.
 
L’innocence perverse élide l’essentiel,
Certaine de son fait, elle flotte mutine,
Et se targue d’exploits, caprice de gamine,
Mais se perd à jamais au pied de l’arc-en-ciel.
 
Au revoir jeune folle, arpente tôt ta route,
Tu ne recevras rien que tu n’auras tenté,
Ose forcer l’audace et le palais  hanté,
Du grimoire s’enfuit l’alibi de déroute.
 
8 août 2015
Jo Cassen
« Derniers Poèmes »
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Le cri de la chasse d’eau


J’étouffe un pleur dans la nuit noire,
Je souriais, il se fait tard,
Abandonné tel un bâtard,
Je glisse sur la patinoire.
 
Bonjour, bonsoir luth enfantin,
Tu peux toujours tendre l’oreille
Tu resteras la sans-pareille,
Parfois sinistre ou lamantin.
 
Je suis balourd, clame fadaise
Je hurle et crie et je m’en vais
Lassé de tout, pâle navet ;
Morne ballade, une irlandaise.
 
Et l’on se gausse éperdument,
De ces grands airs, la pauvre mine
Que tu prenais folle gamine
Pour me toiser incongrûment.
 
Tu chanteras, un jour ou l’autre,
Tu te riras de ce benêt,
Qui se dessèche, un vrai genêt,
Il s’était pris pour un apôtre.
 
Le temps s’enfuit, le tien aussi,
Le mien est feu qui dort en terre,
Sous quelque abri, fade cratère,
Un souvenir mal dégrossi.
 
6 août 2015
Jo Cassen
« Derniers poèmes »

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Il se prenait pour Antigone

 
Le chenapan fripon jouait au polisson,
Un goût pour l’interdit ou pour la découverte,
Une porte fermée aussitôt entr’ouverte,
L’attrait de l’inconnu qui donne le frisson.
 
Le rebelle toujours rejette l’unisson,
L’herbe de son voisin que l’on prétend plus verte,
La révélation d’un voile recouverte,
La pudeur démasquée à l’abri d’un buisson.
 
Sans chercher il festoie au banquet de gorgone,
S’initie à cent jeux, se prend pour Antigone
Et se réveille seul, épuisé par l’effort.
 
Sous le regard narquois, il devine harpie,
La blessure et le sang, il quête le renfort,
Pour l’ultime duel qui le laisse charpie.
 
5 août 2015
Jo Cassen
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Mon p’tit quinquin


Toi qui recherche un petit coin,
Pour vivre heureux, avec famille
Pour un euro,  viens à Tourcoing
Un vrai bonheur sous  la charmille.
 
Tu l’aimeras mon rabicoin,
Et le thé-vert sans camomille,
Tous les you-yous et pas coin-coin,
On se croirait à Vintimille.
 
Toi qui voulais, le truc local,
Vivre poisson dans son bocal
Dans mon recoin, viens je t’invite.
 
Que tu sois blond, même rouquin,
Un p’tit loubard que l’autre évite,
Viens dans min coin, mon p’tit Quinquin.
 
6 août 2015
Jo  Cassen
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Le petit bois joli

 
Réfrénez cet orgueil, ce regard impoli
Vous cause cent soucis, préférez donc sourire,
Echanger le frisson, car je puis le prescrire,
Lorsque tendez la main, le mal est aboli.
 
Au bord de ce ruisseau, le petit bois joli
Découvrons sans pudeur le tourment à décrire,
Effacez la rancœur, il vous la faut proscrire,
Pour qu’éclate la joie et gomme malpoli.
 
Le sentier cahoteux ouvre la bonne voie,
Passons le saut du loup, la grille à claire-voie
Ouvre la plénitude, offrons nous le plaisir.
 
Demain s’habille gai, mille bourgeons éclosent,
La nature s’invente et chante le désir,
Pourtant à l’habitude, alentour ânes glosent.
 
5 août 2015
Jo Cassen
« Derniers poèmes »

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Le maléfice

 
L’écornifleur toujours, odieux cancrelat,
Parasite vos jours sans marquer lassitude,
Discret il se complait mais avec promptitude,
A concocter pour vous le sordide entrelacs.
 
L’apparence du dol évoque l’au-delà,
Pourtant il n’en est rien, recouvrez certitude,
Vous n’êtes qu’un jouet, enjeu de turpitude,
Pantin de pacotille, étourdi, jusque-là !
 
Vous pouvez accepter, plier genoux, échine,
Vous exposer vaincu, broyé par la machine,
Vous morfondre à mourir tel benêt asservi ;
 
Nul ne devient héros sans quelque sacrifice,
D’abord ouvrir les yeux, affronter le nervi
A la vie à la mort pour ôter maléfice.
 
5 août 2015
Jo Cassen
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Chronique du temps jadis


Il n’osait plus marcher dans les rues de la ville,
Les yeux toujours baissés, il glissait étranger,
Un fragile arbrisseau rêvant d’être oranger
Devenu le zombi plein d’humeur incivile.
 
Naguère ici parfois se jouait vaudeville,
Le godillot inculte ignorait le danger ;
Soucieux simplement du boire et du manger ;
Aujourd’hui le village a l’accent  bidonville.
 
Le voyageur lointain découvrant ce terroir,
Se fige consterné par l’indigne mouroir,
Cherche désappointé quelque rare vestige.
 
La conquête sans arme a livré le filon,
Les témoins font silence, un étrange vertige ;
Sous le voile l’obscur a tout mis au pilon.
 
4 août 2015
Jo Cassen
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Idyllique transport

 
Nous avons tout l’hier projeté des demains,
Presque écrit le roman, séduits du préambule,
Un trait alléchant l’autre, état de somnambule,
Une dive cantate enivrante à deux mains.
 
Il est doux d’avancer sans peur des lendemains,
De frissonner joyeux sur un fil funambule,
Pour révéler gaillard l’antre du noctambule
Où s’accomplissent crus les rites des humains.
 
Jamais ne succomber à quelque lassitude,
Une histoire rêvée exige certitude
Et ton rire d’extase appelle un autre chant.
 
Une perle rubis irise ta blessure,
Tu rayonnes mystère, un cadeau du couchant,
Créateur ébloui je toise la censure.
 
3 août 2015
Jo Cassen
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Spleen

 
Un aède a glissé dans la mélancolie
Il a gommé les mots qui parlaient de l’amour,
Eteint la faible flamme et fuit le trait d’humour,
Il ne se souvient plus de la page jolie.
 
Il vécut un avant, juste avant la folie,
Des rires et des cris, des chants et du glamour,
Il lui reste l’oubli, le scotch, le Saint-Amour
Et l’espoir odieux d’une belle embolie.
 
Quand la brume tenace obscurcit le regard,
Le philtre merveilleux flatte l’esprit hagard
Décore de grand bleu le rouge de révolte.
 
Efface l’inutile et contiens ton effroi,
Il hurle dans la nuit, le taon est désinvolte
Qui ne mérite rien à l’ombre du beffroi.
 
1 août 2015
Jo Cassen
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Don Quichotte

(tableau d'Honoré Daumier)

 
Perché sur une étoile, il brûle de courage,
Se berce d’illusions, conçoit le rêve bleu
Harnache Rossinante et lance « sacrebleu » ;
Don Quichotte en partance, en chasse de mirage.
 
Ils sont toujours ailleurs les moulins de parage,
Ils défient l’air hautain, n’entendent rien parbleu,
Se targuent de savoir, de vivre cordon-bleu ;
Une mièvre utopie où s’épuise la rage.
 
A combattre chimère, à clamer plaidoyer,
Il a perdu la trace et son humble foyer,
Et s’engonce flétri, la morne solitude.
 
Ce fameux idéal, cherché, prié, chéri
Ne le vois pas chez l’autre enflé d’ingratitude,
Il vit sur ton épaule, en amoureux guéri.
 
30 juillet 2015
Jo Cassen
« Derniers poèmes »
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Il

 
Il voit,
Ce petit truc étrange,
Au regard pétillant, au geste échevelé,
Qui s’agite et s’esclaffe,
Un bourgeon étonnant,
Caché derrière un rire
Et des jeux enfantins.
 
Il peut,
Il croit, il imagine,
La course sur la dune et le roulé-boulé,
Le créateur ardent soulignant chaque forme,
Une muse alanguie ou l’omble qui s’endort,
Puis le vent aux cheveux que rien jamais n’essouffle…
Et ce vide habité de mille chants d’oiseaux.
 
Il aime,
Ce rêve de gamin où s’enflamme son cœur,
La douce moue espiègle,
Le pas léger qui flotte et ce futur dessein,
De courbes qui hésitent…
Le mot en tâtonnant esquissant le souhait,
Pour suggérer peut-être…
 
Il veut
Stopper l’évanescence,
Nier le temps d’hier et le temps de demain,
L’harmonie impossible entre ces deux horloges,
Le futur à penser qui ne s’écrira pas,
Il sait qu’il ne peut pas, Il sait tout l’interdit,
Il sait toute la faute, Il sait ce qu’il désire…
 
Il part,
Le temps compte ses pas, la douleur est muette ;
Le voyage inconnu,
L’extravagant attrait pour vaincre la chimère,
Se noyer, s’engloutir
Et le tout oublier, dans ses yeux disparaître…
Une petite mort.
 
Il fuit,
Comme on s’enfuit d’un rêve ;
Pour renaître demain ; il serre violent
S’embrase tel un feu, et convulse et suffoque,
Elle susurre « encore », il l’écoute gémir
Et force la caresse où s’apaisent les spasmes,
Il révèle à l’enfant, de la femme le corps.
 
Il crie,
Etourdi, enivré, abasourdi défait
Il aime comme on aime…
Elle était jouvencelle et tout est prohibé ;
Il est celui qui tremble
Le voyou pris d’émoi près de l’enfant qui rit
Aventure tragique.
 
 
Il tait,
L’enfer qui le bouscule,
Il a osé franchir le pas de l’interdit,
Transgresser la morale,
En échange du sien
Imposer un vertige ;
La gamine sourit.
 
 
Jo Cassen
29 juillet 2015
Derniers Poèmes

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Castalie

 
Un authentique sens,
La soif originelle,
Vivre l’essentiel
A l’instant qui sublime.
 
Conquérir l’impossible et s’y blottir enfin,
Epuisé par l’effort, ébloui par l’audace,
Revigoré surtout d’oser le grand frisson ;
Savourer égoïste un suprême délice.
 
Assumer le désir,
La folie agissante,
Rire de l’interdit,
S’enivrer de l’extase.
 
Exposer sa dépouille au violent tourment,
Porter tel un fardeau le poids de cette faute,
S’étouffer de sanglots, chanceler mais tenir,
Revendiquer le choix de l’étrange gageure.
 
S’agit-il d’un défi,
De tournure perverse,
D’un sadique relent,
D’une aube virginale ?
 
Nul jamais n’est souillé par le geste absolu
Qui respecte l’esprit au lit de l’innocence ;
Principes et formats ne nous imposent rien ;
Passons notre chemin, rions nous des épines.
 
Te souvient-il parfois,
De tes coquins caprices ?
Te souvient-il encor
De la haute conquête ?
 
 
26 juillet 2015
Jo Cassen
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Petite messe noire


Un matin ordinaire, une page banale,
L’histoire qui s’écrit confond les parements,
Lent s’effacent déjà les vils  égarements,
Tel un ultime pas vers la touche finale.

Le message transmet l’ode subliminale,
Chacun y puisera subtils apurements,
Pour valider qui sait, de fatals errements
Et sombrer désinvolte en folle bacchanale.

Ne justifiez rien, n’abondez pas Malin,
Le sort ici s’acharne à feindre le câlin
Pour assouvir goulu l’œuvre démoniaque.

Les dés pipés jetés, le grand cirque au frisson
Diffuse dans les airs le délire orgiaque,
Le dément fait cortège, invite à l’unisson.

31 juillet 2015
Jo Cassen
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Le fakir faquin


 
Le pigeon du chapeau… serais-je sacrilège
Si d’un ultime trait, voulu malicieux,
Je soulignais précis tout le pernicieux
Du mensonge servi tel rare privilège ?
 
Le baudet le crétin aime le florilège,
Le sachant du sommet prône artificieux
Et le rond de sa jambe agit délicieux
Tant l’esprit formaté jouit du sortilège.
 
Il s’endort rassuré, solo médiator
Sans jamais entrevoir les crocs d’alligator ;
Le fakir exalté reste roi du grimoire.
 
Taisez la réticence, admirez le taquin,
Vous êtes à la botte, un virus en mémoire,
Nul ne peut rien pour vous, encensez le faquin.
 
31 juillet 2015
Jo Cassen
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